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les attaques de la nuit

Par Jmlire

" Il y a des aubes où l'on vérifie que l'on ne garde pas au cou la trace du vampire, les deux petits

les attaques de la nuit

points rouges, et la pupille contractée encore de haine, les muscles endoloris par le combat. J'ai aspergé mon visage d'eau froide, rincé mon cou et mes épaules ; je laissais l'eau couler sur mes poignets, sa fraîcheur remontait dans mes veines, l'endroit où l'on cisaille est aussi celui qui diffuse le mieux ( avec les tempes que l'on troue ) le froid ou la chaleur désirés. Il me semblait voir s'écouler dans le lavabo les attaques de la nuit, voir fondre et se défaire les traits de mon visage, mais je pouvais, d'une main ruisselante, redonner forme à peu près à ma dissipation. Le jour pointait une langue blanche à la lèvre des toits, il faudrait désormais, comme les prisonniers, que je tienne sur les murs le compte exact de mon attente. Déjà je me tendais vers la cage d'escalier, n'était-ce pas le pas de mon mari qui montait, la serrure allait cliqueter, la moquette allait chuinter ( allais-je, moi, passer encore la journée à dresser l'oreille à chaque frissonnement du bois, de l'acier et du feutre ?). L'aube était une insulte au manque de sommeil, mes yeux cillaient dans la blancheur pénible. À chaque angle de rue battait la cape d'un vampire, les ombres épouvantées se glissaient sous les porches, se coulaient de plus en plus minces et noires dans les murs, et il me semblait entendre, par toute la ville, des froissements, des envolées de linge, des glissements aux marches des églises, des portes rabattues sur des caves. Le téléphone a sonné. J'ai scruté le ciel plus fort, des clous s'enfonçaient dans mes pupilles et m'agrafaient aux quatre coins. Une voix féminine en larmes demandait à parler à mon mari, ça hoquetait en grosses bulles de détresse. J'ai pensé : salaud..."

Marie Darrieussecq : extrait de "Naissance des fantômes", https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Darrieussecq P.O.L, 1998

Mon Avis :

Une femme que l'on devine encore jeune attend son mari. Il est rentré du travail, est ressorti chercher le pain, et ne revient pas. Sur un sujet plutôt classique, voilà un livre avec de beaux passages, mais ce qui m'a vite gêné c'est cette avalanche de descriptions "scientifiques" du mal-être de cette jeune femme confrontée à l'absence, l'abandon, la culpabilité, l'incompréhension de ce qu'il lui arrive. On imagine assez mal tout un chacun, ayant une vision aussi précise des conséquences physiologiques personnelles d'un tel drame, se poser et les décrire avec autant de précisions : " le vertige qui emportait mon cerveau dans un siphon géant, qui le drainait de ses molécules pensantes et diffusait en moi ce vide, avec la force de Coriolis de la folie... dansant dans le noir comme un ultime phosphène débondé...( p89), " une brume de sueur, de kératine, de squames plus finement polis que des dessous de champignons...(p140) le gaz carboniques qui épaississait l'air, chacune de ses molécules occupant systématiquement, à chaque expiration, la place de deux atomes d'oxygène..." (p141) N'en jetez plus, Marie, la cour est pleine. Bref, j'ai eu l'impression, sans doute à tort, que l'auteure "ramenait sa science " à tout bout de champ, presque du début, jusqu'à la fin. Peut-être est-ce dû au fait que ce n'etait que son second livre. Marie Darrieussecq a sans doute depuis affiné son style et gommé ce genre d'imperfections. Comme ce livre fut pour moi la découverte de cette auteure, j'en ressors un peu dubitatif. Aurais-je l'envie d'en ouvrir un autre ? Pour le moment, je vais me changer les idées et me replonger peut-être dans un David Lodge. Bien besoin d'une Thérapie, après un tel Jeu(x) de maux. Les fans de l'auteur britannique comprendront. Pour les autres, je vous recommande chaudement ces deux romans où sur des thèmes tout aussi graves, la légèreté et l'humour dominent.


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