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The Descent (2005), Neil Marshall

Par Losttheater
The Descent (2005), Neil Marshall

En 2002, Neil Marshall signe Dog Soldiers, un film dans lequel un groupe de militaires se retrouvent aux prises de loups-garous. Trois ans plus tard, c’est avec une histoire sur un groupe de six femmes spéléologues qu’on le retrouve aux commandes de The Descent. A cette époque, le cinéma fantastique et d’horreur anglais est en pleine érosion des sens, tout comme ce fut le cas en Espagne quelques années auparavant. Ce renouveau dans le cinéma de genre anglais est surtout dû à des noms comme Danny Boyle, Edgar Wright ou encore Christopher Smith. Et s’immisce dans le décor, Neil Marshall. Comme ses camarades, le réalisateur a le goût du premier degré, et ne cherche pas à dévaloriser le genre avec de l’autodérision.

The Descent c’est avant tout l’histoire d’un drame. Celui de Sarah, qui perd son mari et sa fille dans un accident de voiture. Un an plus tard, et le trauma encore fortement présent, Sarah retrouve cinq de ses amies pour un week-end de spéléologie dans les Appalaches. Mais le groupe d’amies se retrouve bientôt coincé dans les profondeurs de la terre et va devoir affronter l’inimaginable.

The Descent (2005), Neil Marshall

Même si le récit peut apparaître simpliste sur le papier, Neil Marshall le travaille et le remue jusqu’à la moelle. Sa mise en scène s’impose intelligemment en jouant avec des peurs reliées à la claustrophobie. Il joue du noir et du manque de lumière qui vient remplir son cadre et procure au spectateur un malaise constant et profond. La peur est sensitive et l’on se sent tout aussi enfermé que les personnages dans un espace qui respire le danger. Par ailleurs, le traitement du son est éblouissant et notamment l’utilisation des basses qui sont omniprésentes dans le film pour souligner l’effet de profondeur dans laquelle nos héroïnes se retrouvent. Neil Marshall utilise ces profondeurs comme une matière mouvante, vivante, dans laquelle les jeunes femmes se perdent et cherchent à s’extirper. Le décor est une menace constante et peut les engloutir à tout moment. Perdues dans le ventre de mère nature, elles cherchent absolument à rejoindre la lumière du grand jour. Mais ce ventre est destructeur.

Les héroïnes de The Descent sont perçues comme des étrangères dans un corps malade. Elles seront ainsi massacrées par une espèce mi-homme, mi animale. Après tout, elles viennent aussi perturber un biotope qui a déjà son propre système. La nature reprend toujours le dessus, c’est donc pour ça que l’histoire du film est aussi pessimiste. Tout vient pourrir dans The Descent. Dès qu’un moment heureux se déroule, il est détruit. Le couple de l’une des femmes est mis en danger par un adultère avec une autre, une famille heureuse est victime d’un accident mortel sur la route,… La fatalité s’abat sur notre groupe de jeunes femmes, et le ton est donné pour le film. Le spectateur perd ses repères, et n’a aucune idées si le film pourra éventuellement bien se terminer. Même dans ses partis pris dramaturgiques, Neil Marshall bouscule les codes et les attentes d’un tel film. Ici on a affaire à un groupe exclusivement féminin, la mixité n’est plus de mise et de ce fait met de côté toute ambiguïté sexuelle ou de rapport de force homme/femme. Débarrassé de ces éléments, le film peut se concentrer sur ses enjeux et sur la peur qu’il veut distiller. The Descent fonctionne sur des peurs primales et ancestrales, telles la perte de repères, le noir ou encore la claustrophobie.

The Descent (2005), Neil Marshall

Dans un premier temps donc, The Descent joue avec cette peur du noir. Le cadre est plongé dans l’obscurité, cherchant comme ses héroïnes la moindre lueur. Le noir est ici utilisé comme un hors-champ, et impose au spectateur d’imaginer ce qui pourrait se cacher de pire dans les coins sombres. Il en va de même pour le traitement du son et de la musique. Orchestrée par David Julyan, le score ne prédit par l’action mais l’accompagne tout au long du film. Neil Marshall fait le choix de faire peur à son spectateur par l’ambiance et non la surprise émise par la musique. Le son seul est lui-même anxiogène. Les galeries souterraines sont un décor idéal pour émettre toute sorte de bruits sourds. L’alliance avec la musique reflète parfaitement la sensation de cloisonnement. Et c’est donc dans un second temps que le film joue avec cette notion de terrain clôt et étranger. Dès lors que les créatures hybrides font leur apparition, la peur du caché s’efface. La deuxième partie se veut donc naturellement beaucoup plus gore et vorace. Néanmoins, Neil Marshall continue de développer son récit avec le même tact et le sérieux entreprit lors de la première partie. Le film ne cherche pas à donner d’explications sur les créatures, tout passe à travers l’image. D’un caractère de prédateur, elles cherchent aussi à protéger leur territoire. De ce fait, la frontière entre les gentils et les méchants se trouble. En se détachant de toute forme de manichéisme, le film peut alors s’immiscer totalement dans le terrain de la survie faisant réapparaître l’instinct animal chez l’homme.

The Descent se permet tous les excès au niveau de la violence sans jamais qu’elle ne soit gratuite. Neil Marshall ne faiblit jamais dans le ton, et ne permet aucun souffle d’air frais à son spectateur même s’il s’amuse à lui donner de faux espoirs. Le pessimisme ambiant ajoute au réalisme jusqu’à une ultime séquence qui nous fait comprendre à quel point le deuil peut être difficile à surmonter. Sans une once de pathos, The Descent fait de ce gouffre souterrain la métaphore de la perte et de la douleur de ceux qui restent. Le film se hisse parmi les plus grands films d’horreurs des années 2000 en dressant le portrait d’un drame personnel innommable : la mort de son enfant.

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