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(Anthologie permanente) Susana Romano Sued

Par Florence Trocmé

(Anthologie permanente) Susana Romano SuedDÍA TRES. HORA TRES
- ¿Vos ves algo?
- Veo algo, suelo, pies, todo borroso.
- Sacáme este reguero de larvas que me recorre entera.
- No puedo.
- Contáme cómo es.
- Es como es cada vez.
[...] (Acá estridencias de mujeres de voz ronca atravesando umbrales, tímpanos, sienes, vienen de mundos viejos, recorren mi cabeza, entran en mi miedo, ensordeciendo estruendos de corazón desbocado.)
[...] - Acá ni sé qué somos.
- Te digo, semimuertas.
[...] (Oigo coros de mandíbulas mezcladas, chasqueos y chasquidos reptando entremedio de resoplidos cruzados con babas. Hilos brillantes de saliva tejiendo rayos de luz mas no todos de muerte se acoplan incesantes estertores, brotando, escapando de muchas gargantas, de cuarenta o setenta.)
Acá llueven y salpican vómitos arrojados de cincuenta y dos desparramándose en mareas sucias de acre resaca involuntaria esparciéndose mientras frisos fríos albergan dientes como dijes, muelas como guijarros, campanillas batiendo hemorragias, derramándose sangres como afluentes brotando desde bien de atrás sin eco de calabozos y picanas que tapen cortejos que arrastran pies y ruedas hacia bosques de mármol y granito moradas últimas flanqueadas por pies acompasados, (compañía de marchas trazando itinerarios a panteones que quisiera mi hogar).
JOUR TROIS. HEURE TROIS.
- Tu vois quelque chose, toi ?
- Je vois quelque chose, sol, pieds, tout est flou.
- Retire-moi ce flot de larves qui me recouvre tout entière.
- Raconte-moi comment c'est.
- C'est comme c'est à chaque fois.
[...] (Ici voix stridentes de femmes, voix rauques traversant seuils, tympans, tempes, viennent de mondes anciens, parcourent mes pensées, entrent dans ma peur, assourdissent palpitations de cœur qui s'emballe.)
[...] - Ici je ne sais même pas ce que nous sommes.
- Je te dis, à demi-mortes.
[...] J'entends chœurs de mandibules, claquements et craquements rampant entre souffles mêlés à baves. Fils de salive parfois funestes brillant tissant rayons de lumière, s'unissent râles incessants se développant s'échappant de nombreuses gorges, quarante ou soixante-dix.)
Ici pleuvent vomissures de cent cinquante-deux se répandant en marées sales d'âcre ressac involontaire tandis que murs froids recueillent dents comme breloques comme cailloux, luettes en hémorragies, sangs se déversant comme affluents jaillissant au loin sans écho de cachots ni d'électricité couvrant bruits de cortèges traînant pieds et roues jusqu'à forêts de marbre et de granit ultimes demeures flanquées de pas cadencés, (marches groupées traçant itinéraires vers caveaux que je voudrais pour foyer).
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DÍA SEIS, HORA TRES
[...] Acá llueven fustazos abundan lonjazos mezclados manoseos, muslo arriba, ombligo abajo, denigración de umbral. (Amargos retazos de versos se desgranan trayendo antiguos tiempos sobre mi boca hendida).
[...] Gendarmes quebrados tantean pelvis, pezones, y mamas y muslos, y raspan con rudos géneros de uniformes verdeoliva, ahogan con puños-mordaza gritos no proferidos, escudados en cegueras inermes soportadas en piernas encepadas en grilletes, en manos desprovistas amarradas a cordones de sisal.
Invaden cavidades ventrales vencidas por fusiles de doble caño viajando ombligo abajo, muslo arriba fragmentado en jirones.
- No siento nada.
Nos frotamos espesos mocos apiñados en vendajes, brotados florecidos en submarinos servidos de agua sucia.
JOUR SIX, HEURE TROIS
[...] Ici pleuvent en abondance coups de cravache de lanière mêlés à palpations, cuisses par-dessus, nombril par-dessous, seuil dénigré. (Fragments amers de poèmes égrenés ramenant temps anciens sur ma bouche fendue).
[...] Gendarmes prisonniers retournés sondent pelvis, mamelons, et mamelles et cuisses, et râpent avec tissu rêche d'uniformes vert olive, étouffent avec poings-bâillon hurlements non proférés, protégés par cécités sans défense supportées par jambes entravées dans fers, par mains démunies attachées à cordes de sisal.
Ils envahissent cavités ventrales vaincues par fusils à double canon explorant par-dessous nombril par-dessus cuisses en lambeaux.
- Je ne sens rien.
Nous frottons morves épaisses accumulées sous bandeaux, jaillissant florissant dans sous-marins d'eau sale.
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DÍA MIL TREINTA Y CUATRO, CATORCE HORAS
[...] (No había nada, no era yo, ninguno era, hasta que fuimos, fui, me han traído, me queman, me electrizan, me hielan, me manosean, me descorazonan a caños dobles de mauser frente a primos, tíos, amigos, bajan pulgares ante mí, nunca sé si me toca, si me trasladan, si me esperan enguantados morgueros ambulantes. Ni esta ni otra ni otra, no soy. Soy todas, ninguna, bulto informe, casi indiferente, casi cadáver).
JOUR MILLE TRENTE-QUATRE, QUATORZE HEURES
[...] (Il n'y avait rien, ce n'était pas moi, ce n'était personne, jusqu'à ce que ce que ce soit nous, que ce soit moi, ils m'ont amenée, me brûlent, m'électrocutent, me glacent, me triturent, me dépossèdent à coups de fusil mauser canon double, devant cousins, oncles, amis, renversent pouces devant moi, je ne sais jamais si c'est mon tour, s'ils me transfèrent, si croquemorts ambulants m'attendent gantés. Ni celle-là ni cette autre ni cette autre, je ne suis. Je suis toutes, aucune, masse informe, presque indifférente, presque cadavre).
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DÍA VEINTE MIL. DOS HORAS
[...] - No hay muertos, no existen.
- Qué somos.
- Ustedes no están.
JOUR VINGT MILLE. DEUX HEURES
- Il n'y a pas de morts, ils n'existent pas.
- Que sommes-nous.
- Vous êtes disparus.
Susana Romano Sued, Pour mémoire (Argentine 1976-1983), traduit de l'espagnol (Argentine) par Anne-Charlotte Chasset et Dominique Jacques Minnegheer, préface de Dominique J. Minnegheer et Bernardo Schiavetta, édition bilingue, Éditions des femmes-Antoinette Fouque, Paris, 2017, 340 pages, 16 euros.
(choix et traduction de Dominique Jacques Minnegheer)
Bio-bibliographie de Susana Romano Sued


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