Magazine Culture

14-18, Albert Londres : «Cette pluie n’était ni grise ni triste.»

Par Pmalgachie @pmalgachie
14-18, Albert Londres : «Cette pluie n’était ni grise ni triste.» Ceux de l’Aisne décorés par Pétain
(De l’envoyé spécial du Petit Journal.) Front français, 10 novembre. Nous avions ceux de la Marne, ceux de l’Yser, ceux de la Somme, ceux de Verdun ; nous avons maintenant ceux de l’Aisne. Et ainsi tout notre pays se pare des lauriers de ses défenseurs. Le palmarès s’allonge, chaque feuillet marque une bataille, chaque bataille est une victoire. Pétain vient de célébrer la dernière : La Malmaison, Pinon, Pargny, Filain. Des milliers de prisonniers, des centaines de canons, voilà ce qu’offraient ceux de l’Aisne, en échange des décorations que le général en chef allait accrocher sur leurs drapeaux loqueteux, sur leurs capotes boueuses. Il pleuvait dru et fort, mais cette pluie n’était ni grise ni triste. Et les trois mille poilus présentaient cette pluie, puisqu’elle fut leur compagne pendant ces journées d’attaque qui furent des journées de gloire : le terrain de la revue était un cloaque de boue et de gadoue. Qu’importe ! ça valait mieux que les trous d’obus, que les tranchées bouleversées de là-haut, et le défilé fut impeccable. Cérémonie simple et sobre. Tout près, la cathédrale de Soissons, avec ses tours blessées, hors de portée maintenant du canon dont on entend le grondement lointain, devant les drapeaux rassemblés, un officier lit les citations des unités qui vont recevoir une récompense : régiments d’infanterie, de zouaves, de tirailleurs, de coloniaux, bataillons de chasseurs, de Sénégalais, artillerie de tranchée, artillerie de campagne, artillerie lourde, artillerie d’assaut, génie, télégraphistes, brancardiers, aviateurs, tout le monde a fait son devoir, plus que son devoir. Il y a de la poudre dans l’air, les drapeaux claquent sous ce vent de victoire, et quand tout à l’heure, quelques-uns d’entre eux vont incliner leur hampe pour permettre au général Pétain d’y accrocher la fourragère, il semble que dans les rangs de cette glorieuse phalange d’hommes, les corps se font plus droits, les yeux se font plus brillants, et j’ai envie de leur crier : « Vivent ceux de l’Aisne ! »

Le Petit Journal

, 11 novembre 1917.
Aux Editions de la Bibliothèque malgache, la collection Bibliothèque 1914-1918, qui accueillera le moment venu les articles d'Albert Londres sur la Grande Guerre, rassemble des textes de cette période. 21 titres sont parus, dont voici les couvertures des plus récents:
14-18, Albert Londres : «Cette pluie n’était ni grise ni triste.»
Dans la même collection
Jean Giraudoux Lectures pour une ombre Edith Wharton Voyages au front de Dunkerque à Belfort Georges Ohnet Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914. Intégrale ou tous les fascicules (de 1 à 17) en autant de volumes Isabelle Rimbaud Dans les remous de la bataille

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Pmalgachie 8226 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines