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14-18, Albert Londres : «La jeunesse française aura toujours du panache.»

Par Pmalgachie @pmalgachie
Dix bombes lâchées de nouveau sur Essen Le récit du « Vengeur »
(De l’envoyé spécial du Petit Journal.) Épernay, 15 octobre. Nos villes du front que les avions boches viennent martyriser ont trouvé de beaux vengeurs. Francfort, Trèves, Stuttgart ont payé pour elles, cela on le sait. Ce que l’on ignorait encore aujourd’hui, c’est qu’Essen, une seconde fois, a payé aussi. C’est une lettre de l’aviateur qui nous l’apprend. L’aviateur, forcé d’atterrir en Suisse, est interné dans ce pays. Parti avec ses camarades pour bombarder Francfort, il a trouvé chemin faisant que le temps était beau et, de lui-même, s’est confié la mission de pousser jusqu’à Essen. La jeunesse française aura toujours du panache. Laissons-le parler lui-même. Nous ne pourrions rien ajouter qui soit plus émouvant que son récit. Voici la lettre que, de son exil, il vient d’adresser à son chef d’escadrille : 10 bombes lâchées « J’étais parti de Nancy à 8 h. 45 avec … Pour l’aller, la route fut facile à suivre. Je passais par Thionville à 10 heures. À 10 h. 35, je voyais le Rhin, enfin, à 11 h. 40, je lâchais mes dix bombes sur Essen. J’étais à 3 000 mètres. » Pour mon retour, la brume m’a gêné. N’ayant pu revoir le Rhin, alors je me suis décidé à marcher sud-ouest constamment pendant quatre heures, espérant me retrouver en France et atterrir au clair de lune, si je ne voyais pas Nancy. Je m’étais cependant méfié du vent annoncé sud-ouest ; je n’ose croire que ma boussole m’ait donné une fausse indication. À 3 h. 45, j’ai voulu atterrir. Je suis descendu à 500 mètres. Là, j’ai été pris par trois projecteurs et tiré par les canons antiaériens. Je me demande comment je n’ai pas été descendu ; je voyais les éclatements et mon avion bondissait dans les remous. Atterrissage mouvementé » Je suis remonté à 1 800 mètres, fuyant d’ouest-sud-ouest pendant quarante-cinq minutes. Voyant les montagnes, je me croyais dans les Vosges, région Altkirch. Après ces quarante-cinq minutes, mon moteur ayant quelques ratés, je me suis décidé à atterrir, me croyant en France. La brume de la vallée me gênait et je ne pouvais apprécier la distance. J’ai accroché un arbre ; perte de vitesse, capotage. L’appareil flambe, mais je m’en sors indemne. Je me dirige sur les lumières ; je vois une enseigne écrite en allemand, je me crois perdu. Il était cinq heures du matin. Je vois un paysan. Je lui demande : « France ou Alsace ? » – « Suisse ! » me répondit-il. J’avais atterri à quatre kilomètres des Boches. Je suis dans l’hôtel où était Gilbert ». Ajoutons que, comme le Petit Journal l’a dit, ce vaillant aviateur est le sergent Luc Jardin. Voilà un coup dont les Boches ne s’étaient pas vantés.

Le Petit Journal

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16 octobre 1917.
Aux Editions de la Bibliothèque malgache, la collection Bibliothèque 1914-1918, qui accueillera le moment venu les articles d'Albert Londres sur la Grande Guerre, rassemble des textes de cette période. 21 titres sont parus, dont voici les couvertures des plus récents:
14-18, Albert Londres : «La jeunesse française aura toujours du panache.»
Dans la même collection
Jean Giraudoux Lectures pour une ombre Edith Wharton Voyages au front de Dunkerque à Belfort Georges Ohnet Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914. Intégrale ou tous les fascicules (de 1 à 17) en autant de volumes Isabelle Rimbaud Dans les remous de la bataille

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