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#Culture : LA NUIT INTROUVABLE - Le premier roman de Gabrielle Tuloup

Publié le 31 janvier 2018 par Philippe Vimard @cotentinweb
#Culture : LA NUIT INTROUVABLE - Le premier roman de Gabrielle Tuloup

LA NUIT INTROUVABLE | Le premier roman de Gabrielle Tuloup !

Dans ce premier roman, d'une écriture sensible et poétique, Gabrielle Tuloup décrit l'émouvant chassé-croisé de deux êtres qui tentent de se retrouver avant que la nuit recouvre leur mémoire et leurs sentiments.

#Culture : LA NUIT INTROUVABLE - Le premier roman de Gabrielle Tuloup

EN LIBRAIRIE LE 1er FÉVRIER 2018

GABRIELLE TULOUP SERA À LA LIBRAIRIE DELAMAIN À PARIS POUR UNE RENCONTRE SUIVIE D'UNE SÉANCE DE DÉDICACES ET D'UN APÉRITIF

MATHIAS MALZIEU LIRA DES EXTRAITS DU LIVRE

Librairie Delamain 155, rue Saint Honoré, 75001 PARIS

Lorsque Nathan Weiss, 40 ans, expatrié en Slovénie, reçoit un appel téléphonique d'une inconnue, Jeanne Silet, il apprend que sa mère Marthe souhaite le revoir. Cette mère qu'il a oubliée à force d'indifférence depuis le décès de son père. C'est ainsi que Nathan retrouve Marthe à Paris, atteinte d'Alzheimer, ne le reconnaissant plus vraiment. Mais, avant que la maladie n'ait progressé, elle avait confié huit lettres à Jeanne, avec pour instruction de les remettre à Nathan selon un calendrier précis. Nathan se sent manipulé par ce jeu qui toutefois va l'intriguer dès l'ouverture de la première lettre. Ces textes d'une mère à son fils, d'une poignante sincérité, vont éclairer Nathan sur la jeunesse de Marthe, sur le couple qu'elle formait avec son mari Jacques, sur la difficulté qu'elle avait à aimer ce fils envers qui elle était si froide. Tandis qu'il découvre ce passé familial, Nathan se débat avec ses amours impossibles, sa solitude, ses fuites. Et si la résolution de ses propres empêchements de vivre se trouvait dans les lettres que Marthe a semées pour tenter de réparer le passé ?

Tu pensais peut-être que l'on s'oublierait. Rien n'est moins sûr, même si c'est bien parti. Il y a une dizaine de jours je me suis rendue chez le médecin, accompagnée de Jeanne, qui a dû te contacter récemment. Elle n'a pas eu à insister. Depuis quelque temps la vie est parfois un peu floue. J'ai du mal à distinguer hier d'avant-hier, et les mots qui ont une consonance proche prennent un malin plaisir à jouer à cache-cache les uns derrière les autres. Évidemment il y a des ruses, noter l'heure des rendez-vous, ne pas oublier sa liste de courses, trouver un synonyme quand le mot juste file dans un recoin du cerveau. On peut toujours réussir - pour un temps, du moins - à garder haute cette tête qu'on finira par perdre tout à fait. On peut s'arranger, comme je l'ai fait, pour remballer les angoisses loin derrière le décor et faire bonne figure. Mais j'en ai fini avec les précautions. Elles t'ont éloigné à des milliers de kilomètres, avant même que tu déménages pour la Slovénie. Jeanne a choisi un médecin charmant. Il a fait tous les examens nécessaires. Le diagnostic n'a surpris personne. Puisque Alzheimer a choisi d'élire domicile dans mes souvenirs, j'ai décidé d'être polie : j'ouvre la porte. [...] Je n'irais pas jusqu'à mettre un de ces paillassons " Welcome " devant ma porte, mais au fond, qu'il s'essuie bien les pieds en entrant, je m'en lave les mains. Tu vois, je signe le bail. Vieille déformation professionnelle, me diras-tu, cette manie des contrats. J'accélère simplement la procédure. Je cède mes parts, en priant pour que le nouveau propriétaire s'attaque d'abord aux recoins sombres. Qu'il me laisse la lumière. Le plus longtemps possible le visage de ton père et le tien. Le plus longtemps possible ton prénom que nous avons choisi ensemble. Quand je pense que ta grand-mère gardait tout, qu'elle vivait dans un musée du passé, je trouve l'histoire pleine d'humour ! J'avais aussi, plus jeune, ce souci de retenir la vie qui passe, du moins d'en garder la trace. On ne devient pas clerc de notaire par hasard. [...] Aujourd'hui, moi aussi je marque. J'ai peut-être un peu trop triché. Moi aussi, Nathan, j'ai mes sillons et mes parcelles disparues trop tôt. Je signe un bail avec l'oubli, mais qui gardera la mémoire de mes biens, de mes compromis, de mes dédits ? Il ne reste déjà qu'un bien maigre territoire de mon passé. Tout file. Ton père est mort et tu es parti loin. À moins que ce soit moi qui n'aie jamais pu être proche. Je ne veux surtout pas emporter mon secret. Mes vices cachés le sont au pli d'une ride mais les caresses de Jacques ne me lisent plus. Ton père avait de ces mains qui savent quand la peau braille d'avoir eu mal quelque part. Le corps qu'on n'aime plus se tait doucement. Je sais qu'il est temps d'oublier, de tout alléger, mais pas avant d'avoir rempli le registre. Aujourd'hui, mon fils, il me faut te décrire mes terres muettes, le bien qu'on m'a volé. Il me faut te confier ce que je n'ai pu dire à personne, pas même à ton père.

Gabrielle Tuloup, La Nuit introuvable, Éditions Philippe Rey. 160 pages, 16€, parution le 1er février 2018.

Gabrielle Tuloup est née en 1985. Elle a grandi entre Paris et Saint Malo. Championne de France de slam en 2010, elle est maintenant professeur agrégée de Lettres et enseigne en Seine-Saint-Denis.


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