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Un scandale à Monserrat : le vandalisme d'un promoteur [Actu]

Publié le 29 décembre 2017 par Jyj9icx6

Un scandale à Monserrat : le vandalisme d'un promoteur [Actu]

Les restes d'une citerne, photographiée la semaine dernière, sur le chantier
Photo publiée par Clarín

Dans la rue Moreno, en plein centre historique de Buenos Aires, dans le quartier de Monserrat, on avait découvert la semaine dernière les vestiges de ce que qui a dû être la maison familiale des Ezcurra, une famille patricienne très importante dans toute la première moitié du XIXème siècle. Le dictateur Juan Manuel de Rosas (1793-1877), qui fut gouverneur fédéral de la Province de Buenos Aires de 1835 à 1852, avait épousé une fille Ezcurra, doña Encarnación qui jouit dans la ville d'une popularité considérable en son temps. Et la sœur de celle-ci fut la maîtresse de Manuel Belgrano (1770-1820), l'un des deux pères de la Patrie (avec San Martín). Ensemble ils eurent un fils, qui fut adopté par Encarnación Ezcurra et Juan Manuel de Rosas, pour protéger l'identité de la mère, qui était mariée mais avait été abandonnée par son époux, espagnol, au début de la Révolution de Mai (elle était donc censée lui rester fidèle, elle ne pouvait pas avoir un enfant). Le poète tanguero Horacio Ferrer Ezcurra (1933-2014) était très fier de descendre de cette prestigieuse famille, passablement excentrique.

Un scandale à Monserrat : le vandalisme d'un promoteur [Actu]

Clarín a mis l'information à la une
Gros titre en bas à gauche


Comme beaucoup de découvertes archéologiques, celle-ci est due au hasard. Celui de travaux publics à la hauteur du numéro 550 de la rue Moreno. Ce sont des voisins qui ont averti le service du patrimoine de la Ville de Buenos Aires pour qu'ils viennent faire une évaluation scientifique du site. Dès qu'ils ont été avertis, les archéologues sont passés et ils ont posé leur diagnostic : le site était très important car nous n'avons pratiquement aucune trace de Rosas. Après sa défaite le 3 février 1852, ses successeurs ont soigneusement détruit tout son patrimoine architectural, dans l'espoir de le rayer de la mémoire des hommes (c'est totalement raté, par ailleurs). La maison dont les vestiges ont été identifiés correspondrait aussi au siège du gouvernorat provincial, qui est très peu documenté par ailleurs.

Un scandale à Monserrat : le vandalisme d'un promoteur [Actu]

Des archéologues découvrant un mur en brique sur le chantier
Photo publiée par Clarín


En Argentine, il n'y a pas de loi qui oblige les promoteurs à faire des fouilles préventives. Ces pratiques sont laissées au bon sens des citoyens que sont les chefs d'entreprise. Le maître d'ouvrage a profité des faits pour faire démolir les vestiges après la première visite des archéologues de la Ville. C'est ce que ceux-ci ont découvert en revenant sur le site juste après Noël. Il n'y a plus rien !
Le direction du Patrimoine de la Ville de Buenos Aires envisage de poursuivre en justice ce promoteur vandale. Seul Clarín relève le fait. On se serait attendu à ce que Página/12 dénonce en termes plus que vifs le saccage dû à l'indécente et cynique cupidité de cette société.
De cette époque pré-révolutionnaire et révolutionnaire, il ne nous reste qu'une seule maison particulière dans tout Buenos Aires, celle de l'avant-dernier vice-roi, Santiago (Jacques) de Liniers (Niort, 1753 – Córdoba, 1810), une belle maison qui avait été celle de son beau-père, le très puissant négociant portègne Manuel Sarratea, père du premier ministre plénipotentiaire qui représenta les Provinces-Unies du Sud à Londres, à partir de 1824 (avec, pour secrétaire diplomatique, Mariano Balcarce, le futur gendre de San Martín).
Pouvoir examiner ce qu'il restait de la maison d'une autre famille de ce patriciat colonial devenu indépendantiste nous aurait apporté beaucoup d'informations. Il faut espérer que l'Université de Buenos Aires, au nom de la faculté d'archéologie, le CONICET, l'organisme national de recherche scientifique et technologique, ainsi que les ministères de la Recherche et de la Culture, au niveau national, vont eux aussi se porter partie civile.
Pour aller plus loin : lire l'article de Clarín

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