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Mondes flottants 14ème biennale de Lyon

Publié le 23 septembre 2017 par Philippe Cadu @ContempodeLArt

Du 20 septembre 2017 au 7 janvier 2018

http://www.biennaledelyon.com/ Mondes flottants > Les lieux Les artistes

" Nous avons l'habitude de nous représenter les objets physiques comme possédant des bords fermés. "
Cette phrase a été écrite en 1915 par John Dewey dans L'art comme expérience. Il ajoute que cette conviction est confortée par les pierres, les livres, le commerce et " la science dans ses efforts de mesures précises ". C'est pourquoi dit-il, nous l'appliquons sans discuter, persuadés que nous sommes du caractère fermé de tous les objets de l'expérience. Cependant, à l'inverse, il constate que l'expérience que nous en avons à travers notre vision est bien plus vaste et ouverte car elle est " une partie d'un tout plus large et plus global (et) les marges se fondent dans cette étendue infinie, au-delà de laquelle réside ce que l'imagination appelle l'univers ".
Aujourd'hui, le monde a changé et l'idée s'impose que les propriétés de l'espace les plus importantes ne peuvent plus être définies à priori par des catégories et des ancrages territoriaux aux bords et aux identités de forteresses imprenables. Ces propriétés sont désormais déterminées par l'écoulement permanent de courants et de flux (capitaux, hommes, risques, idées, informations...) qui changent en permanence les coordonnées spatiales. En 2005, soit 90 ans après John Dewey, Hartmut Rosa écrit : " L'espace de flux est avant tout constitué par une organisation de centres, fonctionnant en réseaux sans hiérarchie stable, opérant à l'aide de coagulations temporelles et d'inclusions réversibles. " Aujourd'hui, soit douze ans après Rosa, ce constat est tout simplement banal, car la technique, les modes de vie, les images, l'invention de l'histoire connectée, la prolifération des objets augmentés aux bords désormais infinis, la silhouette de l'humain, la réflexion sur la question Moderne, la plasticité des modèles historiques, le monde globalisé et la dynamique des réseaux sociaux, ont profondément modifié notre rapport aux formes, lesquelles ont perdu leur stabilité.
La question Moderne est née au XVII e avec la querelle du même nom qui s'oppose à l'ancien, et qui ne s'est jamais véritablement éteinte. Le terme " contemporain ", dérivé du latin tardif, apparaît à peu près à la même date. Tous deux s'inscrivent dans des généalogies aux descendances croisées. Mais pour longtemps encore, " moderne " désigne la seule façon d'être de son époque. Baudelaire, pour qui la modernité est pour moitié transitoire et pour moitié immobile, tout comme Courbet avec le refus de son Atelier du Peintre et son " Pavillon du Réalisme ", comme Manet à l' Olympia scandaleuse, et Monet l'impressionniste des soleils levants, tous sont " absolument modernes ".
Le contemporain au sens où nous l'entendons aujourd'hui prend source dans les années 1940-50 et s'affirme à l'arrivée du Pop, du minimal et du concept dans les années 1960. Il correspond entre autre à la fin des avant-gardes et à la tentative de sortie du diktat de la nouveauté. Puis " contemporain " devient " le " contemporain. Après Barthes, Giorgio Agamben définit le contemporain comme " l'inactuel " - c'est ce que ne voit pas le mainstream - et c'est " une singulière relation à (notre) propre temps ". Les effets de tout cela ont profondément modifié notre relation au présent, à l'aujourd'hui, à l'actuel, au " contemporain ", mais aussi, bien évidemment, au Moderne et à l'histoire tout entière, futur inclus. La question Moderne est aujourd'hui celle d'une modernité infiniment élargie, à la manière des bords connectés et désormais poreux des " objets de l'expérience ". Elle est réexaminée à l'aune des questions posées par les sciences de l'humain, les sciences tout court, la raison, les croyances, la cognition, l'universalisme critique et son envers, le relativisme intégral, la mondialité, l'invention des traditions, la machine pétaflopique et l'épuisement des ressources, la montée des intégrismes, l'art... Lire La suite ...

Par Thierry Raspail, directeur artistique de la Biennale de Lyon

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