J'ai reçu une invitation à visiter Chinatown, le plus grand quartier chinois de toute l'Europe, avec une guide de LocalBini qui s'annonce comme la première plateforme communautaire d'expériences touristiques et culturelles made in Europe.Initiée en 2015 par Mateusz Mierzwinski et Thomas Picariello, deux globe trotteurs en quête d'une nouvelle aventure entrepreneuriale et humaine, LocalBini est bien connu à Zurich, Lisbonne, Genève, et bientôt Paris. Elle a l'ambition de se déployer dans les prochains mois dans d'autres villes de France, du Royaume-Uni, de la Pologne, du Portugal et de la Suisse. Dommage pour moi que cela n'existe pas au Mexique !
La promesse de vivre une expérience touristique alternative est pleinement remplie, y compris pour des parisiens, peut-être même en priorité pour ceux qui pensent bien connaitre la capitale ... comme moi.
LocalBini commence à constituer (la plateforme s'est ouverte à Paris en mai dernier) un vivier de BiniGuides, qui sont des habitants et des personnalités passionnés souhaitant partager leurs connaissances, leur ville et leurs centres d'intérêt.
Il est probable que les sorties sont de niveau inégal même si on nous assure que les BiniGuides sont rigoureusement sélectionnés de manière à garantir une qualité de prestation et le respect des valeurs de la plateforme. Tout le monde n'a pas la fibre du partage ... et être guide touristique est un vrai métier.
Toujours est-il que le principe est intéressant et qu'il s'inscrit dans ce nouveau réflexe de réserver en ligne, à partir de son smartphone pour au moins un quart des situations. LocalBini a donc conçu une application mobile (bien entendu gratuite) dédiée, géolocalisée et reliée aux centres d'intérêt des utilisateurs. Les captures d'écran ne proviennent pas de mon appareil mais témoignent du processus, depuis la sélection de l'activité jusqu'à sa notation, en passant par le lancement et la conclusion. Compter environ 20 € la visite.



C'est donc ainsi que je me suis retrouvée à "tester" le principe avec Thuy, une habitante passionnée et passionnante du quartier dit chinois de Paris. A la relecture de mes notes, je n'ai au final que peu d'éléments sur les endroits que nous avons traversés, et les photos que j'ai pu faire ne sont guère représentatives de ce qu'un touriste ramène dans ce type d'exercice. Mais sur le plan humain, l'expérience est vraiment enrichissante car rien ne vaut une immersion grandeur nature avec quelqu'un qui vit là où il nous emmène.
Je recommande donc l'aventure pour laquelle il faut disposer d'une bonne demi-journée, même s'il faudrait des heures pour prétendre connaitre ce triangle d'or, car c'est ainsi qu'on désigne non sans humour (en référence à la région comprise entre Laos-Birmanie et Thailande, qui est l'une des principales zones mondiales de production d'opium et au "Triangle des Bermudes") le périmètre de l'Avenue d'Ivry, de Choisy, et boulevard Masséna..... auquel il faudrait ajouter une zone adjacente tout autour.Il y aurait maintenant quelque 20 000 asiatiques, ce qui représente 11% de la population du 13 ème arrondissement contre 20 il y a quelques années. C'est que de plus en plus les asiatiques préfèrent le nord de la Seine et Marne ou Belleville. Progressivement ils sont remplacés par les africains, surtout aux Olympiades où il y a plus de 40% de logements sociaux.
Les tours ont des noms qui n'ont pas de consonance asiatiques, comme Sapporo, Mexico, Athènes, Helsinki, Cortina et Tokyo. Des fresques de mosaïques, Jusqu'à 34 étages. On voit les fenêtres ouvertes, sans protection. Je pense aux jeunes enfants qui vivent dans ces appartements. Les toits pagode existaient avant l'arrivée des asiatiques. L'architecture semble disparate, avec des fresques de mosaique modestes, comparativement à la démesure des bâtiments.
Les fresques murales par contre sont gigantesques et progressivement investissent le quartier en pleine mutation.
Les immeubles qui avaient été construits dans les années 70 étaient très hauts, volontairement modernes, mais leur défaut était d'être éloignés des transports en commun. De plus dès 73, les loyers ont flambé en raison du premier choc pétrolier. Les jeunes cadres ne souhaitèrent alors pas s'y installer, y voyant des HLM.
Vers la fin 75 la guerre du Vietnam fait des milliers de réfugiés, cambodgiens et laotiens qu'il faut loger. Les Boat people ne rechignent pas à se serrer dans les logements vacants, quitte à y vivre à plusieurs familles (parce que le loyer est cher). Ils se sont mis à 10, 20, même 30.
L'exode des boat people a duré officiellement 14 ans mais Thuy estime que le nombre est plus proche de 20. Elle nous invite à écouter attentivement les paroles de la chanson de Gold, Plus près des étoiles : ils ont quitté leur terre (...) traversé les rizières (...) les yeux mouillés de pluie, les mains tendues vers le ciel (...) pour oublier les rivages brûlants. (...) Ils ont brûlé leurs dragons de papier ...
Voyant des personnes aux yeux bridés, les français ont conclu à des Chinois. Mais les Chinois de Chine ne se sont installés, pas ici. La première communauté asiatique avant celle-ci s'était installée dans le quartier de la Gare de Lyon avant la première Guerre mondiale. Leurs immeubles ont été en partie rasés et ils ont migré vers le Marais, autour d'Arts et Métiers.
On rejoint l'avenue d'Ivry depuis le métro Tolbiac et Thuy commence par commenter chaque restaurant que nous croisons. le quartier est riche d'une
centaine de restaurants asiatiques dont notre guide a testé un tiers. Il ne faut pas se fier au décor : un restaurant vietnamien peut avoir un air cambodgien car on aime faire différent précise notre guide.Elle nous fait remarquer les devantures de quelques restaurants qui promettent des O PLA (oeufs au plat) ou des BAN MI qui est le terme vietnamien pour désigner sandwich, après déformation de pain de mie. Attention, ils sont faits dans une baguette, un peu moins longue que la française, pour s'adapter à la largeur du porte-bagage du vélo car sinon, une fois arrivé à destination, le pain est cassé. Parfois un panneau promet un spectacle de KTV, ce qui signifie karaoké.
S'il ne faut retenir qu'un restaurant, ce serait le Siam Siam, qui est principalement vietnamien.






Un autre temple, moins richement décoré (car notre guide dispose fort astucieusement de photos panoramiques pour preuve de ce qu'elle affirme) se trouve dans le parking sous-terrain des Olympiades et sans elle nous ne l'aurions deviné.

























