Magazine Cinéma

[Critique] 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

Partager la publication "[Critique] 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE"

Titre original : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

Note:

★
★
★
★
★

Origine : États-Unis/Grande-Bretagne
Réalisateur : Martin McDonagh
Distribution : Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Peter Dinklage, John Hawkes, Lucas Hedge, Caleb Landry Jones, Samara Weaving, Abbie Cornish…
Genre : Drame/Comédie
Date de sortie : 17 janvier 2018

Le Pitch :
7 mois après le meurtre de sa fille, Mildred Hayes, atterrée devant l’inaction manifeste de la police, décide d’afficher un message des plus virulents sur les trois panneaux à l’entrée de sa ville pour épingler le très respecté chef des forces de l’ordre. Un geste qui ne sera pas sans conséquences…

La Critique de 3 Billboards, Les Panneaux de la Vengeance :

C’est avec l’excellent Bons Baisers de Bruges que le réalisateur/dramaturge Martin McDonagh s’est fait connaître du grand public, après avoir brillé au théâtre. Quelques années plus tard, il débarquait avec 7 Psychopathes, un thriller comique assez sous-estimé, qui a quoi qu’il en soit prouvé un talent certain pour mettre en scène des histoires complexes ainsi qu’une maestria assez dingue quand il s’agit de mélanger les sensibilités et de faire par exemple cohabiter le drame et la comédie. Aujourd’hui, c’est avec 3 Billboards, Les Panneaux de la Vengeance que McDonagh revient aux affaires. Un film prodigieux qui finit de l’installer dans les hautes sphères et qui prouve, si besoin était, qu’il est actuellement l’un des meilleurs cinéastes en activité. L’un des plus passionnants également…

3-Billboards-Frances-McDormand-Rockwell

Seule contre tous

Inspiré d’un fait divers qui vit une femme épingler la police par le biais de panneaux d’affichage, 3 Billboards, quand bien même il a été écrit et réalisé par un britannique, explore des thématiques très diverses dont certaines s’inscrivent avec ferveur dans l’histoire des États-Unis et du même coup, de son cinéma. Le décors tout d’abord, soit cette petite bourgade du Missouri, qui semble un peu figée dans le temps, fait office de vase clos, où les rancœurs, la colère, la tristesse et tout un tas d’émotions se voient exacerbées. On pense rapidement aux frères Coen, et plus précisément à des films comme Fargo même si au fond, Martin McDonagh trace sa route, bille en tête, explorant la moindre parcelle d’un scénario qu’il a écrit, habité d’un flagrant désir de ne pas s’enfermer dans une seule case. La prose de McDonagh navigue alors à vue et prend de considérables risques quand il s’agit de faire souffler le chaud et le froid sur son récit. De faire cohabiter le drame le plus insondable et la comédie. Frances McDormand, qui interprète un personnage que l’on pourrait décrire comme le parfait produit d’Erin Brokovich et de John Wayne (l’inspiration principale de l’actrice), incarne justement cela, se faisant le centre névralgique d’une dynamique qui n’hésite jamais à tout miser sur les ruptures de ton. On sent alors véritablement que McDonagh a mis beaucoup de cœur pour écrire cette histoire qui voit une mère tenter de faire un deuil qu’elle sait pourtant impossible, en ruant dans les brancards d’une police passive et gangrenée par des démons qui finissent par encourager des réactions extrêmes de la part de certains de ses représentants. Avec le recul que lui confère son statut de metteur en scène étranger, McDonagh y va franchement et n’hésite pas à mettre une certaine Amérique en face de ses contradictions et des cadavres cachés dans un placard qui ici, ne reste pas fermé bien longtemps (par rapport à l’auto-défense et à la justice notamment). Le tout avec cette capacité ahurissante à surprendre à permanence. Au détours de choix de mise en scène, par le biais de dialogues incroyables, d’une vanne hyper audacieuse ou simplement en réussissant à terriblement émouvoir puis, l’instant d’après, à faire rire, en nous laissant, nous spectateur, dans un état que seuls les chefs-d’œuvre peuvent se targuer de déclencher. Sous ses allures de champion à Oscars, ce qu’il n’est pas, 3 Billboards est donc un terrifiant roller-coaster d’émotions pures. Un long-métrage incroyablement intense qui permet à Frances McDormand d’embrasser un rôle que l’on pourrait situer à l’exact croisement de celui qu’elle tenait dans Fargo et de celui d’Olive Kitteridge, cette magnifique mini-série HBO où elle campait une mère de famille acariâtre mais attachante sur bien des points.
Frances McDormand qui à elle seule, incarne une résilience impressionnante, face à l’indicible. Une forme de résistance mue par l’énergie du désespoir. Le tout à grand renfort de punchlines jubilatoires, souvent comiques, mais toujours marquées par cette tristesse et cette mélancolie qui habitent tout compte fait le moindre plan du film. On pourrait écrire toute la journée sur la performance de Frances McDormand que ce ne serait pas suffisant pour arriver à saisir avec des mots ce qu’elle parvient à accomplir. C’est très fort.

Dirty Old Town

Et si Frances McDormand est d’une justesse prodigieuse, c’est aussi le cas de Sam Rockwell ou encore de Woody Harrelson. Sans parler de Peter Dinklage et de tous les autres comédiens. Le truc, c’est qu’en plus d’être un écrivain méchamment talentueux et un réalisateur tout aussi remarquable, Martin McDonagh est un excellent directeur d’acteurs. L’un de ceux qui n’exercent pas de pression et qui laissent respirer leurs scènes, accordant tout autant d’importance aux répliques qui marquent qu’aux silences qui suivent et qui veulent dire beaucoup.
Sam Rockwell donc, trouve tout simplement son meilleur rôle. Souvent très bon, parfois sous-exploité, il est ici parfaitement à sa place. En flic raciste et violent, il défie les pronostics et incarne d’une certaine façon le propos que McDonagh désire faire passer au sujet de la rédemption et de l’accomplissement. Le film lui doit beaucoup pour la simple et bonne raison qu’il incarne des contradictions indispensables à la densité de l’ensemble et à l’impact de son discours aux multiples facettes. Idem pour Woody Harrelson dont le personnage ne doit pas être rangé trop tôt dans une catégorie. Pour lui, c’est d’ailleurs pareil. Complexe, ambigu, terriblement émouvant… À l’instar de Mildred, la mère de famille incarnée par Frances McDormand, le chef de la police que joue Harrelson ne correspond pas à un cliché. Au cœur de ce western déguisé en comédie dramatique, où les mots remplacent bien souvent les colts, Harrelson fait office de shérif fatigué. De figure d’autorité dépassée mais toujours portée sur l’ironie. Sa voix, ses mots conférant à certaines séquences une émotion dingue face à laquelle il est difficile de ne pas verser une larme (Y-a-t-il quelqu’un pour enfin lui filer un Oscar ?)…

Tragédie humaine

Tout compte fait, si 3 Billboard est aussi bon, si il parvient à sonner avec cette évidence propre aux œuvres amenées à rester, si il propose un large éventail de sentiments sans cesser de se montrer passionnant et imprévisible, c’est tout bonnement car Martin McDonagh a parfaitement su capter une universalité probante. Quelque chose de simple mais de tellement complexe à retranscrire sur le papier, ou à plus forte raison sur un écran de cinéma : l’humanité. 3 Billboards, Les Panneaux de la Vengeance est un film profondément humain. Une œuvre qui n’est jamais manichéenne, davantage intéressée par les nuances de gris qui nous caractérisent tous. Motivée par les failles de personnages qui sont aussi imprévisibles que natures. Parfois tragiquement réaliste mais jamais totalement fermée à cet espoir qui à défaut de tout régler, permet de continuer à avancer dans ce grand cirque dont nous sommes tous les acteurs. À la fois brutal, sauvage même, déstabilisant et déchirant, mais aussi léger, satirique et loufoque, 3 Billboards et sa maestria édifiante mais paradoxalement discrète, touchent au vif. Plusieurs fois. À tel point qu’à la fin, quand les deux heures se sont écoulées et que le générique défile, c’est secoué, ému et heureux qu’on quitte la salle, conscient d’avoir assisté à un grand moment de cinéma.

En Bref…
Tétanisant, comique, émouvant, intelligent et pertinent, magnifiquement filmé, écrit et joué par des comédiens qui livrent des performances incroyables de justesse, 3 Billboards, Les Panneaux de la Vengeance appelle tout un attirail de superlatifs. Cela peut peut-être paraître exagéré mais ça ne l’est pas. Vous pouvez nous croire : 3 Billboards est un classique instantané du cinéma. Le genre de film qu’on ne voit que rarement. Une œuvre au sein de laquelle tout s’imbrique parfaitement. Où la moindre réplique fonctionne. Un film viscéral, puissant et utile, qui interroge, diverti et met K.O. Chef-d’œuvre.

@ Gilles Rolland

3-Billboards-Woody-Harrelson-Frances-McDormand
   Crédits photos : 20th Century Fox France


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Onrembobine 57561 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines