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Marie Berne – Le grand amour de la pieuvre

Par Marellia

Marie Berne – Le grand amour de la pieuvre [L’arbre Vengeur, 2017]
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Marie Berne – Le grand amour de la pieuvre
Article écrit pour Le Matricule des anges
« Quand on s’adresse à une bête comme l’homme, il faut s’adapter. » Ainsi s’exprime la pieuvre, « monarque femelle du royaume d’en dessous », « vedette interloquante », muse et amoureuse secrète, pour tout dire, d’un étrange personnage, cinéaste pionnier du film scientifique qui sera paradoxalement, son goût des inventions poétiques y étant peut-être pour quelque chose, d’abord reconnu par les surréalistes. Le grand amour de la pieuvre, premier roman de Marie Berne, serait ainsi une sorte de biographie par la bande, fragmentaire, vue par des yeux qui ne sont pas les nôtres, habitués à se glisser entre deux eaux, de Jean Painlevé. Un cinéaste qui, dès les années vingt, ne cessa de filmer, outre sa pieuvre énamourée, des Bernard-l’Ermites, des Hippocampes ou, histoire de sortir un peu de l’eau, des chauves-souris vampires. L’amour, en vérité, ne cesse d’aller et venir entre la pieuvre et son filmeur venu la tirer de sa tranquille sieste sous-marine. Ainsi, dit-elle, « il caresse tous mes œufs avec son objectif », se faufilant où il peut avec « un bric-à-brac défaillant, inadapté, capricieux ». Le voici maintenant qui « jubile » au milieu de l’eau. « Son art de raconter qui ensorcelle et qui me ressemble », dit encore la pieuvre. Mais il est pudique quand il découvre le cinéma et se laisse porter par l’émotion. « Très tôt », dit la pieuvre, « il a choisi le mimétisme de mon apathie d’apparat ». À propos de mimétisme, évidemment, Marie Berne fait ici le pari d’une sorte d’identification contrariée, entre la regardeuse (la pieuvre) et le regardé (le cinéaste ; l’artiste). Pour ce faire, elle a recours à une prose à la poésie fine, construisant peu à peu un récit qui avance et revient sur ces pas, concentrique, digressif, métaphorique. On suit cette pieuvre et cette prose aquatique, plus amoureuse des mots peut-être que de son sujet, qui nous guide, nous perd et nous reprend.

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