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Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Par Carolune

La première fois que j'ai entendu parler de Sylvain Tesson, c'était l'année dernière (oui, j'ai un peu de retard...), par un collègue, à qui je disais que devant l'absurdité du monde, j'étais assez tentée de partir me fabriquer une yourte dans un endroit bien désertique. Ce collègue, qui a les mêmes tentations que moi, m'a alors appris que nous avions un ami célèbre (parmi beaucoup d'autres !) en la personne de Sylvain Tesson, et m'a parlé de Dans les forêts de Sibérie

Ce livre est pour moi un très grand souvenir de lecture, une de ces lectures nourricières, marquantes à vie, et arrivant très à propos. 

Le principe en est très simple : c'est un texte autobiographique, relatant six mois de retraite de l'auteur dans une cabane au bord du lac Baïkal, du plein hiver au dégel de printemps. Retraite relative, car Sylvain Tesson fréquente ses lointains voisins.

C'est un livre de géographe-poète, d'observateur extraordinaire du monde - les descriptions du Baïkal, en toutes saisons, avec ses masses impensables et ses sons, sont sublimes, par exemple -, d'aventurier à l'ancienne, n'hésitant pas à affronter seul une nature absolument sauvage. 

C'est une autobiographie magnifique, une exploration de soi, mais aussi, en creux, du monde "moderne", sans que l'on ne tombe jamais dans la leçon supérieure : l'expérience d'isolement de Tesson fait écho, généreusement, avec l'expérience d'isolement du lecteur, de son lecteur, et montre surtout qu'il n'est pas forcément besoin de partir en Sibérie pour descendre en soi-même. Les livres, d'ailleurs, sont magnifiquement célébrés, et semblent souvent être des éléments aussi essentiels que la nature glacée autour de la cabane. 

Sylvain Tesson est, par ailleurs, un vrai écrivain, un styliste, à la plume travaillée, esthète, avec par ailleurs un sens acéré de la formule, ce qui donne lieu à quelques aphorismes absolument merveilleux, dont celui-ci, qui me revient très régulièrement et me plaît infiniment : 

"Devenir un manque un gagner devrait être l'objectif de tout révolutionnaire moderne."

Je le verrais même volontiers philosophe, de ces penseurs de l'anarchisme intime, dans la lignée d'Ernst Junger et de son sublime Traité du rebelle ou le recours aux forêts...de Sibérie, donc.


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