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(Anthologie permanente) Nadine Agostini, "Histoire d’Io, de Pasiphaé, par conséquent du Minotaure"

Par Florence Trocmé

(Anthologie permanente) Nadine Agostini, Nadine Agostini publie Histoire d'Io, de Pasiphaé, par conséquent du Minotaure aux éditions publie.net
Ce matin-là. Io réveillée par le piaillement des oiseaux. Pensa. Font chier. Puis. Vaut mieux ça que. Les camions. Les yeux fermés. Sourit. Les yeux fermés. Se leva. Les yeux ouverts. Descendit l'escalier. Dans le salon. Devant le téléviseur. Sa fille déjeunait. Dans la cuisine. Devant la cafetière. Son mari attendait. Que passe le café. Elle se laissa. Tomber sur une chaise. Ferma les yeux. Elle entendit les derniers pof pof. De vapeur d'eau. Dans la cafetière. Puis son mari. Qui finissait les céréales. De l'enfant. Les yeux fermés. Elle crispa les mâchoires. Se demanda pourquoi. Le matin. Les bruits étaient si amplifiés. Se demanda pourquoi. Plus le jour avançait. Plus elle devenait sourde. Son mari demanda. Où avait-elle mis la veille le tabac le papier à rouler. Elle dit. Le tabac devant toi. Elle dit. Le papier à rouler devant toi sous la calculatrice. Elle dit. Que ferais-tu sans moi ? Son mari dit. J'irais au tabac en racheter. Jean Ferrat chanta dans sa tête. Que ferais-je sans toi ? Signe de bonne humeur. Peut-être. En tout cas. Pas de trop mauvaise. Humeur. Un autre jour. Jane Birkin aurait chanté. Il est parti acheter des cigarettes. Elle pensa. Peut-être c'est ça. Le début de la bonne humeur. Le début du bon heurt. Jean Ferrat dans ma tête. Elle pensa. Je préfère la montagne. Que la montagne. Est belle. Elle pensa. Et Léo Ferré. Alors. Léo Ferré. Il chante quoi déjà ? Les yeux fermés.
Ce matin-là. Alors qu'elle faisait. La vaisselle. Io se demanda pourquoi. Il pleut. Les hommes étaient fous. Il pleut bergère. S'ils l'étaient naturellement. Et ron et ron. Ou s'ils le devenaient à son contact. Petit patapon. Aussi. Elle se demanda. Pourquoi. Quand son mari. Demandait un baiser. Il pleut. Elle répondait. Il pleut bergère. J'ai envie de. Rentre tes blancs moutons. Vomir. Aussi. Elle pensa. Les autres femmes mentent. Et ron et ron. Peut-être ont-elles raison. Petit patapon. Qui inventent et simulent. Peut-être est-ce le seul mode de communication. Aussi. Elle pensa à l'image de la bergère dans un pré tenant un parapluie gris sous une pluie battante. Et les moutons. Et les moutons étaient secs. Les moutons étaient secs sous la pluie. Et ron et ron. Et Io sourit. Petit patapon.
Ce matin-là. En feuilletant un magazine télé. Io pensa. Comme souvent. À la Kermesse héroïque. Se demanda. Pourquoi. Petite. Elle avait peur de Françoise Rosay. De son œil. Ou de son sourcil. Se demanda. Pourquoi. Dans la Kermesse. Elle n'avait pas eu peur De l'œil ou du sourcil. Ou de Françoise. Se demanda. Pourquoi. Depuis tant d'années. Elle pensait à ce film. Pourquoi. Elle en attendait patiemment la rediffusion. Pourquoi. Chaque semaine. Elle épluchait les programmes. Pourquoi. Elle cherchait ce film. S'il y avait une réponse. À ses questions. Dans ce film.
Ce matin-là. En rangeant la vaisselle. Io pensa. D'où viens-tu toi qui t'en vas. Elle réfléchit longtemps. Ne put dire. De quel livre étaient extraits ces mots. Peut-être. De quel poème. Un titre ? Ni qui avait écrit. Ces mots. Elle n'y pensa plus. Elle y pensa toute la journée.
Nadine Agostini, Histoire d'Io, de Pasiphaé, par conséquent du Minotaure, publie.net, 2017, 104 p., 12€. Le livre paraîtra le 22 novembre et est d'ores et déjà en précommande.
sur le site de l'éditeur :
" À la fois conte mythologique et moderne, ce long poème fait entendre, avec une dimension épique et l'énergie d'une cavalcade, les voix des personnages qui l'habitent. Io, Pasiphaé et par conséquent le Minotaure n'en finissent pas de s'interroger sur leur libre arbitre. Leurs pensées vagabondent mais leurs corps sont scellés à ceux des bêtes avec lesquelles ils partagent leurs destinées.
Un homme a passé la corde au cou d'Io ; Pasiphaé, femme de Minos, ayant désiré le taureau, devient la mère du minot ; le Minotaure se demande s'il n'est pas le rêve d'une femme qui le retient dans le labyrinthe de son imagination.
Avec cet enjeu du souffle et de l'oralité, Nadine Agostini redonne du jeu au mythe, elle le pétrit avec ses mots et s'autorise toutes les libertés d'un démiurge, un qui raconte des histoires, et c'est bien ce qui fait notre joie. "


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