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Silence

Par Tinalakiller

réalisé par Martin Scorsese

avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Ciaran Hinds, Tadanobu Asano, Yoshi Oida, Yosuke Kubozuka...

Drame historique. 2h42. 2016.

sortie française : 8 février 2017

Silence

XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu'il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d'un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Silence

Quand on évoque Scorsese viennent automatiquement en tête ses films de mafia. Cela est pourtant bien réducteur de le limiter à cela même si ce milieu reste emblématique chez lui. La filmographie du réalisateur de Casino est en réalité très riche évoquant divers univers et genres. La religion est un thème récurrent dans le travail de Scorsese (même justement dans ses fameux films de mafia), que ce soit en arrière-fond ou justement en place dominante, comme dans La Dernière Tentation du Christ (qui avait suscité une énorme polémique) et Kundun. Je ne vais pas vous mentir : malgré le respect que j'ai pour ces deux films qui ont de réelles qualités, ce sont les deux films que j'aime le moins chez Scorsese. Je craignais de voir Silence, adaptation du roman du même nom écrit par Shūsaku Endō (1966), un écrivain japonais catholique. A noter au passage que ce roman avait déjà connu une adaptation en 1971 par Masahiro Shinoda. L'histoire du roman est elle-même inspirée de faits historiques. Le vrai personnage était un Italien qui s'appelait Giuseppe Cara, devenu alors dans le récit d'Endo un Portugais se nommant Rodrigues (il a alors la même nationalité que son mentor, le père Ferreira). Bref, malgré tout l'amour que j'ai pour papi Marty, j'avais peur de la longueur de son dernier long-métrage, de sa lenteur et du sujet. Hélas pour ma part, mes craintes étaient fondées. Attention, je ne dis pas que c'est un mauvais film. Je ne nuance pas mon propos parce que j'adore Scorsese. Non, Silence a réellement des qualités évidentes. Le travail technique est par exemple remarquable. Le film, tourné en 35 mm, possède indéniablement une mise en scène soignée, une photographie remarquable, des cadres précis, une lumière naturelle magnifique (même si paradoxalement elle traduit aussi une certaine tristesse). L'esthétique générale du film permet alors aux spectateurs de mieux cerner et s'approprier l'atmosphère, le lieu (un Japon féodal boueux) et le contexte de l'époque, déjà assez riches. Il est également certain que chacun s'est investi dans ce projet qui tenait à coeur à Scorsese (il rêvait de l'adapter depuis trente ans). Le réalisateur ne s'est pas versé de salaire et les acteurs principaux ont également accepté d'être moins payés que prévu. Les acteurs, justement, qui ont beaucoup donné pour préparer leurs rôles, sont excellents. Récemment épatant dans Hacksaw Ridge (Tu ne tueras point), Andrew Garfield prouve de nouveau qu'il fait partie des meilleurs acteurs de sa génération. Adam Driver l'épaule merveilleusement bien. Quant à Liam Neeson, même s'il n'apparaît qu'une petite dizaine de minutes durant la seconde partie (ce qui est frustrant dans un sens), cela fait réellement du bien de le revoir dans ce type de projet et dans des rôles qui ont du sens (parce que ses gros films bourrins inutiles, j'en peux plus).

Silence

Je n'ai pourtant aucun problème avec les films ayant pour thématique la religion, loin de là. Et j'avoue ne pas savoir pourquoi j'ai du mal chez Scorsese lorsqu'il aborde ce sujet pourtant passionnant. A chaque fois, comme pour Kundun et La Dernière Tentation du Christ, j'ai toujours l'impression d'être à côté de l'histoire, de manquer même de sensibilité pour apprécier réellement l'oeuvre. Je me doutais bien que le film serait doté d'une certaine lenteur. Cela ne me dérange pas à l'origine car la lenteur est justifiée par rapport justement au contexte historique, à la question autour de la spiritualité qui entraîne l'errance aussi bien psychologique que physique. Il est certain qu'il fallait ce temps pour installer le récit. De plus, on sait très bien où on met les pieds en s'attaquant à un tel film. Mais la première partie m'a paru vraiment longue. La lenteur n'est pas automatiquement synonyme d'ennui quand l'histoire happe le spectateur ou quand ce dernier est fasciné par les images qui lui procurent quelque chose. Le travail esthétique et de mise en scène a beau être de qualité, il ne parvient hélas pas à réellement captiver. On a parfois l'impression que c'est lent juste parce qu'il faut que ce soit lent, pour répondre à cette fameuse charge attendue par rapport à ce qu'on imagine du sujet abordé. J'aurais sincèrement voulu En revanche, la seconde partie m'a davantage captivée. On voit enfin où Scorsese veut venir, la dimension tragique s'installe pour de bon, certaines scènes sont puissantes, la fin est même bouleversante. Mais j'ai finalement l'impression que cette émotion, en retenue, arrive un peu trop tard, comme si le rythme et plus généralement le temps n'avaient pas été très bien gérés. Même si j'aurais voulu être plus happée par cette proposition cinématographique (et croyez-moi, cela me rend triste, surtout face à un projet aussi personnel de la part de Scorsese), il faudrait être de mauvaise foi (oui j'ai osé ce jeu de mots) pour nier les qualités de Silence : il s'agit d'uneoeuvre pertinente sur la figure de l'homme, tiraillé entre sa foi et sa condition d'humain avec ses failles, ces dernières l'entraînant à souffrir et à se déchirer pour Dieu terriblement silencieux.

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