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FIAC : Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

Publié le 20 octobre 2017 par Pantalaskas @chapeau_noir

Comment, dans une manifestation aussi imposante, diversifiée que la Foire internationale d’art contemporain de Paris, trouver le fil conducteur de cette création multiforme, cosmopolite, délivrant au visiteur une masse d’informations aussi considérable ? Cette découverte peut-elle s’opérer au hasard des allées arpentées parmi une foule dense, peut-être elle-même un peu perdue devant tant de propositions des cent quatre-vingt treize galeries présentes.

FIAC : Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

« The Misthrown Dice » 2017 Gilles Barbier Aluminium thermo laqué, métal, rocher 200X200X200

Ce n’est pas la moindre difficulté que de trouver un fil conducteur à cet évènement sous la coupole du Grand Palais. A la différence d’une exposition argumentée autour d’une idée, d’un thème, d’un artiste, une foire d’art, par définition, rassemble des galeries indépendantes les unes des autres, s’employant à promouvoir chacune leur identité propre, leur ligne éditoriale. Si bien que la découverte semble soumise à un hasard bienveillant offrant alors une vision aléatoire, subjective.

The Misthrown Dice

Avant même de pénétrer dans le Grand palais, le Off de la FIAC donne un indice pour initier cette approche : « The Misthrown Dice » (Le dé cassé) de Gilles Barbier, dans le jardin des Tuileries, parmi la vingtaine d’oeuves installées, pourrait bien donner le ton de cette manifestation : ce dé bloqué par un rocher symboliserait alors un hasard qui n’en est pas vraiment un. « Un échange célèbre oppose deux physiciens : Albert Einstein : Dieu ne joue pas au dé ! Niels Bohr : Einstein, cessez de dire à Dieu ce qu’il doit faire ! Derrière ce différent se cachent deux conceptions irréconciliables. Einstein est déterministe et rejette le hasard tandis que Bohr, représentant de la jeune physique quantique, développe une vision probabiliste du monde. »

FIAC : Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

« The Misthrown Dice » 2017 Gilles Barbier Aluminium thermo laqué, métal, rocher 200X200X200

En serait-il ainsi de l’art contemporain ? Si le dé (pipé ?) de Gilles Barbier, bloqué insidieusement par un obstacle, reste dans une position indéterminée, l’art de notre temps serait-il lui aussi à l’image de cette situation instable, soumis au hasard des créations, hésitant à de positionner ou faut-il tenter de trouver, dans ce fourmillement permanent, contradictoire, des lois cachées ?
Dans d’autres périodes de l’art, notamment dans la deuxième moitié du vingtième siècle, les artistes manifestaient souvent dans une action collective leurs choix, leur direction de recherche au travers d’un positionnement artistique, parfois politique, voire militant. La pratique artistique s’impliquait alors collectivement dans son époque. La multiplication des propositions individuelles, aujourd’hui, rend plus difficile l’identification de tels courants.
La vocation internationale de la FIAC rend plus complexe encore toute tentative de synthèse, toute hypothèse de lecture globale dans la progression d’un art mondialisé dont la confrontation au réel s’avère si diverse.

« Le hasard n’est pas très hasardeux.. ».

Faut-il alors revenir au hasard pour appréhender tel ou tel aspect dans une telle profusion de propositions ? Et la question induite par Gille Barbier nous laisse dans l’incertitude : ce hasard existe-il vraiment où  répond-il à des lois invisibles ?  L’artiste Gottfried Honegger, recourant si souvent au hasard dans ses œuvres, me disait que « Le hasard n’est pas très hasardeux. »
Voilà qui laisse le visiteur de la FIAC livré à lui-même pour manifester son enthousiasme au gré de ses propres découvertes, hésitant peut-être à chercher ce fil invisible qui pourrait relier un cheminement dans ce parcours si divers.
Le dé de Gilles Barbier restera dans sa position instable, indéfinie, à l’image de l’art contemporain

Photo de l’auteur et de la galerie Georges Philippe et Nathalie  Vallois

Foire internationale d’art contemporain
19-22 Octobre 2017
Grand Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris

Jardin des Tuileries
Jusqu’à novembre 2017
Tous les jours de 7h30 à 19h30


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