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Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours

Par Jean-Marc Vivenza

Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours


Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours
L'histoire du Régime Écossais Rectifié, l'une des plus anciennes institutions maçonniques et chevaleresques françaises de par l'héritage des IIe, IIIe et Ve Provinces de la " Stricte Observance " allemande, s'étend sur plusieurs siècles. Cette histoire, de nature providentielle, qui traversa même une phase de sommeil lors de l'extinction de l'Ordre en France entre 1830 [1] et 1935, constituée en temps distincts fort différents, est longue, riche d'événements multiples, de moments fondamentaux, de décisions essentielles, de personnalités souvent hors du commun, de rencontres surprenantes, de situations heureuses mais aussi parfois tragiques, d'enthousiasmes magnifiques, d'engagements admirables.

Le système établi à Lyon lors du " Convent des Gaules " (1778), en tant qu'institution originale et spécifique - ce qu'il est incontestablement au regard de l'Histoire - se signale donc par une " continuité " qui seule explique, et permet de mieux comprendre la nature propre de la structure édifiée, par étapes successives, en tant qu' Ordre et Régime, l'un n'allant pas sans l'autre, en France par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824).

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" La Franc-maçonnerie bien méditée vous rappelle sans cesse

et par toutes sortes de moyens, à votre propre nature essentielle.

Elle cherche constamment à saisir les occasions de vous faire connaître

et les ressources que lui a ménagées la bonté divine pour en triompher . "

(Jean-Baptiste Willermoz, 1809)

I. Le Régime Écossais Rectifié est un " Ordre ", issu de l'enseignement des élus coëns

Cette notion " d'Ordre ", qui fut la colonne ordonnatrice et la ligne directrice de l'ensemble de l'œuvre willermozienne [2], est essentielle pour la compréhension de notre sujet, notion clairement définie par Willermoz lui-même en ces termes : " J'entends par le mot Ordre, l'ordre maçonnique intérieur et secret du Régime rectifié." [3]

Il convient cependant de rappeler que l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, qui coiffe et dirige le Régime Écossais Rectifié, est porteur d'une base spirituelle et d'un héritage historique directement issus des enseignements de Martinès de Pasqually (+ 1774), enseignements christianisés lors des Leçons de Lyon (1774-1776) ; qui écartèrent les éléments problématiques contenus dans les thèses martinésiennes, notamment ceux touchant à la christologie et à la conception trinitaire du thaumaturge bordelais.

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Néanmoins, ce qui unit profondément le par les éléments propres qui y seront déposés par Jean-Baptiste Willermoz, ne l'oublions pas, détenteur en tant que Régime Écossais Rectifié à la doctrine martinésienne, participe

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d'une incontestable et directe filiation dont la classe secrète, ultime et dernière de l'Ordre, dite de la " Réau+Croix, de l'intégralité de la transmission coën, ceci sans préjudice d'une aide bienveillante reçue directement de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), comme nous l'indiquent positivement les termes d'une lettre de 1784 écrite par le Philosophe Inconnu au réformateur lyonnais : " ... j'attends en conséquence que vous autorisiez vos lieutenants à me confier la lecture de la rédaction des grades dont vous m'avez parlé cet été et dont je vous dis que je ne me permettrais pas la demande. En effet si vous ne m'aplanissez les voies sur cela, je verrais cent ans tous les membres de La Bienfaisance que je ne leur en ouvrirais pas la bouche. " [4]. Grande Profession ", en toute logique, fut détentrice de

Ce point ne souffre donc aucune contestation : " Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier lui avait enseigné, l'un des relais seulement ; maintenir, quand sombrait l'ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martinès de Pasqually lui avait révélé comme l'archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration. " [5]

II. La " doctrine de la réintégration des êtres " est l'essence du Régime rectifié

En conséquence, pour que l'approche du Régime Écossais Rectifié soit exacte et véritable, il est nécessaire de connaître précisément les détails marquants de son " histoire ", ainsi que - et cet aspect est loin d'être auxiliaire tant il définit philosophiquement sa nature -, les bases de la " doctrine de la réintégration " dont il est le dépositaire par excellence à travers l'Histoire en raison d'une filiation ininterrompue depuis le XVIIIe siècle lui conférant une légitimité à bien des égards unique, de sorte que de cette connaissance puissent surgir, comme de par une évidence s'imposant quasi naturellement, les conditions de son existence et de son devenir en ce début de XXIe siècle.

Pourtant, l'éloignement qui est advenu d'avec les lois organisatrices du Régime depuis son réveil en mars 1935, s'est doublé d'un second, non moins important, qui découle d'ailleurs du premier et en est la conséquence quasi logique : l'essence de la rectification, outre un Rite original et une pratique spécifique s'exerçant en quatre grades formant la classe symbolique et un Ordre intérieur d'essence chevaleresque distingué en un état probatoire (" Écuyer Novice ") et le grade de " Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte " (C.B.C.S.), possède une doctrine qui le définit et le qualifie sur le plan spirituel, ce qui est un cas tout à fait original et unique au sein de la franc-maçonnerie universelle.

a) La doctrine fut toujours d'instruire les hommes, sur les mystères de la science primitive

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Jean-Baptiste Willermoz souligne d'ailleurs dans les Instructions destinées à la dernière Classe non-ostensible du Régime : " La doctrine ne permet pas d'en douter ; et en effet, le principal but de l'initiation fut toujours d'instruire les hommes, sur les mystères de la religion et de la science primitive, et de les préserver de l'abandon total qu'ils feraient de leurs facultés spirituelles, aux influences des êtres corporels et inférieurs. Les Initiations devaient donc être le refuge de la Vérité, puisqu'elle pouvait s'y former des Temples dans le cœur de ceux qui savaient l'apprécier et lui rendre hommage. " [7]

Il convient d'insister sur le fait que cet aspect doctrinal, singulièrement défini et précis, confère au système willermozien une originalité à nulle autre pareille en le distinguant entièrement des autres Rites maçonniques, ce qui n'est pas sans provoquer, souvent, de nombreuses incompréhensions. Cet aspect relève donc d'une question importante que l'on peut, à bon droit, désigner comme relevant de l'enjeu qui a pour objet : la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine, puisque ce Régime participe de l'expression la plus aboutie du courant " illuministe " français au XVIIIe siècle, et des thèses qui le fondaient en son essence. [8]

Or cet enjeu doctrinal, précisément, qui est le cœur même de la perspective du Régime rectifié, permettant d'en comprendre l'origine, le sens et la vie - un enjeu doctrinal si souvent incompris, et parfois même comme on a eu, hélas ! bien trop souvent à le déplorer depuis des décennies, nié, contourné, refusé, travesti et combattu pour des motifs divers, qui relèvent d'orientations " profanes ", qu'elles soient issues de convictions politiques ou théologiques [9], et qui toutes, se caractérisent par leur refus d'accepter et de respecter l'enseignement de l'Ordre -, est ce qui représente la spécificité même du système édifié à Lyon en 1778, en le distinguant, radicalement, de tous les autres systèmes maçonniques.

b) Le Régime Écossais Rectifié est engagé dans la mise en œuvre de la " science de l'homme "

Une certitude doit ainsi accompagner le lecteur tout au long des pages de cet ouvrage, le Régime Écossais Rectifié est engagé, comme le voulurent d'ailleurs ses fondateurs, rien de moins que dans la mise en œuvre de la " science de l'homme " [10], cherchant à construire et édifier, pour ceux qui s'engagent à ses côtés en acceptant de cheminer avec lui vers l'invisible, un destin commun en forme d'invitation à passer " de l'image à la ressemblance " en s'appuyant, avec confiance, sur les principes du " christianisme transcendant " étranger à tout esprit d'étroitesse dogmatique, ceci pour le plus grand bonheur des âmes de désir en quête de la Vérité et celui de toute la famille humaine au bien de laquelle sont, par définition, consacrés ses travaux ; unique esprit et identique volonté dans lesquels est d'ailleurs également proposée cette étude historique dont l'objet premier n'est autre, évidemment, que de contribuer d'abord et avant tout, au rayonnement de l'authentique " Lumière " pour qu'elle soit, enfin, " restituée " à ceux qui étaient séparés de la " Sagesse ", et d'œuvrer à la Gloire de " l'Être éternel el et infini qui est la bonté la justice et la vérité même qui, par sa parole toute puissante et invincible, a donné l'être à tout ce qui existe ".

