Magazine Culture

14-18, Albert Londres : «Il le décora, l'embrassa.»

Par Pmalgachie @pmalgachie
14-18, Albert Londres : «Il le décora, l'embrassa.» Les héros de Verdun défilent devant Albert Ier
(De l’envoyé spécial du Petit Journal.) Front de Verdun, 22 septembre. Verdun, ce matin, défila devant la Belgique. Sur l’un de ses champs, Albert Ier est apparu ; il venait dire à la citadelle que sa victoire était aussi celle de son pays. Le Président de la République, le général en chef accompagnaient le roi. Il faisait beau. Les régiments qui, le lendemain de l’affaire des 20 et 24 août, derrière leurs drapeaux, sur ce même terrain, avaient déjà passé, repassèrent. Alors, ils étaient encore raides de boue et l’héroïque fatigue battait leur visage aujourd’hui brossés, ils se présentèrent. Ouvrez le ban ! Le Président de la République s’avança vers un général aux cheveux blancs ; ce général se tenait devant le front des troupes ; son attitude était toute simple, toute profonde ; il semblait très loin de la cérémonie dont il était le centre. Un colonel, à haute voix, se mit à lire ; c’était sa citation : « Sur le Grand Couronné de Nancy, a sauvé le pays », entendait-on. Sur cette poitrine, le président accrocha la médaille militaire ; Curières de Castelnau était décoré. Tout un autre rang s’alignait. Albert s’avança ; il apportait son ordre aux vainqueurs français. Le premier, c’était le général Fayolle ; il le décora, l’embrassa ; le second, c’était le général Guillaumat ; il le décora, l’embrassa ; le troisième, c’était le général Philippot ; il le décora, l’embrassa. Puis il en décora encore quarante autres, soldats, officiers, aviateurs, artilleurs ; puis on ferma le ban et les divisions défilèrent. Les divisions héroïques Voici la 5e brigade. Le 24 août, à quatre heures cinquante, enlevait la cote 304, s’emparait du bois en Équerre, de la tranchée de Souvin ; le soir, à dix heures, s’emparait de l’ouvrage de Palavas, de la croupe de Romenot, du Gâteau de Miel de Lorraine et atteignait le ruisseau de Forges. Prisonniers : 56 ; prises : douze mitrailleuses, six canons. Le roi des Belges salua. Voici la 42e division. Le 20 août, attaque entre le saillant des Caurières et la croupe à l’est du ravin de la Platelle. Le 26, redonne entre la tranchée du Chaume et la sortie de Beaumont. Prisonniers : 1 300 ; prises : 48 mitrailleuses, 14 canons dont un de 105. Le roi des Belges salua. Voici la 165e division. Le 20 août, attaque au nord de Louvemont, enlève quatre lignes de tranchées ; le 22, emporte l’ouvrage de Nassau ; le 26, s’empare du bois de Beaumont. Prisonniers : 1 600 ; prises : 50 mitrailleuses, 4 canons. Le roi des Belges salua. Voici la 14e division. Relève, après l’assaut du 20 août, les troupes d’attaque à la cote 344 ; subit tous les contre-coups, maintient tout. Le roi des Belges salua. Voici la 25e division. Le 20 août, à l’aile gauche du dispositif général, attaque sur un front de 2 000 mètres au sud du bois d’Avocourt, atteint tous ses objectifs ; prisonniers : 750 ; prises : 30 mitrailleuses, 10 canons. Le roi des Belges salua. Voici la 26e division. Le 20 août, attaque entre Malancourt et La Hayette, enlève les redoutes ennemies sur 3 500 cents mètres de largeur et 1 500 de profondeur ; prisonniers ; 500 ; prises ; 20 mitrailleuses. Le 24, attaque de nouveau entre Vassincourt et La Hayette, progresse de 2 000 mètres ; prisonniers : 100 ; prises : 8 mitrailleuses, 4 canons. Le roi des Belges salua. Voici la 128e division, celle de Riberpray ; s’empare, le 8 septembre, du bois Le Chaume ; le 9, poursuit son succès, organise le terrain qu’elle conserve, malgré tout ; prisonniers : 800 ; prises : 9 canons ; le général Riberpray tué à l’ennemi. Le roi des Belges salua. Voici la division marocaine. Pardon, elle n’est pas là ; pourtant, le 20 août, elle prit Régneville. Voici l’aviation. Pendant l’attaque de Verdun, elle abattit 74 avions ; ajoutons-en un de plus ; à l’instant, elle vient d’en descendre un autre. Entouré de flocons blancs, le Boche s’approchait pour voir la revue. Ce fut le coup du roi.

Le Petit Journal

, 23 septembre 1917.
Aux Editions de la Bibliothèque malgache, la collection Bibliothèque 1914-1918, qui accueillera le moment venu les articles d'Albert Londres sur la Grande Guerre, rassemble des textes de cette période. 21 titres sont parus, dont voici les couvertures des plus récents:
14-18, Albert Londres : «Il le décora, l'embrassa.»
Dans la même collection
Jean Giraudoux Lectures pour une ombre Edith Wharton Voyages au front de Dunkerque à Belfort Georges Ohnet Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914. Intégrale ou tous les fascicules (de 1 à 17) en autant de volumes Isabelle Rimbaud Dans les remous de la bataille

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Pmalgachie 8226 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines