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Exposition “L’être seuil” Sandra Lorenzi | Le Parvis Tarbes

Publié le 01 février 2018 par Philippe Cadu @ContempodeLArt

Du 08 février au 07 avril 2018 - Vernissage mercredi 7 février à 19:00

http://www.parvis.net

Le travail de Sandra Lorenzi est un des plus singuliers et peut-être un des plus mystérieux de la scène française actuelle. Il est à comprendre dans toute sa diversité, au coeur même de ses paradoxes. Sandra Lorenzi fonde en effet son oeuvre sur un étrange dialogue : celui du réel et de l'imaginaire, du visible et de l'invisible, de la science et de la mystique. Parvenant alors à réconcilier des cultures et des savoirs antagonistes, elle forme des oeuvres paradoxalement homogènes.

Ainsi, les domaines aussi hétéroclites que ceux de la BD, de la philosophie, de l'anthropologie, de l'histoire contemporaine, des arts premiers, des sciences, de la littérature, mais également " les questions de mémoires, de références historiques, de symboles, de limites, de frontières, d'espace privé et collectif, d'intérieur et d'extérieur, de construction et déconstruction, avec des résonances politiques "1 dialoguent dans un permanent va et vient faisant voyager notre pensée d'un bout à l'autre du spectre du réel et du temps.
Son travail, où fond et forme oeuvrent en harmonie, se déploie en de nombreux mondes complexes et
fictionnels. Composées de sculptures et d'objets étranges tels des roches de lave, des pierres façonnées par des coulées de bronze, des outils hérités de traditions anciennes, et peut-être magiques, ses installations se présentent comme des constructions protéiformes inspirées par les contextes socio-politiques et architecturaux des lieux qu'elles investissent.
Le projet que Sandra Lorenzi présente au Parvis est de cette nature, propre à transformer le centre d'art et à faire vivre au spectateur une véritable expérience initiatique.

L'être seuil, prospective des murs#2 est le second volet d'un projet entamé un an plus tôt à la Maison du Peuple à Vénissieux en région Rhône-Alpes. À la croisée de plusieurs disciplines, il se situe dans le champ des arts plastiques mais se nourrit également d'autres domaines liés aux sciences humaines. Ici, aux pieds des Pyrénées, il hybride l'histoire de l'exil de la République espagnole à la poétique du sacré,
les souffrances humaines aux récits mythologiques. Dans le centre d'art, une construction labyrinthique ouvre des trajectoires qui perturbent la déambulation du spectateur. Tout en courbes, ce parcours architecturé hérisse des murs et ménage des alcôves où évoluent cinq " personnages " fictifs, des " actants " comme aime à les appeler l'artiste, les héros d'un conte qu'elle a spécialement écrit pour l'occasion. " L'être seuil ", d'abord, est le passeur entre les mondes visibles et invisibles, réels et rêvés. Il cherche un repos qu'il ne sait trouver. " Le cactus ", " le lézard ",
" la vieillarde " et " la colline ", ses acolytes, sont les guides qui, entre le rire et les larmes, le mènent à la paix intérieure. " Le personnage central, l'être seuil, las de sa tâche de passeur, poursuit une quête initiatique à la recherche d'un hors-champ salvateur - nous dit Sandra Lorenzi - un temps de pause entre les âges, sous la chaleur environnante et sèche de la colline. Il y rencontre un cactus, un vieillard puis un lézard, tous trois accrochés à la roche, enfants de la colline, porteurs en chacun d'un fragment de lumière. "2

Au sol, un dessin réplique l'arrondi des murs. Il pourrait s'apparenter au " Mundus " étrusque, fosse circulaire destinée aux offrandes des divinités et autour de laquelle se construit la ville. Il agit visuellement pour rythmer le parcours du visiteur et contrecarrer la rigueur de l'espace aux allures de white cube. Porté par une scénographie lumineuse précise, il semble fonctionner comme le double virtuel du labyrinthe, une ombre portée légèrement décalée du réel. L'exposition, par ailleurs scandée par un parcours sonore (certaines oeuvres s'écoutent au
casque), présente des environnements constitués d'objets familiers. Tapis, chaises, plantes viennent ainsi confronter le regard du spectateur à un espace domestique qui n'a pourtant rien d'un intérieur conventionnel.
Plus loin, des sculptures anthropomorphes surmontées d'écrans lcd sont porteuses de récits de guerre et d'exode tandis que des dessins accrochés aux murs crépitent de mille feux volcaniques, laissant au spectateur sa propre part d'interprétation.
Ainsi, entre matérialité et rêverie intérieure, réalité et symboles, Sandra Lorenzi crée pour l'exposition un espace métaphorique porteur d'un double sens. Il est à la fois un centre et une périphérie, un dedans et un dehors, un lieu collectif et intime, certes. Mais il
déploie surtout un récit où la grande Histoire et la spiritualité s'entremêlent, où le réel ne s'oppose pas à l'imaginaire, et va même jusqu'à fondre de manière radicale ces deux notions a priori ambivalentes.
Ainsi, L'être seuil, Prospective des murs #2, n'est-elle pas seulement traversée par une volonté de restituer
le réel ou par un simple désir de fictions, mais bien parla combinaison des deux, avec l'ambition de créer une réalité constituée de la somme de toutes les fictionset de tous les rêves.
Une manière pour l'artiste de pousser un peu plus loin les limites de notre perception du monde et de l'art.

Magali Gentet, responsable du centre d'art contemporain et commissaire de l'exposition

Le Parvis centre d'art, Parvis CAC - centre Méridien route de Pau, 65420 Ibos Tél : 05.62.90.60.82 : http://www.parvis.net
Ouverts du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14 à 18H.


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