Si Gustave Courbet figure aujourd’hui parmi les peintres du XIXe siècle les plus populaires, son contemporain James McNeill Whistler reste encore trop peu connu du grand public. Cet artiste américain majeur, ami des préraphaélites, vécut à Londres et séjourna plusieurs fois en France. Il fut, pendant quelques années, très lié au maître-peintre d’Ornans, avant de s’en éloigner jusqu’au rejet pur et simple. Les cas d’amitiés contrariées ne sont pas rares. Mais celui-ci, par la complexité des relations qu’il présente, méritait une exploration détaillée. C’est à ce vaste chantier que s’est attaqué le professeur de psychiatrie, psychanalyste et spécialiste de Courbet Yves Sarfati. Son essai tout à fait passionnant porte un titre étrange, L’Anti-Origine du monde (Les Presses du réel, 464 pages, 38 €). Le sous-titre renseigne davantage le lecteur : « Comment Whistler a tué Courbet ». Doit-on y voir un substitut de meurtre du père, dans un Occident nourri au complexe d’Oedipe jusqu’à l’indigestion ? Le cas se révèle plus compliqué.