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« I comme Iran » la merveilleuse invention poétique de Sanaz Azari

Par Artbruxelles

« I comme Iran » la merveilleuse invention poétique de Sanaz Azari

Dans I comme Iran, deux protagonistes conversent en persan dans ce qui ressemble à une salle de classe. L’un est professeur, il s’apprête à enseigner la « belle langue du farsi » à son l’élève qui n’est d’autre que la talentueuse réalisatrice belge d’origine iranienne Sanaz Azari endossant son propre rôle.

Lui est magnétique. Debout devant le tableau noir, il trace à la craie blanche les lettres de l’alphabet qu’il associe à un mot. Le mot devient prétexte à une anecdote politique (l’impact de Khomeiny), économique (onze millions de chômeurs), nostalgique ( la désillusion de la Révolution islamique). Et puis, d’un coup d’éponge la craie disparait à l’image de la mémoire que l’on désire effacer.

Elle, on ne verra jamais son visage. Juste sa main qui écrit, hésitant, raturant, effaçant les mots sur un manuel d’iranien illustré d’images naïves d’un père, d’un enfant, d’un morceau de pain, d’une rivière. D’elle, on entendra sa voix. Grave et envoûtante, elle dialogue avec son professeur dans cette langue qu’elle écorche, qu’elle ne maitrise pas.

« I comme Iran » la merveilleuse invention poétique de Sanaz Azari
« I comme Iran » la merveilleuse invention poétique de Sanaz Azari
« I comme Iran » la merveilleuse invention poétique de Sanaz Azari

Si l’histoire politique du pays défile en toile de fond, I comme Iran propose en plus une dimension infiniment poétique. Le dialogue est interrompu par les images du manuel qui défilent sous nos yeux accompagné d’un mot prononcé par l’élève. Une construction visuelle poétique dans l’esprit du Haïku. En même temps, les images de ce manuel datant de la Révolution deviennent de plus en plus pixélisées, jusqu’à en devenir complètement abstraites. Peut-être à l’image de l’Iran de ce professeur qui ne reconnaît plus son pays natal ou de l’élève qui semble à la fois si proche et si loin de ses origines.

Dans ce huit-clos, il y aussi et surtout la performance de Sanaz Azari qui ose montrer ses failles, mais aussi l’immense courage d’apprendre ce qu’elle aurait du acquérir dès la naissance.  Elle ne pense pas dans la langue de sa mère, elle est « une maison sans toit ». Un apprentissage fragile, intime qui fait écho aux accidents du passé, à l’exil et à la transhumance.

A la fois extrêmement émouvant et innovant, I comme Iran se regarde comme une merveilleuse oeuvre d’art qui aurait enfanté d’un documentaire politique. A ne rater sous aucun prétexte.



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