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Dominique Quelen, à la rencontre poétique chez Tiasci - Paalam, en février 2018

Publié le 20 février 2018 par Onarretetout

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« Pas d’oiseau dans la neige ». Les mots disent-ils l’image ? S’agit-il des pas d’un oiseau dans la neige ? Le sens du dessin qu’y laissent les trois doigts est alors le contraire du sens de leur marche. Ou s’agit-il de constater qu’il n’y a pas d’oiseau dans la neige ?

La réalité du poète est faite de mots. Car il cherche à exprimer l’indicible.

Dominique Quelen parle de Loque, recueil qu’il a écrit quand il « était une loque », dit-il. Précisant qu’une loque, dans le Nord, c’est aussi une serpillière. Et que ce mot se retrouve dans « éloquence ». Les contraintes qu’il s’est données pour écrire, tant de lignes quotidiennes, s’interrompant quand sa mesure était atteinte, même s’il était au milieu d’une phrase, d’un mot, reprenant son texte le lendemain, entraîné par le mot où il s’était arrêté la veille. Sans cette règle qu’il s’était choisie, les mots ne seraient sans doute pas venus. 

« Même pas peur » dit un autre texte, qu’il lit debout. Même pas peur, affirme-t-il, comme pour tenir la peur à distance, y compris la peur intime, familiale, grâce aux mots, écrits pour être proférés en public.

Pour une trilogie dont il vient de publier le troisième livre (Basses contraintes, Avers et Revers), il dit avoir mis en pratique les vers justifiés, un procédé inventé par Lucien Suel (suivre le lien dans la colonne de droite), puis présenté les textes ainsi écrits sous forme de prose. L’indicible peut donc trouver son expression à condition de forcer un peu le langage, la contrainte étant cette liberté qu’il s’est donnée. Et l’obligeant à jongler avec des mots parfois pas plus gros que des balles et avec une ponctuation réduite. Tranchant souvent dans les phrases. 

Pour composer les livrets d’opéra, il utilise également des procédés proches des compositeurs de musiques avec lesquels il travaille. Les mots, les notes, se travaillent de la même manière. Avec Aurélien Dumont, en particulier, dont il fait écouter ce soir Thét®is, mélange d’une cantate de Rameau (Thétis) et de la musique d’un jeu vidéo (Tétris) incluant une réécriture (dont la lettre « r » est absente) du texte original et anonyme de la cantate.

Dominique Quelen taille dans le langage comme dans la chair. Écrivant ces mots, je pense aujourd’hui à ces oeuvres de Lionel Sabatté, que j'avais vues à Vitry-sur-Seine, réalisées à partir de poussières ou de pièces de 1 centime. Et à cette phrase que Christa Wolf met dans la bouche de Heinrich von Kleist : « Si je voulais partager le monde en deux, il me faudrait porter la hache en moi-même, couper en deux mon moi intime, et tendre ces deux moitiés au public dégoûté pour qu’il ait des motifs de faire la grimace : Tout cela n’est pas propre. Oui, ce que j’ai à exhiber est sale. Ce n’est pas fait pour qu’on y morde et qu’on l’avale. »


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