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Chatbots II

Publié le 09 septembre 2017 par Nicole Giroud @NicoleGiroud

Chatbots IILes chatbots ne se contentent pas de répondre à nos problèmes de connexion ou d'électricité ; ils ne se limitent pas non plus à nous trouver l'adresse d'un restaurant ou à nous rappeler l'anniversaire d'un proche. Ils peuvent se comporter d'une manière très troublante, très humaine, et perturber notre raisonnement, égarer les limites entre monde réel et virtuel.

Il existe désormais des logiciels de conversation nous permettant de parler avec un proche disparu. Les conversations avec les morts intéressent beaucoup de monde parmi les chercheurs. Une jeune ingénieure russe a créé un logiciel lui permettant de converser avec un ami décédé. Comment ? Grâce à un logiciel compilant tous les textos ou articles de la dite personne. Le logiciel peut utiliser des phrases réellement écrites par le défunt et donner l'illusion que celui-ci est toujours en vie.

D'autres équipes aux États-Unis se sont intéressées à la création de chatbots d' éternité augmentée : pourquoi ne pas utiliser tout ce qu'un individu décédé a produit sur la toile, tous ses courriers accessibles, ses tweets, ses articles, pour recréer un avatar-robot donnant l'illusion de la vie ? Tout ce que nous écrivons (moi la première) est public, donc n'importe qui peut l'utiliser à des fins inconnues.

Cette façon de faire viole toute vie privée ? Outrepasse la volonté du défunt? Comment savoir à qui appartient réellement ce que nous avons produit sur les réseaux sociaux ou sur notre portable ?

Nous entrons là dans un gigantesque vide juridique : que se passera-t-il après notre disparition, à qui appartiendront nos données ? Il semblerait qu'actuellement n'importe quel petit génie de l'informatique (même pas génial d'ailleurs, les programmes existent déjà) peut continuer à nous faire écrire des messages qui sembleront directement issus de notre cerveau. Style, langage, idées, indignations ou admirations, préférences culinaires ou littéraires, textos amoureux, nous sommes transparents et donc reproductibles à l'infini.

Nous sommes la matière première d'un juteux marché du désarroi : tant que quelqu'un qui nous aime aura besoin de nous et de nos éventuels conseils, de notre présence, fût-elle virtuelle, un chatbot répondra présent et fournira le message réconfortant que nous aurions peut-être envoyé.

L'éternité rassurante d'une présence virtuelle remplacera le deuil. Les morts continueront à prodiguer conseils et messages sur le téléphone portable de leurs proches, empêchant bien malgré eux les vivants de renouer avec le fil de la vie. Les rites funéraires de tous les pays prévoient une phase où le mort n'est pas vraiment parti. Il faut l'aider par des rites à quitter le monde des vivants parce que mélanger les vivants et les morts est dangereux. On peut même prévoir des dates où les morts reviendront en visite, mais ils devront repartir pour que la vie continue.

La vie, la mort, quelle différence à l'ère du virtuel ? L' éternité augmentée laisse présager d'énormes problèmes à ceux qui restent, à moins que ce chatbot ne soit qu'une mesure transitoire pour passer sans déchirement de la cruauté de l'absence à l'apaisement via la présence virtuelle.


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