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Exposition “Nouvelle Poésie du Réalisme” Andrés GARCIA IBAÑEZ | Àcentmètresducentredumonde – Perpignan

Publié le 24 février 2018 par Philippe Cadu @ContempodeLArt
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Andrés García Ibáñez, né en 1971 à Almeria (Espagne), commença à peindre très jeune. Sa première exposition eut lieu quand il avait seulement douze ans. Quelques années plus tard il s'intéressa aux grands maîtres espagnols comme Velázquez, Le Gréco, Goya, et s'inspira d'eux ainsi que de l'art de Rembrandt. À seize ans il commença à développer son propre style. Aujourd'hui sa peinture ne se distingue pas seulement par son extraordinaire technique. Dans toutes ses peintures et séries de tableaux, Ibáñez exécute des portraits et représente des scènes incroyables d'une façon tout à fait magistrale.

Dans les portraits de femmes nous découvrons la poésie de la réalité, c'est-à-dire du réel; non seulement ils nous fascinent par leur technique picturale mais aussi par leurs différente parties, la façon de placer la figure, la coloration qui leur est donnée et enfin l'intention de l'expression. Tout cela nous enthousiasme lorsque nous les contemplons. "Le Jardin des Bacchantes", l'une de ses oeuvres de jeunesse, de l'année 1995, de nouveau un travail de grand format, reflète l'amour du peintre pour la peinture espagnole du Siècle d'Or. Comme jadis le fit Velázquez dans son tableau "Les Ménines" (1656), le jeune Ibáñez se représente assis devant une énorme toile. Par contre ici ce n'est pas la famille royale qui apparaît au premier plan, mais un jeune Bacchus, ce qui nous indique un possible autoportrait, comme artiste enivré entouré de belles femmes dans son grand studio.
Mais il existe aussi cet Ibáñez critique, dont les tableaux sont imprégnés d'une bonne dose d'ironie et qui peuvent être perturbateurs. Les sujets critiques qu'il traite de manière intense depuis 2000, tournent même avec assez d'irrévérence autour des affaires privées de la société espagnole: la Maison Royale, l'Église, la Légion et l'héroïsme sont des thèmes récurrents dans son art. Sa critique porte avant tout sur l'hypocrisie de la société, qui est dévoilée par ses tableaux merveilleusement peints.

Sans aucun doute Ibáñez prend plaisir à montrer l'érotisme et la beauté. Les scènes du carnaval de Venise offrent un milieu favorable du fait qu'on peut y être masqué. Certaines oeuvres donnent, à première vue, l'impression d'une similitude ou parallélisme avec la grande oeuvre de Stanley Kubrick "Eyes wide shut". Un célèbre médecin new-yorkais, Bill Harford, est témoin, dans le palais de Somerton, d'une cérémonie satanique où tous les participants portent des masques vénitiens et au cours de laquelle une orgie sexuelle a lieu. Dans les fascinants tableaux d'Ibáñez, dans ces nuits vénitiennes, il y a aussi des évêques, qui reçoivent des pommes de la main d'une Ève attirante. On peut les voir dans le triptyque "Le Péché".

L'érotisme est développé surtout dans la série Minotauromachie. Dans la mythologie grecque classique Éros est le dieu de l'amour passion. Dans la Minotauromachie - comparez ici aussi l'art d'Ibáñez avec celui de son compatriote Picasso - il s'agit de représentations de toreros. Habituellement, la société espagnole assigne un rôle de héros aux toreros. Pour Ibáñez, par contre, ces héros n'existent pas. Avec la figure mythique du minotaure, un être au visage d'homme et tête de taureau, le peintre recrée le torero. Celui-ci, cependant, devient un héros tragique. Il s'observe dans le miroir et se reconnaît comme animal. Le beau héros adopte le côté animal du Minotaure. Cette transformation est-elle seulement symbolique? Après divers épisodes de libertinage avec des jeunes femmes en tant qu'être double, le torero apparaît mort dans une flaque de son propre sang. Le minotaure, son alter ego animal, se laisse fêter dans l'arène. Mais lui aussi échouera, car son désir sexuel le conduira à la mort. L'une des belles femmes l'accompagnera dans ses derniers moments.

Andrés García Ibáñez, est sans aucun doute un peintre de grandes scènes, dans lesquelles le dramatisme est accompagné d'un humour mordant. Mais malgré cette attitude extrêmement critique, c'est justement sa merveilleuse peinture, qui semble déployer tous les registres de sa virtuosité technique, qui nous réconcilie avec lui. Andrés García Ibáñez est un poète comme peintre et un infatigable réaliste comme penseur. C'est le fait de conjuguer ces deux facettes qui caractérise le grand peintre.

Tayfun Begin
Directeur Osthaus Museum Hagen


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