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Les patu de Joseph Banks (7)

Publié le 19 juillet 2017 par Detoursdesmondes
Joseph_Banks_1773_Reynolds-copie


Une fois n’est pas coutume, on sait à peu près tout de la provenance de ces massues : Elles ont été fabriquées à la fonderie Eleonor Gyle – 9 Shoe Lane – Fleet Street à Londres, puis gravées par Thomas Orpin dans le Strand, de l’autre côté de Northumberland Court, toujours à Londres.
La facture fait état de dix-neuf livres pour la fonderie et deux livres pour la gravure.
Mais ces précisions sur la gravure prennent en défaut le témoignage de Rickman (voir note précédente) puisque ce dernier affirme avoir vu sur la patu donnée au vieil indien dans le Queen Charlotte Sound, les armoiries, le nom du roi et la date de départ du navire d’Angleterre.
Jeremy Coote passe outre ces incohérences et pense néanmoins qu’il s’agit d’une des massues de Banks : il serait effectivement étonnant qu’il en soit autrement.
C'est peut être cette même massue qui fut aperçue en 1835 par un certain James Heberley sur la côte Sud de l'île du Nord. Au début du dix-huitième siècle, il y avait de nombreuses échauffourées entre les différentes tribus maories ; et les baleiniers y prenaient part. Aussi ce dernier raconte-t-il comment au cours d'une de ces bagarres il est tombé sur une massue (mere) qu'il reconnait être une massue apportée par Cook, identifiant là encore le nom du bateau et l’inscription d’une année, à moitié effacée mais qui commençait par le nombre 17--. Il donna la massue à un indigène. Il semble ainsi confirmer la version de Rickman. Il est donc possible que cette massue se trouve encore dans la région Sud de l'île du Nord de la Nouvelle Zélande, ou peut-être est-elle enterrée avec son propriétaire ? Combien de patu sont-elles encore en terre maorie ?
Et qu’en est-il de la Côte du Nord-Ouest américain ?
PRM1884.12.280 Il semble qu’en avril 1778, le capitaine Clerke ait distribué au moins 4 massues dans la passe de Nootka. La première a été vue en 1787. Il existe sur ce fait trois témoignages provenant de personnes à bord du Prince of Wales commandé par James Colnett (qui avait fait partie du second voyage avec James Cook).
Celui du commandant tout d’abord : Le 16 septembre l'un des chefs tsimshian venu à bord portait une massue en laiton avec une gravure au nom de Joseph Banks et d'autres inscriptions effacées. Un autre témoin, un marin du nom d’Andrew Bracey Taylor, rapporte les mêmes faits alors que le chirurgien du bord, Archibald Menzies, en « rajoute » et multiplie des détails plus ou moins douteux. Peut-être souhaitait-il avec ces détails donner plus d’importance à Banks pour le remercier d’avoir pu grâce à lui, embarquer à bord de ce navire.
Quant aux trois autres, près d'un an plus tard, le 11 juin 1788, l’explorateur John Meares affirme avoir rencontré un homme du nom de Callicum détenant trois massues comportant l’inscription Joseph Banks.
Où sont-elles ?
Au cours du dix-neuvième siècle, on a parfois quelques rares traces faisant état de ces massues mais au total on ne possède que très peu d’éléments, trop peu de témoignages fiables pour pouvoir les retrouver…
De nos jours on ne connait que six exemplaires de ces patu réalisées à la demande Banks : deux d’entre elles sont conservées au Pitt Rivers Museum, une se trouve au British Museum, une au musée de Londres, une à l'Institut culturel Tamatslikt des tribus confédérées de la réserve indienne d'Umatilla et enfin une appartient à une collection privée.
Et malheureusement aucune de ces six patu n’est réellement documentée.
L’exemplaire du British Museum fut donné par Harry G. Beasley en 1936, anthropologue et grand collectionneur. Il l'a certainement acquis en 1927 auprès du Pitt Rivers Museum.
L’exemplaire du musée de Londres provient du collectionneur Thomas Layton, mais on ne sait pas d'où il le tenait.
Pour les deux massues du Pitt Rivers Museum, l'une d’elle appartenait au Général mais on ignore sa provenance. Quant à la seconde, elle est issue des collections de la Royal Society et avait été donnée au musée par un marchand de Bristol, F. Ellis, en 1908.
Les états de conservation de ces deux massues étant fort différents (voir l'exemplaire de la précédente note), on est tenté de penser que la massue toute clinquante n'a jamais dû quitter l'Angleterre.
Quant à la massue qui se trouve maintenant à l'Institut culturel Tamatslikt, elle soulève de nouvelles questions et, ajoute à son histoire peu banale, une autre histoire toute contemporaine et aussi incroyable !
à suivre...
Photo 1 : Portrait de Sir Joseph Banks, 1970, par Joyce Aris d'après Sir Joshua Reynolds 1773. © Te Papa 1000-0000-59
Photo 2 : Réplique de Patu © PRM.1884.12.280


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