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Jean-Jacques Lebel : « Déboutonnages »

Publié le 25 octobre 2017 par Savatier

« Il faut oser s’aventurer dans l’opacité d’Eros au-delà des préjugés moraux et y perdre le nord, littéralement », écrivait en 2009 Jean-Jacques Lebel dans le catalogue-manifeste Soulèvements. Avec son exposition Déboutonnages, qui se tient à la Galerie Mathias Coullaud (12, rue de Picardie, Paris), jusqu’au 28 octobre, l’artiste contemporain, qui puise ses racines dans Dada tout en renouvelant constamment ses créations, présente une série de 35 assemblages insolites, réalisés de 1990 à 2017, où se mêlent boutons et photographies, sous le signe d’Eros. Les compositions de cette expositions nous plongent dans l’univers des années 1950-1960.

Jean-Jacques Lebel : « Déboutonnages »

Depuis longtemps, Jean-Jacques Lebel collectionne, amasse une foule d’objets auxquels il donne une seconde vie. Parmi ceux-ci, le grand dénicheur avait chiné, aux Puces ou ailleurs, des plaques entières et intactes de boutons multicolores de plastique, de bakélite, de métal, tels que nos grand-mères en achetaient dans les merceries pour confectionner des vêtements coupés suivant les patrons en papier de magazines comme Modes et Travaux. Les cartons portent des inscriptions publicitaires désuètes et naïves : « Haute nouveauté – Paris », « La Mode de Paris », « Grand chic », « Le Bouton qui plaît », « Séduction » ou « A la Belle Indienne ». On les imagine rangés dans des boîtes sagement posées sur les étagères de boutiques aux enseignes prometteuses : « Au Bonheur des dames », « Au Chic parisien », dans lesquelles planait le parfum discret d’une poudre de riz de bon aloi.

A ces plaques, puisqu’il est question de « déboutonnages », l’artiste a associé des photographies de nus féminins qui leur sont contemporaines – « vintage », dirait-on aujourd’hui. On y retrouve des tirages érotiques en noir et blanc, sans doute vendus à l’époque sous le manteau, des cartes à jouer géantes et coquines, des cartes postales qui le sont tout autant. Les plus intéressantes, du point de vue de l’histoire des mœurs, sont sans doute ces clichés privés qui montrent, dans une chambre aux murs tapissés de papier peint ou sur un lit, des ménagères délurées posant pour leur mari ou leur amant – autant de postures libres et libertines qui témoignent que l’exhibe des amatrices n’avait pas attendu la Toile pour exister.

Jean-Jacques Lebel : « Déboutonnages »

Jean-Jacques Lebel ajoute parfois à ses montages une ligne manuscrite, un cachet administratif rouge (« Vérifié », par exemple) ou un mot découpé dans la presse. Le résultat produit un effet singulier, décalé, humoristique. Deux œuvres, d’un format supérieur aux autres, se distinguent. De la première, tout bouton est absent ; on y voit des photos de Jeanne Moreau, Martine Carol, Marlène Dietrich et Marilyn Monroe mises en scène dans leur baignoire, entourant une photo centrale représentant des bobines de films. En-dessous, s’inscrivent ces quelques mots : « Ciné-baigneuses n’hésitant pas à se mouiller pour Henri Langlois et la Cinémathèque »… La seconde réunit, au-dessus d’une plaque d’échantillons, un cliché un peu leste voisinant avec un retirage inattendu, puisque beaucoup plus ancien, d’une photo de Véra de Castiglione au visage masqué, par Pierre-Louis Pierson.

Jean-Jacques Lebel prouve que sa capacité d’étonner le public ne s’est en rien émoussée et que son art, aux techniques si variées, interroge toujours le regardeur.


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