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The circle (James Ponsoldt)

Publié le 20 août 2017 par Carnetauxpetiteschoses @O_petiteschoses

Vous avez entendu parler de ce film ? Si ce n’est pas le cas, vous avez peut être aperçu l’affiche.
Si comme bon nombre de personnes autour de moi, vous êtes passés à côté, voici le propos qui pourtant, ne manque pas d’intérêt.

The Circle, relate le changement de vie et de manière de penser, de Mae, une jeune recrue dans “la plus grande entreprise du monde”. En effet, le “C” de “Circle” est omniprésent, et il n’est pas sans rappeler le “G” de Google.

Grâce à un canevas extrêmement simple, l’audience s’identifie plus ou moins facilement à Mae, cooptée dès le début du film, par sa meilleure amie chez The Circle. Tout va réussir peu à peu à l’héroïne lisse et conventionnelle, malgré son désir d’indépendance, ses premières réactions d’effroi, ou ses soupçons bien placés. La question de la norme et de la normalité questionnent.

Pourtant dans cet environnement de travail “idéal”, le paradis flirte de près avec l’enfer. On ne se situe pas réellement dans une dystopie, et c’est ce qui renforce notre proximité avec le propos. A part quelques détails (notamment l’ingestion d’un traceur qui collecte les datas dans le corps même de Mae), on retrouve des éléments qui nous sont familiers, empruntés des prestigieux GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Comme dans ces entreprises, on on y retrouve les conditions de travail, les équipements dernier-cri, des espaces sportifs et de bien-être multiples, les valeurs de transparence et de modernité mais aussi des grands-messes publiques en guise de moments collectifs et corporate.

The circle (James Ponsoldt)

Tom Hanks incarne avec justesse le gourou quinquagénaire cool et accessible, qui prend la parole devant l’ensemble des salariés, comme s’il d’adressait à une poignée de proches. Ce mode de représentation et de manière de s’adresser à ses employés, rappelle les discours des dirigeants de nos propres entreprises. Cools et faussement proches des salariés, ils ignorent souvent les réalités opérationnelles, ils manient avec soin le discours et savent raconter comment est née l’idée d’une amélioration, d’une fonctionnalité, ou du service même que l’on rend. Ils parviennent à réaliser une performance quand à l’issue d’un discours en public, ils renversent la vapeur et tout d’un coup l’évidence survient. L’assemblée conquise salue le talent de l’orateur. Jusqu’ici on se situe dans un univers familier, qui contribue à nous captiver tandis que l’intrigue s’installe.

On pardonne les aspects hésitants et un peu faciles, en pariant pour que le film s’inscrive dans le sillage d’une série comme Black Mirror, explorant les problématiques contemporaines qu’induisent les usages des technologies. On espère que comme le très beau Her où la relation virtuelle brouille les frontières du réel et ne ménage pas les sentiments, on puisse évoquer des problématiques fondamentales que peuvent poser les technologies et les usages.

Pourtant, on note rapidement les maladresses. Tout d’abord, dans le traitement des personnages : ceux qui gravitent autour de Mae, s’effacent rapidement malgré leur intérêt. Il s’agit de ses parents passant de la fierté à l’effroi, de son meilleur ami qui reste hermétique à l’univers digital, ou sa meilleure amie qui la coopte dans l’entreprise, caricaturés à l’extrême et tournés au ridicule. Pourtant, ils apparaissent comme les repères importants dans sa vie, des indices qui lui permettent de jauger sa situation.

Face à eux, le gourou Eamon Bailey (Tom Hanks) que l’on devine aussi fascinant que pernicieux, aurait pu plus subtilement attirer Mae dans ses filets. On aurait aimé qu’il la flatte davantage, qu’il la valorise gratuitement, pour mieux l’instrumentaliser. Cela aurait plus juste, plus vraisemblable, et plus intéressant. Le charisme de ce genre de personnage ne peut être aussi facilement éludé. De la même façon, son entourage proche aurait pu construire, en contre-point de l’avidité et de l’aveuglement de Mae pour son travail, une partition émotionnelle toute en nuances. Cela aurait pu renforcer la puissance de l’endoctrinement de l’héroïne, persuadée qu’elle est dans le vrai (balayant les critiques de ses proches).

Mais tous, semblent creux, face à une Emma Watson qui ne quitte pas le type de rôle dans laquelle on la connaît. Élève modèle, il est convenu qu’elle gravit les étapes aussi vite, et on ne s’étonne qu’à peine quand elle foule à son tour la scène aux côté d’Eamon Bailey, devenu subitement creux. Mae, comme dans la plupart des rôles de l’actrice, n’offre malheureusement que peu d’aspérités. Toute élan de rébellion est rapidement étouffée.Pourtant elle semble apprécier passer des moments seule, à savourer simplement sa liberté et son indépendance, comme en témoignent les premières images du film. Même si elle accepte sans remettre en question une seconde la nouvelle doctrine de son entreprise, elle manque cruellement d’esprit critique, et plonge dans tous les pièges qu’on lui tend. Prévisible et décevante comme la fin du film, Mae passe à côté d’un juste traitement de son personnage.

Dommage que le film prenne autant de raccourcis ou cède à des procédés aussi faciles. Il pose tout de même la question du devoir de partage, du mélange de la sphère publique et de la sphère privée, de la multiplicité des écrans qui diffractent notre être, et permettent de se raconter de manière multiple. Cette obligation de partager, de toujours déjà être en dehors de soi, dans la distanciation, pour satisfaire son “public”, autant de questions que posent très sérieusement nos technologies, nos outils, et nos usages. Ces aspects là ne sont que peu abordés, ou le sont maladroitement. A l’image du discours moralisateur des deux illuminés, venus se renseigner sur Mae et lui parler les valeurs de l’entreprise, au lieu de lui en montrer directement les effets pervers ; ou du mystérieux fondateur du Cercle, qui n’assume plus les orientations de son entreprise. On rate la prise de conscience effrayante et c’est regrettable…

A voir :
The circle de James Ponsoldt (1h 50min)


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