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Krooner on the rocks

Par A Bride Abattue @abrideabattue
Krooner on the rocksCela fait trois ans que Krooner on the rocks fait salle comble au Petit Gymnase. Et le succès est mérité. Le public est dans l'ambiance dès son installation dans la salle. On peut reconnaitre la voix chaude de Lucy Harrison Besame mucho accompagnée au piano par Raphaël Bancou, caché derrière un pan de mur.
On comprend que le spectacle qu'elle a conçu et mis en scène sera très musical. C'est à une sorte de guerre que vont se livrer une femme, Lucy et un homme (Fabrice Banderra) sur tous les plans. Car tout les oppose, le look, leurs choix musicaux et leurs idoles. Elle, tendance bikeuse, est fan d'ACDC, lui, admiratif d'Ava Gardner, ne jure que par Sinatra.
Ils sont voisins de palier et ne se supportent pas, estimant que la musique que chacun écoute n'est que du bruit à leurs oreilles. Tous deux célibataires se sont inscrits sur un site de rencontres et nous les découvrons en train de se préparer pour une soirée mémorable, ignorant qu'ils ont rendez-vous ensemble. Le choc sera terrible mais qui sait, peut-être arriveront-ils à s'entendre, ... et plus si affinités.
Tout est plaisant dans ce spectacle. Les dialogues (aux petits oignons) comme les reprises de grands standard, du rock par Lucy et du jazz par Fabrice. Le pianiste passe d'un registre à l'autre avec une facilité déconcertante. Il a beau être en retrait il joue lui aussi à la moindre occasion, opinant de la tête ou levant un sourcil désapprobateur autant que nécessaire. Et quand il se lance dans un numéro de beat boxing on applaudit, ... forcément. Il aura bien raison de venir saluer plus tard avec des ailes dans le dos.
La scénographie est habilement conçue en nous permettant de partager l'intimité de chacun des personnages. On la découvre en turban. Il est en chaussettes.Krooner on the rocksWell I heard there was a secret chord ... Dès que Lucy entonne les premières paroles de Hallelujah (une chanson créée par Leonard Cohen et tant de fois reprise) on sait qu'on va passer un moment mémorable. Sa voix est superbe. Francis est en alerte et rebondira sur le mot heaven en chantant à sa chaussure. Tous deux sont également à l'aise en anglais.
Elle parle avec son cher papa. Il converse avec sa chère maman. Il lui confie que no way la voisine, pas son style. Aucun doute pour nous que le site des Célibataires Anonymes sera un site de rencontres qui va les ranimer. Il s'imagine qu'il a rendez-vous avec Audrey Hepburn. Elle sait qu'on peut pas toutes rivaliser avec Kate Moss. Lucy raille en prétendant résister là la tentation de la salle de gym et en faisant l'apologie de la rondeur. On attend le choc même si la musique de Satie semble les mettre d'accord.Krooner on the rocksEn attendant on savoure Stay with me d'autant qu'il danse très bien. Elle aussi d'ailleurs le démontrera à plusieurs reprises.
Krooner on the rocksJe ne sais pas quel moment j'ai préféré. Le spectacle est presque un récital. Lucy dégage souvent la puissance de Tina Turner. Fabrice a la douceur de Paul Anka et interprète merveilleusement les standards de Broadway. Et la chanson de Kurt Weill, en allemand bien sûr est également réussie, comme le seront Cocaine ou Ma gueule (petit hommage à Johnny en passant).Krooner on the rocksIls sont touchants aussi quand après une approche orageuse, ils s'aperçoivent qu'ils ont des points commun. C'est Lou Reed qui les rapproche avec les paroles de Walk On The Wild Side qu'ils interprètent conjointement.Krooner on the rocks
C'est la superbe chanson de Nina Simone (1965) qui va les mettre d'accord :It's a new dawnIt's a new dayIt's a new life for meOoh and I'm feelin' goodC'est une nouvelle aubeC'est un nouveau jourC'est une nouvelle vie pour moiOoh et je me sens bien.Krooner on the rocksIls termineront comme Ike & Tina Turner avec Proud Mary et on leur souhaitera tout le bonheur du monde en reprenant avec eux We're rolling, rolling / Rolling on the river.
Je recommande ce spectacle où rock'n'roll, humour et jazz font si bon ménage. On chante et on rit beaucoup ! C'est vivifiant. Et le message sous-jacent démontrant que des univers diamétralement opposés peuvent cohabiter est plutôt réjouissant.Krooner on the rocksKrooner on the Rocks
Jusqu'au 27 décembre 2017
Les mercredis à 20h00
Théatre du Gymnase
38 Boulevard de Bonne Nouvelle
75010 Paris

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