III. Le Régime Écossais Rectifié est fondé sur le " christianisme transcendant "

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Le Régime Écossais Rectifié n'est point soumis

Il importe de le souligner, le Régime Écossais Rectifié nourri d'un christianisme imprégné de la pensée des premiers siècles, lorsque les lumières de la philosophie grecque se sont mêlées aux éléments de la Révélation de l'Évangile, n'est point soumis aux " dogmes " de l'Église, il professe un " christianisme transcendant ", dans le sens où l'entendait Joseph de Maistre (1753-1821), et avec lui l'ensemble des penseurs illuministes [11], c'est-à-dire un christianisme n'imposant la pratique d'aucun culte, ne conditionnant l'initiation à aucune forme ecclésiale de liturgie sacramentelle, et se rattachant à une " doctrine ", ce qui signifie un enseignement, selon Jean-Baptiste Willermoz lui-même qui réitéra cette affirmation plusieurs fois, et que l'on ne peut évidemment taxer d'anticléricalisme, mais qui affirmait en sachant précisément et analysant fort lucidement en quoi consistait cette " perte " sur le plan doctrinal de l'Église depuis le VIe siècle [12], ainsi que le soulignait avec justesse Camille Savoire (1869-1951) : " L'Ordre n'a plus, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, aucun lien avec [...] les dogmes dans leur conception actuelle... ". [13]

Il s'agit donc pour l'Ordre, comme le voulurent les fondateurs du Régime rectifié au XVIIIe siècle, d'être une véritable " école " de sagesse porteuse d'une doctrine, qui a pour nom " doctrine de la réintégration ", celle des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine primitive, et d'édifier une authentique école de sagesse, cultivant l'intelligence du cœur, comme l'affirmait déjà Camille Savoire en 1935 : " Que veulent constituer les artisans du réveil du Rectifié ? Un milieu éducatif de culture morale et spirituelle au sein duquel, cherchant à réaliser, par l'enseignement mutuel et l'exemple, leur perfectionnement moral et intellectuel, ils appelleront les élites de tous les milieux sociaux, si modestes soient-ils, dont les intentions seront pures. Ils exigeront que chacun, en y entrant, abandonne à la porte la revendication de ses droits pour n'y songer qu'à l'accomplissement de ses devoirs, à extirper de son être tout sentiment d'égoïsme, développer son intelligence, sa raison et surtout son cœur." [14]

IV. " Vérités " de la doctrine du Régime rectifié

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Willermoz, très tôt, s'attacha à une idée, sans doute puisée chez Clément d'Alexandrie (150-215), à savoir que le christianisme est porteur d'une authentique initiation, expliquant cette déclaration qu'il fit à dans un courrier à Charles de Hesse (1744-1836) en 1781 : " Je fus persuadé dès mon entrée dans l'Ordre [maçonnique] que la Maçonnerie voilait des vérités rares et importantes et cette opinion devint ma boussole ." [15] Il semblait ainsi s'orienter non pas vers l'obtention de titres et de grades honorifiques, mais vers la recherche de ce qui lui apparaîtra comme étant l'essence véritable de la Maçonnerie, son objectif caché et authentique. De la sorte, se confirmait peu à peu le trait principal de son caractère depuis son entrée en Franc-maçonnerie : la quête du secret de la Vérité voilée aux yeux des profanes. Or cette " Vérité ", il va la trouver chez Martinès de Pasqually (+1774), qui enseignait que Dieu, enseignait est Un, mais " trine " selon sa Puissance, est " quatrine " selon son Essence ; ayant au commencement émané les êtres spirituels, et ceux-ci, du moins pour un certain nombre d'entre eux, par l'effet d'un orgueil effréné se rebellèrent en revendiquant une autonomie à laquelle il ne pouvait prétendre. De manière à préserver l'équilibre divin, Dieu chassa ces esprits révoltés et les emprisonna dans la " matière " précisément créée à cette occasion par des esprits fidèles. Le monde relève donc, du point de vue de l'ontologie martinésienne, d'une création indirecte et non d'une émanation, ce qui signifie qu'il est sans consistance réelle, non substantiel, illusoire, " apparent ".

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(Fonds Prunelle de Lière, BM de Grenoble, T 4188-2)

a) Des propositions provenant des courants gnostiques et néoplatoniciens des premiers siècles du christianisme

Par ailleurs, non content d'avoir été constitué par des esprits intermédiaires, l'univers matériel participe d'une ontologie assez originale, et pour le moins délicate au regard de ce soutient l'Église sur le plan dogmatique en ces domaines - aspect éminemment problématique qui semble être resté singulièrement non perçu et non entrevu, par ceux qui se sont penchés sur les thèses de Martinès, qui sont très loin de présenter un caractère " d'

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harmonie ", comme on a pu en lire l'affirmation absolument irrecevable, avec les enseignements conciliaires au sujet de la Création -, ontologie que l'on peut sans peine décrire comme étant placée sous le sceau de la " nécessité ", puisque sans la prévarication des anges rebelles, puis celle d'Adam, jamais l'univers matériel n'aurait été créé, ainsi que cette proposition, qui participe à l'évidence des concepts présents chez les penseurs, soit influencés, soit participant directement des courants gnostiques et néoplatoniciens alexandrins des premiers siècles du christianisme, est soutenue dans le Traité écrit par Martinès [16], en des termes qui ne laissent place à aucune contestation : " Sans cette première prévarication, aucun changement ne serait survenu à la création spirituelle, il n'y aurait eu aucune émancipation d'esprits hors de l'immensité, il n'y aurait eu aucune création de borne divine, soit surcéleste, soit céleste, soit terrestre, ni aucun esprit envoyé pour actionner dans les différentes parties de la création. Tu ne peux douter de tout ceci, puisque les esprits mineurs ternaires n'auraient jamais quitté la place qu'ils occupaient dans l'immensité divine, pour opérer la formation d'un univers matériel. Par conséquent, Israël, les mineurs hommes n'auraient jamais été possesseurs de cette place et n'auraient point été émanés de leur première demeure ou, s'il avait plu au Créateur de les émaner de son sein, ils n'auraient jamais reçu toutes les actions et les facultés puissantes dont ils ont été revêtus de préférence à tout être spirituel divin émané avant eux. " ( Traité, § 237).

b) La création " contrainte " et " nécessaire " de l'univers matériel

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(Fonds Prunelle de Lière, BM de Grenoble, T 4188-2)

"Le Créateur fit force de lois sur son immutabilité

en créant cet univers physique en apparence de forme matérielle,

pour être le lieu fixe où ces esprits pervers auraient à agir

et à exercer en privation toute leur malice ...."

La doctrine de la réintégration participe donc d'un cadre général, dans lequel la création " contrainte " de l'univers

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matériel, s'imposa au Créateur contre sa volonté, se voyant dans la " nécessité " de faire " force de loi ", c'est-à-dire de se soumettre à une obligation de produire un univers matériel qui n'avait pas été désiré, ni envisagé à l'origine dans la pensée divine : " le Créateur fit force de lois sur son immutabilité en créant cet univers physique en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers auraient à agir et à exercer en privation toute leur malice ...." ( Traité, § 6), ceci expliquant pourquoi cette " matière ", en forme de prison, de borne pour y enfermer les esprits pervers, " matière première " qui ne fut conçue " que pour contenir et assujettir l'esprit mauvais dans un état de privation ", est vouée, irrémédiablement, à la disparition afin qu'elle soit définitivement anéantie : " C'est par cette observation que vous pouvez concevoir l'événement et la révolution qui surviendra à l'univers entier lorsque Celui qui le vivifie se séparera de lui. Car, à l'image des corps particuliers, cette matière restera errante et dans l'inaction, jusqu'à ce qu'elle soit entièrement dissipée. Telle est la loi qui donnera fin à toutes les choses temporelles. Il faut actuellement vous convaincre que la matière première ne fut conçue par l'esprit bon que pour contenir et assujettir l'esprit mauvais dans un état de privation et que véritablement cette matière première, conçue et enfantée par l'esprit et non émanée de lui, n'avait été engendrée que pour être à la seule disposition des démons. " (Traité, § 274).

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Nous sommes donc, évidemment, avec la doctrine de Martinès, pour lequel le mineur spirituel, c'est-à-dire Adam, n'a été émané qu'en raison de la prévarication des esprits pervers - ce qui renforce plus encore ce caractère de " nécessité " entourant l'ontologie martinésienne de la création selon ce que soutient le Traité, à savoir que " l'ordre de l'émanation des mineurs spirituels n'a commencé qu'après la prévarication et la chute des esprits pervers " ( Traité, § 233) -, non pas dans la " conformité ", la " confortation ", ou la " complète harmonie " (sic) avec la doctrine indivise des Pères de l'Église où Dieu crée le monde par l'effet d'un don gratuit, par amour et sans aucune espèce de contrainte, mais dans le climat des des théogonies propres aux cultes à mystères de l'antiquité, des gnoses et des cosmogonies des premiers siècles du christianisme, ainsi que des conceptions origéniennes : " Porphyre enseignait que l'âme en remontant vers son principe se dépouillait ainsi de tuniques successives. Origène admettait que le corps animal était symbolisé par les ''tuniques de peau'' qui avaient été ajoutées à l'homme par suite du péché et dont il devait se dépouiller pour revêtir un corps plus adapté à sa nature. Déjà les gnostiques avaient interprétés en ce sens les ''tuniques de peau''. Mais alors ce n'était plus la chair créée par Dieu qui était sauvée. Certes cette chair devait être transfigurée à la résurrection. Mais il était essentiel à la foi que ce fût la même chair, de même que le corps du ressuscité du Christ était le corps qui avait été déposé dans le tombeau et non un autre qu'il aurait revêtu à la place. Ainsi la tradition chrétienne [...] affirme la réalité de la résurrection des corps comme un article essentiel de la foi." [17]

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(Fonds Prunelle de Lière, BM de Grenoble, T 4188-2)

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Karl Gotthelf von Hund (1722-1776)

Jean-Baptiste Willermoz, qui sera reçu dans l'Ordre des Chevaliers maçons élus coëns de l'Univers par Martinès en personne à Versailles en avril 1767, et gravira très vite, en un an, tous les degrés de l'Ordre jusqu'à l'ultime de Réau+Croix en mai 1768, va donc trouver dans cet Ordre ce qu'il avait toujours attendu en matière d'initiation et, de surcroît, la confirmation de la justesse de ses espérances à propos des mystères subsistant au sein de la franc-maçonnerie Willermoz, qui avait ouvert un " Grand Temple ", soit une Loge secrète travaillant sur les rituels coëns, recevant les frères les plus doués dans les grades supérieurs de l'Ordre, fut " désorienté " par le départ de Martinès en 1772, restant sur ses réserves quant à l'efficacité de la vois coën, ce à quoi s'ajoutait l'état déplorable de la maçonnerie en France consécutif au désordre généré par le conflit entre les grades écossais, désordre singulièrement renforcé par la mort du comte de Clermont en 1771, auquel succéda Louis Philippe duc de Chartes et d'Orléans (1747-1793).

Il décidait donc d'écrire une très longue lettre au baron en date du 18 décembre 1772, qu'il fit parvenir par de la LogeKarl Gotthelf von Hund (1722-1776), La Candeur de Strasbourg, lettre dans laquelle il exposait de manière très détaillée son itinéraire maçonnique, " insistant sur ses longues recherches auxquelles il s'était livré pour découvrir l'essence du secret maçonnique " [18], sans oublier d'évoquer, en des termes obscurs et extrêmement enrobés mais néanmoins remplis d'admiration, les " Élus Coëns ". Il conclut en proposant une véritable alliance, et demande un rattachement formel à la Stricte Observance, dite "Templière".

V. Le Convent des Gaules (1778)

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Cependant très vite, fut retenue l'idée d'un Convent général de l'Ordre à Lyon, capitale des Gaules, ayant pour mission de décider et prendre une position ferme vis-à-vis de certains points problématiques qui étaient apparus comme étant une source de nombreuses méprises et d'interprétations discutables parmi les frères allemands.

Bien que le Convent de Brunswick en 1775 entérina le réveil des Provinces des Gaules, et ce en l'absence des frères français, Willermoz se retrouva cependant isolé et sans interlocuteur direct de par la disparition de Karl von Hund le 28 octobre 1776. De plus l'Ordre qui vit transiter en son sein des personnages plus que " suspects " et aux ambitions discutables, essuya une réponse décevante du comte d'Albany, c'est-à-dire le prétendant Charles Édouard Stuart (1720-1788), en qui certains plaçaient quelques espoirs, à propos de la nature de ses liens avec la maçonnerie et de sa transmission templière, puisque celui-ci aurait révélé que son père, Jacques Édouard Stuart (1688-1766), " lui avait refusé l'autorisation de se faire initier ".

a) Le Convent fondateur du Régime Écossais Rectifié

Willermoz était visiblement troublé et inquiet de ces nouvelles et, bien que trouvant dans la Stricte Observance, un cadre très solide, une structure et une organisation évidemment très efficaces et incomparablement plus stables que celles des élus coëns, il ressentait néanmoins comme un vide, une limite dont les illusoires prétentions présentées comme étant les objectifs secrets et ultimes de la maçonnerie et, en particulier, parmi bien d'autres, la " réédification de l'Ordre du Temple ", lui apparaissaient comme extrêmement dérisoires et fort maigres du point de vue doctrinal.

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Ferdinand de Brunswick-Lunebourg (1721-1792)

Face à cette situation, le duc Ferdinand de Brunswick-Lunebourg (1721-1792) , qui avait été nommé proposa aux frères français des trois provinces (Bourgogne, Auvergne, Occitanie) de se réunir en Convent, ce qui immédiatement fut accepté et mis en œuvre par Jean de Turckheim et Jean-Baptiste Willermoz qui, par lettre circulaire en date du 28 août 1778, annoncèrent la convocation du Convent. Le 25 novembre de la même année, s'ouvrait donc à Lyon le " Magnus Superior Ordinis au Convent de Kohlo, Convent des Gaules ", étendant son autorité au Prieuré d'Helvétie dépendant de la Ve province de Bourgogne, et à la toute récente Préfecture du Duché de Savoie installée à Chambéry à laquelle appartenait Joseph de Maistre

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Les décisions qui vont être prises par les vingt et un délégués représentant les trois Provinces pendant les treize séances que compta le Convent des Gaules qui s'acheva le 10 décembre 1778, sont véritablement à l'origine du Rite, ou plus exactement du " Régime " Écossais Rectifié, et transformeront en profondeur la Stricte Observance.

On peut donc dire que le Convent des Gaules de par ses décisions qui représentaient en fait une authentique rupture d'avec la Stricte Observance, établissait et constituait une maçonnerie symbolique fondée non plus, comme auparavant, sur trois grades, mais sur quatre, conduisant à un Ordre de Chevalerie, dit " Ordre Intérieur ", formé des Écuyers Novices et des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte dont le but initiatique original, pénétré des orientations élaborées et arrêtées lors des leçons de Lyon qui christianisèrent la doctrine de la réintégration de Martinès, Ordre Intérieur auquel viendrait s'adjoindre, en la remplaçant tout en la dotant d'un contenu entièrement nouveau l'ancienne classe des Profès de la Stricte Observance, une 3 e classe secrète de Chevaliers Profès et Grands Profès, bien qu'il ne fut nullement question de son existence lors du Convent.

b) La volonté de rétablir " l'unité primitive " de la franc-maçonnerie

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Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France, 1778.


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Par ailleurs, le Convent des Gaules se présentait comme une tentative de rétablir " l'unité primitive " au milieu de la multiplication anarchique des systèmes qu'il qualifiait " d'arbitraires " car souvent ignorants des bases de la connaissance initiatique réelle, et constituait un Régime qui ambitionnait effectivement de réunir l'ensemble des Loges afin de reconstituer l'unité sur la base d'une maçonnerie puisant au " berceau " même de l'authentique " Tradition ", comme le stipule l'Introduction du Code des Loges Réunie et Rectifiées de 1778 : " A défaut d'en connaître le vrai point central et le dépôt des lois primitives, elles suppléèrent au régime fondamental par des régimes arbitraires particuliers ou nationaux, par des lois qui ont pu s'y adapter. Elles ont eu le mérite d'opposer un frein à la licence destructive, qui dominait partout, mais ne tenant point à la chaîne générale, elles en ont rompu l'unité en variant les systèmes. Des Maçons de diverses contrées de France, convaincus que la prospérité et la stabilité de l'Ordre Maçonnique dépendaient entièrement du rétablissement de cette unité primitive, ne trouvant point chez ceux qui ont voulu se l'approprier, les signes qui doivent la caractériser, et enhardis dans leurs recherches par ce qu'ils avaient appris sur l'ancienneté de l'Ordre des Francs-Maçons, fondé sur la tradition la plus constante, sont enfin parvenus à en découvrir le berceau ; avec du zèle et de la persévérance, ils ont surmonté tous les obstacles, et en participant aux avantages d'une administration sage et éclairée, ils ont eu le bonheur de retrouver les traces précieuses de l'ancienneté et du but de la Maçonnerie ." [19]

De la sorte, et on le comprend à présent aisément, lorsqu'en 1778 à Lyon, entre le 25 novembre et le 10 décembre,

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Jean-Baptiste Willermoz qui avait compris que l'Ordre de Martinès de Pasqually aurait bien du mal à survivre à la disparition de son Grand Maître survenue en septembre 1774, donne naissance à l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte , lors du Convent des Gaules qui " rectifie " les structures, ainsi que la perspective spirituelle de la Stricte Observance, pour que puisse se transmettre un dépôt initiatique qu'il considérait comme étant de la plus grande valeur, disséminant intelligemment, grade après grade, les différents éléments symboliques particuliers (nombres, couleurs, formes, batteries, signes, etc.) issus des rituels coëns, il installe l'enseignement de Martinès de Pasqually au sein de cet Ordre nouvellement édifié, qui se fera connaître sous le nom de Régime Écossais Rectifié , réussissant à conférer, par cette opération providentielle, un cadre protecteur à la doctrine de la " Réintégration ", cadre que l'Ordre coën n'était plus en mesure d'incarner [20].

VII. Du Convent de Wilhelmsbad (1782) à l'extinction du Régime en France (1830)

Le Convent de Wilhelmsbad, convoqué quatre ans après le L'un des derniers actes de l'activité effective du Régime fut la convocation des Grands Profès de Lyon pour le 30 septembre 1789 " Convent des Gaules, entérina les décisions prises par les Provinces françaises, mettant fin à, l'illusion templière, publiant une " Règle maçonnique ", confiant le soin à une commission présidé par Willermoz, de mettre la dernière main aux rituels, notamment celui dit de Maître Écossais de Saint-André, qui ne sera achevé qu'en 1809. Cependant, la Révolution mit un coup d'arrêt brutal au développement de l'Ordre nouvellement édifié, dont il ressortira affaibli, ses Loges dispersées, son élan initial brisé. Sur l'ensemble des structures qui existaient avant 1789, très peu avaient réussi à survivre et, pour beaucoup, purement et simplement, elles avaient disparu. Le Régime était donc réduit à sa plus simple expression et ne subsistait, là où il se maintenait plus ou moins, que par la volonté de quelques individualités isolées. afin de conférer sur une affaire très importante qui intéresse la tranquillité du collège métropolitain ". Les cinq réceptions qui eurent lieu précédemment le 26 avril 1790 à Lyon furent donc les dernières au XVIIIe siècle, le 15 février 1790 Willermoz ayant décidé, eu égard à la situation politique extrêmement tendue et au contexte relativement difficile de la période, d'abandonner momentanément toutes les assemblées " jusqu'à ce que l'esprit de parti et de vertige qui a saisi plusieurs de ses membres se soit entièrement dissipé ".

Il serait évidemment trop long ici de rentrer dans le détail des différentes péripéties que traversa l'Ordre en cette période, laissant le soin au lecteur de se reporter au livre publié qui relate tout ceci de façon minutieuse. Retenons simplement qu'à partir de 1837, des membres du Centre des Amis essayèrent de redonner vie au Directoire de Neustrie fondé en 1808, recevant de Christophe Aubanel (1789-1872), Eq a Gladio et Manu, Préfet de Genève et dernier représentant de la IIe Province d'Auvergne, une Patente. Mais ce nouvel établissement disparaîtra peu de temps après avec le Centre des Amis, qui sera mis en sommeil le 14 juin 1843.

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De même à Besançon, en 1839, on put rallumer les feux de

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la Sincérité et Parfaite Union en reconstituant un Grand Chapitre Provincial au sein duquel fut élu comme Préfet en 1841, César-Auguste Pernod (1800-1874), Eq. a Claritate. La Préfecture fut reconnue par le Grand Orient le 13 août 1842, mais de nouveau, dans le climat politique de la Restauration très peu ouvert aux idées de la franc-maçonnerie [21], auquel il faut ajouter une défiance de plus en plus grande des Maçons eux-mêmes à l'égard des grades chevaleresques du Régime marqués par le christianisme, la pratique du Rite ne se révéla pas toujours aisée.

ourtant, si l'on signale bien quelques rares traces d'activité au Rectifié jusqu'en 1880-1890, le Rite semble effectivement s'être étiolé lentement à Besançon, avant que de disparaître. Ceci peut s'expliquer, car après la mort du Préfet Pernod, en 1874, les relations cessèrent entre Besançon et le G.P.I.H., ceci renforcé par la distance, postérieure à 1877, des liens entre le Grand Orient de France et la Grande Loge Suisse Alpina, fondée en 1844 et qui abritait en son sein les Loges liées au G.P.I.H., en particulier la Préfecture de Genève détentrice des pouvoirs de la IIe Province et des archives de la Bourgogne.

En conséquence, il faut admettre au regard de l'Histoire, qu'à partir du dernier quart du XIXe et en raison de son extinction en France, le Régime Écossais Rectifié ne subsista que par le Grand Prieuré d'Helvétie, déjà dépositaire depuis 1828 du pouvoir de la Ve Province, mais qui allait, en 1830, se voir confier, charge extrêmement importante, la responsabilité de la mémoire et surtout de la continuité de l'Ordre.

Jean-Baptiste Willermoz s'était éteint le 29 mai 1824 laissant à Joseph Antoine Pont (+ 1838), Eq. a Ponte Alto, toutes ses archives et surtout le soin de faire survivre la transmission de l'Ordre. S'agissant de cette notion d'Ordre, qui qualifie et distingue le Régime, tout en lui conférant une particularité unique, Willermoz prit toutes ses dispositions, sentant que la menace était grande de voir disparaître la substance même de son système, afin de préserver le dépôt de la transmission

Quelle est la nature de cette transmission qui qualifie le Régime Rectifié du point de vue initiatique ?

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Elle touche à l'essence de l'Ordre puisqu'il s'agit de la nature même de la doctrine que les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ont pour devoir de conserver et transmettre afin qu'elle nourrisse et fonde la vie du Régime au travers de tous ses grades, Régime géré selon les Codes, l'un pour la classe maçonnique l'autre relatif à la classe chevaleresque, arrêtés au Convent des Gaules en 1778.

Or, cette idée qui toujours fut celle de Jean-Baptiste Willermoz, nécessite cependant, si elle veut s'incarner, que le Régime puisse fonctionner précisément comme un " Régime ", et au XIXe siècle le seul lieu où le Régime fut encore en activité fut la Suisse. Ou, plus exactement, la Préfecture de Genève en quoi consistait le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie, puisque la Préfecture de Bâle, puis celle de Zurich en 1885, cessèrent leurs travaux, amenant, en 1887 la Préfecture de Genève à rester la seule instance dépositaire des Rituels et des archives du système maçonnique Écossais et Rectifié en Helvétie.

De ce fait, et par la force des choses, Genève, avec la Loge l'Union des Cœurs fondée en 1769 et rectifiée en 1810, demeura l'unique Directoire du Régime ayant survécu. Le dépôt confié par Willermoz à Joseph-Antoine Pont, dont parle le Frère de Raymond, n'était autre en effet que le pouvoir et les archives de la IIe Province relatives au Collège métropolitain régissant, en sa partie scientifique, tout le Régime Rectifié. Et de la transmission de ce dépôt dépendait la continuité structurelle, organique et initiatique de l'Ordre. C'est ce que rappela un Frère missionné à cet effet, sous le pseudonyme de " Maharba ", dans un article publié en 1969.

b) La chaîne de transmission du Régime est ininterrompue depuis le XVIIIe siècle

Cet article de " Maharba " disait l'essentiel de ce qu'il convenait de faire savoir sur le sujet, soit : la classe secrète de la Grande Profession jamais ne cessa d'exister, elle fut transmisse en 1830 par Joseph Antoine Pont à des Frères de l'Ordre en Suisse, tous Grands Profès et membres du

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Collège de Genève - et nom au Grand Prieuré d'Helvétie, il convient d'y insister car la nuance est importante -, qui, depuis cette date, ont veillé sur ce dépôt jusqu'à nos jours en le conservant par une chaîne ininterrompue de transmission.

Pour ceux, infiniment peu nombreux en 1969, et qui le sont d'ailleurs moins encore aujourd'hui, déjà convaincus pour de justes motifs, de la réalité de la survivance de la classe secrète du Régime, les déclarations de Maharba ne constituèrent ni une révélation, ni ne furent un motif d'étonnement. Mais, pour l'immense majorité des maçons rectifiés cela fut comme une sorte d'annonce inattendue et chargée d'espérance.

Ainsi l'Ordre, apprenait-on, en son instance la plus élevée, malgré les vicissitudes du temps, avait perduré !

Cela souleva un légitime enthousiasme, et ne compta pas pour rien dans le regain d'intérêt suscité par le Régime rectifié qui se fit jour à partir de cette période, et qui ne s'est pas démenti depuis. Cependant, outre les hypothèses les plus diverses sur l'identité du mystérieux rédacteur qui se cachait sous ce pseudonyme, plusieurs, et non des moindres, parmi les auteurs maçonniques, émirent des doutes sur la véracité des affirmations de Maharba, et considérèrent que tout ceci pouvait être susceptible de remise en question, voyant dans ce " récit " avantageux une possibilité de réécriture de l'Histoire au profit des buts et objectifs du Régime rectifié, cherchant à, en quelque sorte, " auto-valider " sa propre légitimité historique et initiatique.

De ce fait, puisque " Maharba " n'avait pas cru devoir faire suivre ses déclarations de preuves - sachant par ailleurs que la classe de la Grande Profession a été l'objet d'initiatives récentes de divulgations sauvages et intempestives de documents touchant à ses rituels et statuts (rappelant que l'ensemble de ces pièces, leur état n'ayant pas changé subitement parce que mises, classées et répertoriées, dans les rayons et catalogues " profanes ", est placé sous le sceau du " secret "), ceci au moment d'ailleurs où certains considèrent les Instructions secrètes comme "(" -, nous jugeons nécessaire de reproduire un extrait du " Registre du Collège Métropolitain ", pièce tout à fait exceptionnelle du point de vue de l'Histoire de la Grande Profession, document inédit ne se trouvant évidemment pas dans les fonds d'archives des bibliothèques publiques, afin de faire taire l'idée d'une absence de continuité dans la transmission du " Haut et Saint Ordre ", ce document nous permettant de constater, de façon sourcée et incontestable, la perpétuation concrète de la classe secrète, constituée le 3 octobre 1778, avec comme Président Gaspard de Savaron, ne relève pas de " un savoir mort" (sic!), et n'hésitent pas à soutenir que la Profession au sein du Régime Écossais Rectifié, aurait à devenir une sorte de La Profession ", in Renaissance Traditionnelle, n° 168, octobre 2012) Eq. A Solibus, classe dont l'enseignement l'expression mythologique de le veine des écrits apocalyptiques des premiers siècles, des manuscrits de Nag-Hammadi [...] " et ne participe pas " de l'épistémologie, sinon de l'archéologie de la pensée ". lieu de rencontre discret permettant de dépasser les limitations obédientielles : " le but réel pourrait être ... de permettre à des dignitaires de haut niveau de se rencontrer en toute discrétion, quels que soient leurs obédiences et grands prieurés... "

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Liste des Grands Profès de 1778 à 1880 :

1. Gaspard de Savaron ; 2. Jean-Baptiste Willermoz ; 3. Jean de Turkheim,

6. André Périsse-Duluc ; 7. Comte Barbier de Lescoët, etc..

Rétablissement en France du Rite Écossais Rectifié (1910) et réveil complet du Régime (1935)

, et

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Quoiqu'il en soit, du point de vue de l'Histoire, le Régime Écossais Rectifié, après son dépôt conservatoire en Suisse, fit son retour en France, précisément le 11 juin 1910, à l'occasion de la réception au grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (C.B.C.S.), de trois Frères du Grand-Orient de France désireux de redécouvrir le Rite : Édouard de Ribaucourt (1865-1936) Gustave Bastard, réception effectuée par le Grand Prieur du Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie (G.P.I.H.), Charles Montchal (1855-1928), qui exerça la charge de Grand Prieur du G.P.I.H. de 1909 à 1919. Camille Savoire (1869-1951)

Mais ce rétablissement, n'était que la préfiguration de ce qui allait advenir, car depuis plusieurs années Camille Savoire, dont l'attachement pour le Régime Écossais Rectifié ne faiblissait pas, était en relation suivie avec le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie afin que puisse être réveillée en France, lorsque l'occasion se présenterait, une instance de direction du système fondé par Jean-Baptiste Willermoz au XVIIIe siècle. Et c'est ainsi, après de nombreux épisodes, que le 23 mars 1935 se déroula à Paris la tenue historique de la Préfecture de Genève, présidée par Ernest Rochat, Grand Prieur, qui installait la Préfecture de Neustrie, donnant une Patente officielle à Camille Savoire, en lui octroyant, en tant que Grand Prieur du " Grand Directoire des Gaules ", toute autorité pour créer en France des ateliers du Rite Écossais Rectifié

Ainsi, cette constitution du " Grand Directoire des Gaules " opérée en mars 1935 par le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie - qui, à la différence notable du Traité de 1911 signé entre le G.P.I.H. et le G.OD.F. n'avait pas été précédé de la remise d'une " Patente " pour pratiquer le R.E.R. au G.O.D.F. au prétexte, inexact historiquement, que le Grand-Orient possédait le Rite par de supposés droits antérieurs relatifs aux Traités de 1776 et 1811, Traité d' avril 1911 d'ailleurs que dès le 13 décembre 1913 le G.P.I.H. déclara caduc -, ce qui se produisit en 1935 fut un réveil complet du Régime se fondant, comme il est rappelé dans la Patente de constitution, sur les droits acquis du Grand Prieuré d'Helvétie " par le Convent des Chapitres de Bourgogne, tenu à Bâle les 15, 16 et 17 Août 1779 " , par " la remise de ses pouvoirs le 2 Août 1828, par le Chapitre Provincial de Bourgogne, Ve Province de l'Ordre ", par la " Patente spéciale émanant de la Province d'Auvergne, IIe Province de l'Ordre en date du 29 Mars 1830, le Chapitre Provincial de Genève. "

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Création du " Grand Directoire des Gaules ",
lors de la tenue de la Préfecture de Genève,

On sera attentif au fait, important s'il en est, que le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie (G.P.I.H.), ne réveillait pas simplement par cet acte de mars 1935 le " Grand Prieuré-Grand Directoire d'Auvergne " comme il aurait pu se limiter à le faire eu égard à ses pouvoirs détenus sur la IIe Province depuis 1830, mais, beaucoup plus largement, le " Grand Directoire des Gaules " en tant qu'instance nationale du Régime ayant à sa tête un Grand-Maître National, également Grand-Prieur, en la personne de Camille Savoire, instance souveraine du Régime Rectifié englobant donc sous son autorité les IIe, IIIe et Ve Provinces de l'Ordre situées dans le territoire " des Gaules ".

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Camille Savoire, lors de la cérémonie de constitution
du " Grand Directoire des Gaules ",


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Voilà ce qui explique le fait que ce réveil, consenti au bénéfice du " Grand Directoire des Gaules " (G.D.D.G.), en tant que " puissance régulière, autonome et indépendante du Régime Rectifié en France ", en contrepartie de " l'engagement solennel de pratiquer le Rite Écossais Rectifié en conformité des statuts de l'Ordre tel qu'il est encore en usage en Suisse, et notamment de maintenir dans leur intégralité les décisions arrêtées aux divers Convents de Kohlo, en 1772, de Wilhelmsbad, en 1782, et des Gaules, en 1778, tendant à assurer au Rite Rectifié son uniformité " [22], était tout à la fois, certes un rétablissement du Régime Rectifié dans l'étendue absolue de toutes ses prérogatives et son autorité sur l'ensemble des établissements du système de la Réforme de Lyon, mais également la réédification d'un " Grand Directoire National " constitué sur le modèle du réveil du Régime en 1808, possédant un Grand Maître National afin d'assurer le gouvernement de l'Ordre, ayant autorité sur les trois Provinces françaises.

Telle est la raison, de notre choix volontaire, comme ligne de référence dans l'écriture de cette " Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours " - non par réductionnisme autoritaire, mais en raison des critères objectifs spécifiant d'où provient, où est détenue, réside en sa vérité, et subsiste authentiquement la possession de la légitimité historique et traditionnelle de l'Ordre au regard des principes invariants de la règle dite de " transmission ininterrompue " -, les développements et les événements qui advinrent à l'instance du réveil depuis 1935, c'est-à-dire le " Grand Directoire des Gaules " - devenu à partir du 15 décembre 1946 " Grand Prieuré des Gaules " -, réveillé à Lyon le 15 décembre 2012, après une éclipse terminologique de soixante six ans pleins, date à date, sous l'intitulé " Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules ".

X. L'édification de la " Cité Sainte ", devoir principal de la Chevalerie mystique et spirituelle

Il n'en reste pas moins, par-delà les aspects historiques brièvement évoqués, que sur le plan purement initiatique, sans doute le plus essentiel, que si l'homme, vérité placée à la base de cet enseignement dissimulé derrière l'appareil des cérémonies de l'Ordre, fut originellement créé incorruptible et non sujet à la mort, alors il convient de ne se préoccuper que de ce qui relève de la nature impérissable en lui, et travailler à en préserver les germes ainsi que d'en cultiver, en permanence, la mémoire et le souvenir, afin que notre constante attention soit dirigée vers cette lumière intérieure irradiante qui est notre véritable guide au sein des ténèbres de ce monde. Et cette lumière, l'Ordre a la charge de la rendre sensible puisque, précisément, son rôle est de faire de chaque homme qui se tourne vers lui avec confiance, un " fils chéri de la lumière ".

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Ainsi donc, le Régime Écossais Rectifié, convaincu de l'inestimable dignité infinie de chaque créature, insiste sur le fait qu'une certitude doit toujours nous accompagner lorsque nous nous tournons vers l'homme, c'est que ce dernier, s'il fut créé en image et ressemblance de Dieu, a été également façonné selon les mêmes principes que le Temple de Jérusalem, sa forme corporelle nous montrant d'ailleurs l'identique division en trois parties du lieu saint des hébreux (Porche, Temple et Sanctuaire), se reproduisant pareillement et s'appliquant à l'aide des mêmes lois à l'homme lui-même.

Réédifier le Temple aujourd'hui, ce en quoi consiste principalement pour ne pas dire exclusivement les travaux de l'Ordre, on le comprend aisément, c'est réédifier " l'Homme " au sens générique du terme. Voilà pourquoi s'engager à rebâtir la Cité Sainte, devoir principal de toute Chevalerie spirituelle, c'est se consacrer au bien, au bonheur et à la perfection de l'homme et par extension de toute la famille humaine, ce en quoi consiste la véritable bienfaisance et l'authentique labeur à entreprendre pour toutes les " âmes de désir ". [23]

Nous le constatons, pour le Régime rectifié issu de l'écossisme et du courant de l'illuminisme mystique au XVIIIe

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siècle, une évidence s'impose : il n'est pas possible d'arrêter une conclusion à propos d'une institution qui est, non pas un objet de muséographie destiné à nourrir les études d'anthropologie historique ou faire la joie des adeptes des sciences auxiliaires de l'Histoire, mais un corps vivant, une entité organique nourrie et fécondée par le temps, une structure spirituelle en attente d'un devenir qui sera demain ce que les hommes qui ont aujourd'hui la responsabilité de l'Ordre, en feront, et dont les horizons apparaissent encore immensément riches de nombreuses perspectives.

L'Ordre, dont le rôle est de faire perdurer " l 'initiation " transmise par Jean-Baptiste Willermoz, est en effet une idée lancée à travers les siècles, un flambeau au milieu du monde, un projet qui tient de l' Esprit, et de lui seul, les éléments de sa continuité existentielle. Ayant compris ce qu'il en est des nécessités dont l'homme a besoin, il incarne, de façon providentielle en nos temps troublés - et ils le sont non depuis quelques décennies mais depuis la " chute " primitive qui vint rompre l'harmonie parfaite d'avant le temps -, la possible réédification, pour chaque être sans distinction, de sa relation avec l'invisible.

De ce fait, l'Ordre est donc un don, une chance et une magnifique espérance ; il témoigne de la " Parole de la Si les leçons que l'Ordre t'adresse, pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur, se gravent profondément dans ton âme docile et ouverte aux impressions de la vertu ; si les maximes salutaires, qui marqueront pour ainsi dire chaque pas que tu feras dans la carrière maçonnique, deviennent tes propres principes et la règle invariable de tes actions ; ô mon Frère, quelle sera notre joie ! tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l'homme dans son état d'innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l'initiation maçonnique fait son objet principal. Tu redeviendras la créature chérie du Ciel : ses bénédictions fécondes s'arrêteront sur toi ; et méritant le titre glorieux de sage, toujours libre, heureux et constant, tu marcheras sur cette terre l'égal des rois, le bienfaiteur des hommes, et le modèle de tes Frères. " [24] Révélation dont il a la mission sacrée d'actualiser l'écho à l'intérieur des cœurs, de sorte que l'annonce de la dimension sublime à laquelle chaque âme est appelée, à savoir retrouver sa nature divine en passant de l'image à la ressemblance, devienne une évidence transformatrice et s'impose comme l'élément premier de sa vie :

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Quant à nous, notre seule et unique " guide " visible et invisible, notre " pierre angulaire " absolue et invariante, notre " fondement " essentiel - que ce soit dans l'écriture de ce livre, dans nos actions et notre rapport à " l' Ordre " et à sa nature spirituelle et transcendante -, est absolument identique à ce que rappelait Frédéric-Rodolphe Saltzmann(1749-1821) à Jean-Baptiste Willermoz en 1818, et se résume à ceci : La doctrine du Régime rectifié est l' unicum necessarium ...C'est sur ce fondement, sur cette pierre angulaire qu'il est bâti, et qui le préservera de sa ruine aussi longtemps qu'on lui restera fidèle." [25]

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La Pierre Philosophale, 2017, 572 pages.

Editions la Pierre Philosophale

1. Nous prenons pour référence 1830, en tant que date de transmission à Genève, sous forme de Lettre-patente selonransmission qui d'ailleurs, dans la "

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la volonté formelle avant sa mort en 1824 de Willermoz en tant que dépositaire général, par Charte-patente de Constitution du Attendu que, sous date du 29 mars [mai] 1830, le Chapitre Provincial de Genève, par Patente spéciale émanant de la Province d'Auvergne, IIe Province de l'Ordre, entrée à son tour en sommeil, acquit le droit de constituer des établissements de son Rite, au lieu et place de la dite Province d'Auvergne... " Grand Directoire des Gaules par le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie en date des 20 et 23 mars 1935, est rappelée en ces termes : Joseph Antoine Pont (+ 1838), de tous les pouvoirs et qualifications de la IIe Province de l'Ordre, afin d'agir en son nom de manière provisoire jusqu'à ce que les conditions soient réunies de son rétablissement, de sorte que se poursuive l'activité du Régime, t

2. Nous rejoignons entièrement Steel-Maret (Bouchet et Boccard) Robert Amadou (1924-2006) sur ce sujet qui sut, avec justesse et grande pertinence, rappeler et mettre en lumière le caractère " d'Ordre " propre au Régime rectifié dans ses nombreuses études, et notamment dans son introduction à la réédition des Archives secrètes de la Franc-maçonnerie , Collège métropolitain de France à Lyon, IIe Province dite d'Auvergne 1765-1852, Librairie de la Préfecture, 1893. Nouvelle édition et introduction par Robert Amadou avec une étude de Jean Saunier, Slatkine, 1985 .

3. J.-B. Willermoz, Lettre à Charles de Hesse , 10 septembre 1810, BM de Lyon, Ms 5.889.

4. L .-C. de Saint-Martin, Lettre à Jean-Baptiste Willermoz, Paris, le 19 septembre 1784.

5. R. Amadou, Martinisme, CIREM, 1997, p. 36.

6. On sait, à ce propos, comment René Guénon (1886-1951)voyait dans la création des Obédiences maçonniques à partir du XVIIIe siècle, un mal moderne qui avait eu une responsabilité directe dans la " dégénérescence " profane de l'initiation, soulignant : " Dans le Symbolisme (numéro d'avril), Oswald Wirth, parlant deL'Avenir maçonnique, dénonce ''l'erreur de 1717, qui nous a valu les gouvernements maçonniques, calqués sur les institutions profanes, avec contrefaçon d'un pouvoir exécutif, d'un parlement, d'une administration paperassière et de relations diplomatiques'' ; là-dessus tout au moins, nous sommes assez de son avis, comme le prouve d'ailleurs tout ce que nous avons dit ici même de la moderne dégénérescence de certaines organisations initiatiques en ''sociétés''". (R. Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagn onnage, Études traditionnelles, 1964, p. 192).

8 Joseph de Maistre (1753-1821), qui fut membre en Savoie de la loge " La Sincérité", qui rejoignit la Réforme de

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Lyon en septembre 1778, nous renseigne sur ce qu'étaient les " illuminés " à cette époque : " Je ne dis pas que tout illuminé soit franc-maçon : je dis seulement que tous ceux que j'ai connus, en Œuvres surtout, l'étaient ; leur dogme fondamental est que le christianisme, tel que nous le connaissons aujourd'hui, n'est qu'une véritable loge bleue faite pour le vulgaire ; mais qu'il dépend de l'homme de désir de s'élever de grade en grade jusqu'aux connaissances sublimes, telles que les possédaient les premiers Chrétiens qui étaient de véritables initiés. C'est ce que certains Allemands ont appelé le christianisme transcendantal. Cette doctrine est un mélange de platonisme, d'origénianisme et de philosophie hermétique, sur une base chrétienne. Les connaissances surnaturelles sont le grand but de leurs travaux et de leurs espérances ; ils ne doutent point qu'il ne soit possible à l'homme de se mettre en communication avec le monde spirituel, d'avoir un commerce avec les esprits et de découvrir ainsi les plus rares mystères. Leur coutume invariable est de donner des noms extraordinaires aux choses les plus connues sous des noms consacrés : ainsi un homme pour eux est un mineur, et sa naissance, émancipation. Le péché originel s'appelle le crime primitif ; les actes de la puissance divine ou de ses agents dans l'univers s'appellent des bénédictions, et les peines infligées aux coupables, des pâtiments. Souvent je les ai tenu moi-même en pâtiment, lorsqu'il m'arrivait de leur soutenir que tout ce qu'ils disaient de vrai n'était que le catéchisme couvert de mots étrangers (...) J'ai eu l'occasion de me convaincre, il y a plus de trente ans dans une grande ville, qu'une certaine classe de ces illuminés avait des grades supérieurs inconnus aux initiés admis à leurs assemblées ordinaires ; qu'ils avaient même un culte et des prêtres qu'ils nommaient du nom hébreu cohen .... " (J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg : XIe Entretien, 1821).

9. Sur ce point, le Régime est d'une rigueur tout à fait intransigeante et ne permet point, à quiconque, d'aborder des sujets politiques ou théologiques, considérés, en effet, comme " profanes " dans les établissements de l'Ordre : " Malgré tous les rapports de l'institution primitive avec la religion, les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion, de politique, et de toutes ''sciences profanes''. Cette règle est infiniment sage et doit être bien conservée, car nos Loges sont partout des écoles de morale religieuse, sociale et patriotique, où l'on apprend à exercer la bienfaisance dans toute son étendue, et ne sont point des écoles de théologie, de politique, ni d'autres objets profanes. D'un autre côté, vu la diversité des opinions humaines dans tous les genres, ces lois ont dû interdire toutes discussions qui pourraient tendre à troubler la paix, l'union et la concorde fraternelle. En supposant même que le terme final de l'institution maçonnique pût donner à ceux qui l'atteignent des lumières suffisantes pour résoudre précisément les questions et discussions religieuses qui auraient pu s'élever entre les Frères, s'il leur était permis de s'y livrer, où serait, dans les Loges symboliques, le tribunal assez éclairé pour apprécier leurs décisions et les faire respecter ? Ainsi donc, nous le répétons, les lois qui interdisent expressément toutes discussions sur ces matières sont infiniment sages et doivent être rigoureusement observées. " (MS 5922/2 Bibliothèque de la ville de Lyon).

10. " Le Régime ou le Rite écossais rectifié, dans la foulée énigmatique de Martines de Pasqually et sous l'action de Jean-Baptiste Willermoz, a spécifié la science spécifique de la franc-maçonnerie - qui est ''la science de l'homme'', selon Joseph de Maistre - en la doctrine de la réintégration, commune aux élus cohens, à Louis-Claude de Saint-Martin et aux ordres martinistes dignes de ce nom." (R. Amadou, op. cit., p. 40).

11. Comme signalé précédemment, c'est Joseph de Maistre qui est à l'origine du terme " christianisme

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transcendant ", déclarant : " C'est ce que certains Allemands ont appelé le ''Christianisme transcendantal''. Cette doctrine est un mélange de platonisme, d'origénianisme et de philosophie hermétique, sur une base chrétienne. Les connaissances surnaturelles sont le grand but de leurs travaux et de leurs espérances; ils ne doutent point qu'il ne soit possible à l'homme de se mettre en communication avec le monde spirituel, d'avoir un commerce avec les esprits et de découvrir ainsi les plus rares mystères." ( Soirées, XIe Entretien). Maistre lui-même, ayant été profondément marqué par la lecture des écrits d'Origène (IIIe s.), croyait en l'existence d'une tradition secrète, d'une discipline réservée ou " science de l'Arcane", attitude partagée par tous les membres du Régime rectifié qui sont parvenus à la compréhension, et y adhèrent, de la " sainte doctrine parvenue d'âge en âge par l'Initiation jusqu'à nous ", soutenant que les définitions dogmatiques furent imposées à l'Église, et qu'elles " cachent ", plus qu'elles ne protègent, la Vérité : " Les saintes Écritures : jamais il n'y eut d'idée plus creuse que celle d'y chercher les dogmes chrétiens : il n'y a pas une ligne dans ces écrits qui déclare, qui laisse seulement apercevoir le projet d'en faire un code ou une déclaration dogmatique de tous les articles de foi. (...) jamais l'Église n'a cherché à écrire ses dogmes; toujours on l'y a forcée. La foi, si la sophistique opposition ne l'avait jamais forcée d'écrire, serait mille fois plus angélique : elle pleure sur ces décisions que la révolte lui arracha et qui furent toujours des malheurs .... L'état de guerre éleva ces remparts vénérables autour de la vérité : ils la défendent sans doute, mais ils la cachent. (...) le Christ n'a pas laissé un seul écrit à ses Apôtres. Au lieu de livres il leur promit le Saint-Esprit. ''C'est lui, leur dit-il, qui vous inspirera ce que vous aurez à dire'' " (J. de Maistre, Essai sur le Principe Générateur des constitutions politiques, § 15, P. Russand, Lyon, 1833).

