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Référendum en Catalogne : Se queda ?

Publié le 28 septembre 2017 par Edelit @TransacEDHEC

« Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république ? ». Quelques jours seulement séparent l’Espagne du 1er Octobre, et du référendum qui pourrait marquer un tournant historique pour la péninsule ibérique. Jusqu’à l’été, la majorité des sondages fiables semblait privilégier un scénario favorable au maintien de la Catalogne dans l’Espagne : en juillet, le sondage commandé par le gouvernement régional donnait 49,4% ne souhaitant pas la sécession contre 41% favorables.

 La tendance est désormais beaucoup plus partagée, alors qu’on annonce un taux de participation record, environ 67% alors que moins de 50% des Catalans s’étaient mobilisés pour la consultation populaire de 2014.

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De gauche à droite : Mariano Rajoy, président espagnol ; Felipe VI, roi d’Espagne ; Carles Puidgemont, président de la Generalitat de Catalogne pendant l’hommage aux victimes des attentats de Barcelone.

Retour sur un conflit vieux d’un siècle

   Dès le début du XXe siècle, la Catalogne, région industrialisée précocement, manifeste des premières velléités nationalistes. Ainsi après une victoire de partis indépendantistes aux élections de 1932, la proclamation d’une brève République débouche finalement sur un statut d’autonomie.

   Abrogé par Franco dès son arrivée au pouvoir, le statut d’autonomie est remis en place dès la transition de 1979 puis approfondi en 2006, par l’attribution de pouvoirs plus larges à la Generalitat et la reconnaissance d’une « nation catalane ». Saisi immédiatement par le Partido Popular (PP), le Tribunal Constitutionnel remet en cause cet acquis en 2010, décision reçue de manière très négative en Catalogne. Plus d’un million de Catalans ont manifesté dans les rues de Barcelone à la suite de ce qui est toujours considéré comme une provocation du gouvernement espagnol.

   Cette fracture entre le gouvernement espagnol et le peuple catalan s’est aggravée avec l’arrivée au pouvoir de Mariano Rajoy (PP) en 2011. Proposer « d’espagnoliser » les jeunes catalans n’était sans doute pas non plus l’approche la plus adéquate pour entamer une relation saine avec la Generalitat, d’autant plus dans une communauté autonome aussi attachée à son identité ; non seulement linguistique, mais aussi historique et culturelle.

   Outre ces divergences sociales et culturelles entre le gouvernement central et la Catalogne, le fossé économique croissant entre la Catalogne et le reste du pays a entériné les volontés de divorce de la région. La Constitution n’est pas un discours de jeunes mariés, on ne s’aime pas dans la richesse comme dans la pauvreté.

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Manifestation du 11 Septembre 2014 pour l’indépendance à Barcelone, entre 500 000 et 1,8 million de personnes.

À noter que les Catalans ont reçu le soutien du groupe moralement et éthiquement irréprochable ETA (Euskadi Ta Askatasuna, «Pays Basque et liberté »), connu notamment pour ses 829 victimes pendant sa période d’activité, qui s’est offert le luxe de qualifier l’Espagne de « prison pour les peuples ».

La Catalogne, pigeon de l’Espagne ?

20% du PIB du pays, 30% des exportations, 50% des activités à forte valeur ajoutée pour seulement 16% de la population. La Catalogne s’impose indéniablement comme le poumon économique du pays.

De plus, son économie est largement diversifiée, caractéristique qui fait défaut au reste du pays : en effet, un modèle économique basé sur le développement de resort-hôtels sur tout le littoral méditerranéen, la sangria et les constructions d’infrastructures à l’utilité douteuse (à titre d’exemple, l’Aéroport de Huesca-Pirreneos, qui a coûté 60 millions d’euros au contribuable espagnol, a accueilli en tout et pour tout 263 voyageurs en 2014), ça fonctionne un temps, mais ça ne finance pas le remboursement de la dette souveraine éternellement.

Ce n’est pas le cas de la Catalogne, qui a su réinvestir les fruits de la croissance exceptionnelle du début du siècle dans des activités à plus forte valeur ajoutée :  banques, industrie pharmaceutique, recherche, etc. Les biosciences représentent notamment 7% du PIB de la région, grâce à un tissu d’hôpitaux et des centres de recherche de qualité. De même, de nombreux groupes multinationaux ont installé leur siège social en Catalogne : le groupe textile Mango, Caixa Bank (3e banque du pays) ou encore le parfum Puig (groupe Nina Ricci, Paco Rabanne ou encore Jean-Paul Gaultier), preuve de l’attractivité de la région sécessioniste.

Il est désormais possible de comprendre le mécontentement des Catalans, dont le gouvernement local ne prélève que 5% d’impôts, tout le reste étant centralisé, et redistribué aux autres régions. Madrid en a trop profité, et désormais, Barcelone ne veut plus payer.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Carles Puidgemont en janvier 2016, tout laisse à penser que la Catalogne se prépare à une indépendance fiscale : le Trésor catalan, qui employait avant son arrivée quelques 321 personnes, en emploie désormais 800. Pas vraiment un bon signe pour les finances espagnoles, aussi dégradées soient-elles déjà.

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Le siège de CaixaBank à Barcelone

Loin du cœur, près du portefeuille

Si le désamour entre Catalogne, ou du moins une partie de la Catalogne et l’Espagne n’est plus un secret pour personne, il ne sera pas chose aisée pour la région de mettre en place une telle transition sur le plan économique.

Elle fait non seulement partie des régions les plus endettées d’Espagne (plus de 35% du PIB) mais l’Union Européenne a d’ores et déjà annoncé que tout processus indépendantiste impliquerait une sortie de l’UE… sachant que tout processus d’entrée implique un vote à l’unanimité des pays-membres ; et il est peu probable que l’Espagne accepte de voir son ex siéger à la même table que ses collègues de travail.

Or, comme l’explique une étude Natixis de 2014, 60% des exportations catalanes ont pour destination l’Union Européenne. Toutes ces exportations seraient alors soumises à des droits de douane et à des coûts de transactions, ce qui pourrait inciter bon nombre d’entreprises à quitter la région pour continuer à profiter des bénéfices du Marché Unique. La question de la monnaie unique s’imposerait également.

Le secteur privé pourrait également être affecté. L’incertitude inhérente à un changement si brutal créerait un climat d’incertitude, forcément défavorable à l’investissement, notamment l’investissement étranger. Ainsi, dès le résultat des élections de 2015 et la constitution d’une majorité indépendantiste au Parlement de la Generalitat, le groupe Volkswagen-Audi a menacé de quitter la région.

Donc, même si d’un point de vue fiscal, un passage à l’indépendance pourrait bénéficier à la Catalogne, ces gains sont nettement plus incertains concernant le climat des affaires et l’environnement économique et financier.

Quid du FC Barcelone ? Rancunier, ou lassé de voir les Catalans défiler dans la rue à chaque titre du club, le gouvernement espagnol a annoncé qu’en cas de sortie de l’Espagne, tous les clubs de Catalogne seraient exclus du championnat espagnol. Et si le Barça aime arborer des drapeaux ou tifos catalans dans son stade, il gagnerait peu à ce que l’indépendance soit votée. Effectivement, le club serait ainsi privé de ses droits télévisés (140 M€/an), et ses sponsors pourraient commencer à se désintéresser du club. Quand on sait que le géant japonais du e-commerce Rakuten verse 55 M€/an au club catalan pour apparaître sur son maillot, il y aurait de quoi s’inquiéter quant à la compétitivité du club, ce qui pousserait vers le départ ses meilleurs éléments. Avis au PSG.

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Madrid fait de la résistance

Cependant, Madrid n’a pas l’intention de laisser sa poule aux œufs d’or s’en aller sans broncher. Après que le Tribunal Constitutionnel a qualifié cette consultation d’illégale, le gouvernement multiplie les interventions pour s’opposer à la tenue de ce référendum et « sauver la démocratie ».

Panel des actes héroïques du gouvernement de Mariano Rajoy. Le 15 septembre dernier, les finances de la communauté autonome sont mises sous tutelle espagnole. Depuis, des perquisitions ont lieu dans les imprimeries et les journaux locaux pour saisir tracts et bulletins de votes. L’information est contrôlée, toute promotion du référendum est interdite. Des responsables sont arrêtés, à l’image de Josep María Jové, bras droit du vice-président de la Generalitat ; d’autres sont condamnés à des amendes allant de 6 000 à 12 000 euros… par jour pour leur participation à l’organisation du référendum.

Enfin, en vue du 1er Octobre, le gouvernement a affrété trois ferries afin de loger les renforts de la Guardia Civil (police espagnole). Des pratiques on ne peut plus démocratiques donc.

Cependant, ces actions ne devraient pas empêcher le référendum d’avoir lieu, et contribuent même à renforcer la cohésion entre indépendantistes. En cas de victoire du « oui », apparaîtrait un risque d’effet dominos, les peuples en quête d’indépendance n’étant pas rareté en Europe (Pays Basque où le nationalisme existe encore malgré la fin de l’ETA, Ecosse, etc).


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