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Paul Celan – Brûlure

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Paul Celan – BrûlureNous ne dormions plus car nous gisions dans les rouages de l’horloge mélancolie
et courbions les aiguilles comme des verges,
et elles se sont détendues d’un coup et ont fouetté le temps jusqu’au sang
et tu racontais une pénombre qui grandissait,
et douze fois j’ai dit tu à la nuit de tes mots,
et la nuit s’est ouverte, et elle est restée déclose,
et j’ai mis un œil en sa chair et t’ai tressé l’autre dans les cheveux
et j’ai noué entre les feux la mèche, la veine ouverte –
et un jeune éclair a nagé jusque-là.

*

Brandmal

Wir schliefen nicht mehr, denn wir lagen im Uhrwerk der Schwermut
und bogen die Zeiger wie Ruten,
und sie schnellten zurück und peitschten die Zeit bis aufs Blut,
und du redetest wachsenden Dämmer,
und zwölfmal sagte ich du zur Nacht deiner Worte,
und sie tat sich auf und blieb offen,
und ich legt ihr ein Aug in den Schoß und flocht dir das andre ins Haar
und schlang zwischen beide die Zündschnur, die offene Ader –
und ein junger Blitz schwamm heran.

*

Stigma

We slept no more for we lay in the clockwork of sorrow
and bent the hands like rods,
and they bolted back and scourged time till blood was drawn,
and you spoke a gathering twilight,
and twelve times I said thou to the night of your words,
and it opened and stayed apart,
and I put one eye in its lap and plaited one in your hair
and I twisted the fuse between them, the open vein-
and a young flash of lightning came floating.

***

Paul Celan (1920–1970)Sprachgitter (1959) – Choix de poèmes

(Poésie/Gallimard, 1998) – Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre – Speech-Grille and Selected Poems (Dutton, 1971) – Translated by Joachim Neugroschel.


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