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Che Guevara, héros ou bourreau : 50 ans après

Publié le 08 octobre 2017 par Montagnessavoie
Jacobo Manchover, La face cachée du Che, 2007.
Aujourd'hui plus que jamais, l'homme fait polémique. Depuis 1959 et pendant des décennies, le monde entier (ou presque) lui a envoyé des fleurs, a chanté ses louanges d'intellectuel libérateur de Cuba, de sauveur de la démocratie face à la dictature de l'horrible Batista. Lui, et Fidel Castro. Mais tandis que Castro est devenu à son tour un dirigeant, le Che est quant à lui parti sur les routes du monde pour diffuser son idée de la révolution, répandre son idéal de Viêt Nam en Europe, en Afrique et en Amérique Latine. C'est finalement en Bolivie qu'est mort celui que l'on considère encore de nos jours comme un héros. Son image galvaudée trône sur les tee-shirts et les casquettes de jeunes gens qui ne savent à peu près rien de Guevara. Besancenot lui a dédié un livre et des politiques, des intellectuels se revendiquent encore de ses idées. Des idées choisies, triées sur le volet, parmi des phrases, d'innombrables écrits et des comportements qui sont loin de faire l'unanimité. Le Che n'était pas l'idéaliste romantique et poète que l'imagerie castriste a bien voulu construire pour nos petits cœurs en manque de messies. Certains prisonniers qui ont eu affaire à lui, des proches qui l'ont suivi lors de ses différentes tentatives d'insurrections le décrivent même comme un véritable boucher. Che Guevara, héros ou bourreau : 50 ans après
Le livre ici évoqué se base pour beaucoup sur les écrits du Che : lettres, journaux, textes officiels ou retranscriptions d'interventions orales. Et, déjà, le romantisme est entaché d'une violence verbale, d'un farouche désir de combat, d'armes, de guerre et de sang, d'une froide cruauté qui mettent à mal le portrait idyllique jusqu'alors diffusé. Difficile d'accuser de mensonge un universitaire qui se dit lui-même un ancien fervent admirateur du Che. Justement, c'est en relisant le Che, en buvant ses paroles que Manchover a détecté la faille. Une énorme faille. Est-il vraiment médecin ? A-t-il réellement obtenu son diplôme ? La question reste presque secondaire face à sa cruauté qui fait régner la peur autour de lui et qui, elle, est bien réelle. Comment des intellectuels qui ont visité les célèbres geôles de La Cabaña et qui ont certainement compris ce qui s'y jouait - des exécutions sommaires et sans procès orchestrées par le Che -, comment Sartre et Beauvoir ont-ils pu se voiler la face à ce point ? Se sont-il saussi bouché les oreilles pour ne pas entendre l'apologie des exécutions que Guevara a pourtant faites au micro des Nations Unies, permettant ainsi une large diffusion à cette horrible idée ? Régine Deforges va plus loin, en n'étant pas le moins du monde choquée que l'on construise un "émouvant" musée dans cette horrible prison que fut La Cabaña. Comble de l'ironie, se sont les intellectuels français qui ont donné ses lettres de noblesse à la si belle légende du Che, à ce personnage qui les avait en horreur et qui avouait ne jamais lire de livres.  La création de cette légende dorée a été en partie voulue par Fidel car, si le Che quitte Cuba, c'est que ses interventions sans filtre, son attachement douteux à la doctrine stalinienne et son caractère imprévisible gênent le pouvoir. En fait, Castro le coule littéralement en lisant dès le lendemain de son départ la lettre d'adieu de Guevara au peuple cubain, laquelle ne devait être dévoilée qu'après sa mort. De cette façon, le retour au bercail lui est interdit : il est condamné à errer sur les routes du monde tel un paria. L'Afrique est un fiasco. Le peuple se contrefout de ce pseudo sauveur venu de l'extérieur et qui ignore tout ou partie des clés de la situation. Il devient exécrable avec ses hommes : l'un d'entre eux, ayant eu un enfant avec une locale, sera forcé de l'épouser. Il finira par se suicider. Quant à la Bolivie, l'histoire est un peu similaire. Le Parti Communiste, tout comme celui de Cuba, ne le considère par comme un des siens. Les paysans ne comprennent absolument rien de ce que ces blancs viennent foutre là. Ils en ont peur. La CIA est à ses trousses. C'est la fin avant même le début.  Demain, 9 octobre 2017, partout dans le monde seront célébrés les 50 ans de sa mort. Des milliers d'articles, de reportages et de commentaires vont fleurir sur le web, dans la presse, à la télévision. Certains lui rendront un hommage vibrant et larmoyant. D'autres, amères, rugiront en silence que leur vérité ne soit pas entendue. La polémique fera rage, encore une fois. Alors, qu'allons nous préférer encore cette année ? Le confort de l'image du héros sans taches qui nous rassure et nous motive à poursuivre nos quêtes ? Ou bien allons-nous enfin devenir adulte et voir les choses en face, cesser d'admirer ce qui ne mérite pas de l'être et chercher enfin des modèles à notre mesure, des faiseurs de paix et non des prêcheurs de haine ? 

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