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La rose, de Robert Walser

Par Etcetera

La rose, de Robert Walser

J’avais déjà parlé de Walser récemment, à propos de sa merveilleuse Vie de poète qui méritait grandement qu’on s’y arrête.

La Rose présente à première vue pas mal de ressemblances avec Vie de poète : ce sont deux recueils de courtes proses abordant des thèmes variés, et on reconnaît de l’un à l’autre certains thèmes de prédilection de l’auteur, comme l’amour de la littérature et de la beauté, entre autres.
Mais, passée cette première impression de ressemblance, on s’aperçoit que ces deux livres sont en fait très différents : La Rose accumule les bizarreries, incohérences et autres coq-à-l’âne, de sorte qu’il y a un peu de difficulté à suivre le propos, alors que Vie de Poète était claire et facile à suivre.
Le narrateur de Vie de poète était clairement identifiable, alors qu’on a dans la Rose de multiples narrateurs, comme autant d’identités éclatées et mal définies.
Même le style a changé entre les deux : dans Vie de Poète on trouvait une écriture foisonnante, pleine de fantaisies et de dynamisme, alors que dans La Rose, l’écriture est plus épurée, plus resserrée et on ne trouve plus ces foisonnements d’adjectifs qui caractérisaient le premier.
L’atmosphère des deux est également très différente : Dans Vie de poète on sentait une joie de vivre, un côté facétieux et primesautier qu’on ne retrouve plus du tout dans La Rose où les amours contrariées et une certaine désillusion, voire amertume, colorent davantage les pages.

J’arrête là la liste des différences, pour dire que La Rose est le dernier livre de Walser, écrit avant qu’il ne sombre dans la folie, ce qui transparait dans plusieurs passages.
Comme je n’attends pas forcément d’un livre qu’il soit très logique ou très cohérent, ça ne m’a pas empêchée de le lire jusqu’au bout avec un certain plaisir et de lui trouver de la poésie et de l’émotion, mais j’avoue tout de même qu’il m’est arrivé de décrocher un peu sur certains passages.

Voici un extrait page 75 :

D’une âme alanguie et avec des yeux ronds écarquillés par la nostalgie, j’entrai dans un jardin douillet tout pailleté de soleil, j’y écoutai le petit orchestre qui y donnait un sympathique concert, et manifestement je me comportai là d’une manière fantasque; car, prise de pitié, une jeune fille qui me regardait tomba à la renverse, frappée à mort par une compassion qui la perça comme un poignard; si quelqu’un juge cela possible, qu’il soit heureux sa vie durant. Les gens qui se prennent d’affection pour moi, je les laisse construire l’édifice de leur amitié aussi longtemps qu’ils le désirent; jamais je ne les dérange, car je les ignore.



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