12. Il n'est sans doute pas inutile d'insister sur le fait que l'affirmation de la " perte " par l'Église " concerne l'ensemble des confessions chrétiennes, d'Orient comme d'Occident, qui ont adopté les décisions dogmatiques des sept premiers conciles, et non en particulier l'une d'entre elles, car toutes souscrivent aux positions définies par le les anathèmes prononcés contre les thèses d'Origène - préexistence des âmes, état angélique d'Adam avant la prévarication, incorporisation d'Adam et sa postérité dans une forme de matière dégradée et impure en conséquence du péché originel, dissolution finale des corps et du monde matériel, etc. -, condamnations qui ne font point de doute, contrairement à ce que l'on a pu entendre, et voir soutenir avec une étrange conviction, car, contre les moines de Jérusalem qui répandaient les doctrines d'Origène, qui se considérait comme un théologien sur le trône impérial, élabora entre autres, à partir de l'ouvrage d'Origène depuis le VIe siècle ", de la doctrine aujourd'hui conservée par le Régime rectifié, selon la formulation de Jean-Baptiste Willermoz, deuxième concile de Constantinople (553), et notamment Justinien (482-565), De Principiis, neuf anathématismes par lesquels il conclut son " Adversus Origenem liber, " ou " Edictum " (écrit entre la fin de 542 et le début de 543).

13. C. Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie, 1935, (2e édition, La Pierre Philosophale, 2015, p. 333).

Dans son analyse du livre de Camille Savoire, lors de sa parution, R. Guénon, On ne saurait mieux résumer, selon-nous, le sens et l'objet de l'œuvre entreprise par Camille Savoire : soit travailler sans relâche, et avec courage, dans la Foi, l'Espérance et la Charité, à ce que perdurent les René Guénon (1886-1951), sembla assez bienveillant, louant même l'initiative de constituer le Régime rectifié en système autonome, en dehors des obédiences, rajoutant cette remarque qui nous semble fondamentale : " Le Voile d'Isis, décembre 1935, in derniers vestiges d'initiation occidentale qui subsistent encore, de sorte que les " âmes de désir ", d'aujourd'hui et de demain, puissent trouver un chemin véritable et authentique, qui conduise réellement au " Sanctuaire de la Vérité ". Études sur la Franc-maçonnerie et le compagnonnage, Éditions Traditionnelles, t. I, 1964, p. 90). dans les circonstances présentes, [c'est] une chose des plus souhaitables, si l'on ne veut pas voir se perdre irrémédiablement les derniers vestiges d'initiation occidentale qui subsistent encore... " (

16.d'après le Traité sur la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine,

Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours
manuscrit autographe de Louis-Claude de Saint-Martin.

Le titre original du Dans une lettre adressée par Jean-Baptiste Willermoz à On se reportera d'ailleurs avec profit, pour un examen approfondi des thèses de la doctrine de la réintégration dans leur mise en regard d'avec les dogmes de l'Église, à : J.-M. Vivenza, Traité, était, lors de la première ébauche du texte vers 1770 : " La RéintégrationJean de Turckheim (1749-1828), La doctrine de la réintégration des êtres, La Pierre Philosophale, 2012 (2 e édition revue et augmentée, 2013). Eques a Fulmine, le 25 mars 1822, le patriarche lyonnais indiquait la "" pour en faire une lecture profitable, recommandant une lecture quotidienne et constante, établie sur un plan : " Imposez-vous, avant de commencer votre première lecture, un plan régulier, déterminé pour chaque jour et bien médité, en prévoyant les obstacles accidentels ou journaliers qui pourront survenir, une règle fixe, mais libre pendant sa durée, dont vous ne vous permettrez point à vous écarter de sorte que chaque jour ait son temps consacré à cette lecture jusqu'à la fin du Traité. " (Jean-Baptiste Willermoz, Lettre à Jean de Turckheim, le 25 mars 1822). C'est à ce prix, que l'on parviendra à pénétrer les thèses doctrinales de Martinès, et que l'on en comprendra le sens véritable et authentique, en évitant les confusions, inexactitudes et interprétations erronées. et la réconciliation de tout être spirituel avec ses premières vertus, force et puissance dans la jouissance personnelle dont tout être jouira distinctement en présence du Créateur. " Ce texte, sous forme de copie manuscrite, était uniquement réservé aux Réaux-Croix, et n'avait aucunement vocation à être révélé ni diffusé, étant destiné à l'étude attentive et à la méditation des membres de l'Ordre qui en faisait de sa lecture méditée et attentive, un véritable travail d'approfondissement des connaissances dispensées par l'Ordre des élus coëns.

18. R. Le Forestier, La Franc-Maçonnerie Templière et Occultiste (1929), 3e éd. Mila,, Archè, 20003, p. 344.

19. Cf. Introduction, in Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France, 1778.

20.

Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours
Gérard van Rijnberk (1874-1953) explique ainsi les causes de la disparition de l'Ordre des élus coëns : " Après la mort de Martines en 1774, les établissements Coëns se sont désagrégés lentement. Les causes de ce déclin peuvent se réduire à trois. En premier lieu et avant tout, il se faut rappeler qu'à la mort du Souverain Maître l'organisation de l'Ordre était loin d'être achevée. Deux forces dissolvantes ont ensuite agi. C'est d'abord l'attraction que la Stricte Observance Germanique exerça sur les âmes (...). Ensuite, c'est l'action de Saint-Martin. (...) Saint-Martin se rendit bientôt compte que cette manière tout extérieure de se mettre en rapport avec le Monde de l'Esprit ne le satisfaisait pas ; il changea alors de méthode, abandonna le chemin de ceux qui, forts de leur volonté, prenaient le ciel d'assaut, et s'engagea sur la voie du mysticisme, tout intérieure, qui semble avoir été pour lui une voie toute paisible, toute de douceur et d'abandon. Tout en restant convaincu de l'efficacité des pratiques théurgiques des Coëns, il apprit par son expérience personnelle que la voie mystique donnait une certitude intime incomparablement supérieure à celle des signes obtenus pendant les Travaux de l'Ordre. (...)" (G. van Rijnberk, Un thaumaturge au XVIIIe siècle, Martinès de Pasqually, Félix Alcan, 1935, pp. 89 ss.).

21. L'Église, par ses déclarations pontificales au début du XIXe, discours relayé par le clergé et le courant contre-anathèmes envers la franc-maçonnerie furent de nouveau réitérés avec une fermeté extraordinaire, fermeté d'autant plus accrue que l'on tenait les sociétés secrètes comme responsables de la Révolution et des attaques subies par l'Église, notamment la perte des États Pontificaux, (les troupes du Directoire étaient entrées dans Rome le 6 février 1798 pour en déloger

Histoire du Régime Écossais Rectifié des origines à nos jours
révolutionnaire, réaffirma avec force les anciennes condamnations à l'encontre de la franc-maçonnerie promulguées au XVIIIe siècle par Clément XII, In Emminenti Benoît XIV, Pie VIII, et Traditi Providas Romanorum (18 mai 1751). Ainsi, Grégoire XVI et Pie VII, dans Ecclesiam a Jesu Christo (13 septembre 1821), Léon XII, avec Pie VI et y établir la République), Quo Graviora (13 mars 1826), Apostolatus Specula (28 avril 1738) et Humilitati (24 mai 1829), suivi par Mirari Vos ( 15 août 1832), les États restaurés en juin 1800, puis de nouveau envahis en 1808, annexés à l'Empire le 17 mai 1809 par le décret de Schönbrunn, qui ne seront rétablis, seulement, qu'en 1815 sous Pie VII par décision du Congrès de Vienne.

23. " Il est temps de nous rappeler ce que nous sommes, et de faire remonter toute science à sa source", notait Joseph de Maistre en 1814, en conclusion de sa Préface à l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, soulignant par ces mots singuliers la nature de la connaissance qu'il convenait d'acquérir, et le type même du cheminement qu'il convient d'effectuer. ( Cf. J. de Maistre, Préface de l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, Vrin, 1992, p. 59).

24 . Instruction morale du grade d'Apprenti franc-maçon avec l'explication du cérémonial de réception, in Rituel du Grade d'Apprenti du Régime Écossais Rectifié.

25 . Frédéric-Rodolph Saltzmann, Lettre à Jean-Baptiste Willermoz, le 4 septembre 1818.


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