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Alice Zeniter – L’art de perdre

Par Yvantilleuil

Alice Zeniter – L’art de perdre« La guerre d’Algérie » comme sujet d’un roman ne m’attire pas plus qu’une assiette de brocolis comme repas de Noël. Déjà, les récits historiques ne me bottent pas trop, mais je suis en plus totalement ignare de l’histoire de ce pays qui est plus étroitement lié à celle de la France qu’à celle de la Belgique. Mais bon, les critiques sont dithyrambiques, parlent d’un récit à hauteur d’homme et le bouquin remporte plusieurs prix, dont le Prix du Journal Le Monde, le Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point et le fameux Goncourt des Lycéens qui couronnait encore « Petit Pays » l’année dernière… alors inévitablement je craque, je me mets à tourner les pages, je le dévore et j’adore ! Il n’y que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

Tout comme l’auteure, l’héroïne (et la narratrice) de cette fiction est une petite-fille de harki. Comme héritage, son père et son grand-père lui ont transmis le silence d’un passé que l’on tait depuis deux générations, ainsi que des origines issues d’un pays lointain qu’elle ne connaît pas… car tout le reste s’est perdu en cours de route et Wikipédia est loin d’offrir toutes les réponses. À travers une histoire familiale qui s’étale sur trois générations hantées par le spectre de la guerre d’Algérie, « L’art de perdre » invite donc à ressusciter ce passé occulté, à mettre des mots sur les non-dits…

Ce magnifique voyage humain sur fond historique démarre dans un pays où le FLN revendique l’indépendance de l’Algérie de façon de plus en plus violente, obligeant Ali et sa famille à fuir leur montagne de Kabylie pour atterrir en France, d’abord dans un camp de transit entouré de barbelés, puis dans un HLM beaucoup trop petit pour une fratrie de dix, dans l’espoir d’un avenir plus glorieux pour la génération suivante…

« L’art de perdre » est donc une saga familiale qui invite à suivre les représentants de trois générations d’une famille kabyle ballottée par l’Histoire et poursuivie par le choix d’un grand-père qui décide de fuir cette Algérie qui entache son indépendance de règlements de compte. « L’art de perdre » c’est également une quête identitaire de l’Algérie coloniale d’antan à la France d’aujourd’hui, l’histoire de déracinés, coincés le cul entre deux chaises qui manquent chacune de confort, et d’une petite-fille de harki qui tente tout d’abord de briser le silence, avant de remonter aux sources en se rendant en Algérie sur les anciennes terres familiales. « L’art de perdre » est une histoire universelle d’intégration au sein d’une société qui ne peut s’empêcher de renvoyer chacun à ses origines. « L’art de perdre » c’est un gros câlin à Yema, cette grand-mère qui parle à peine notre langue, mais que l’on prend plaisir à serrer régulièrement dans nos bras… sans pour autant lâcher ce bel ouvrage qui se dévore de la première à la dernière page.

Bravo et merci à l’auteure pour ce coup de cœur de la rentrée littéraire !

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