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Ghostland (2018), Pascal Laugier

Par Losttheater
Ghostland, réalisé par Pascal Laugier

Le cinéma d’horreur français serait-il en ébullition ? Le genre revient à la charge dans les salles obscures. Après Revenge de Coralie Fargeat, ou encore La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher, c’est Pascal Laugier qui fait son retour avec Ghostland. Quatrième film pour le réalisateur, qui continue son chemin impeccable après Saint-Ange, Martyrs et The Secret. Un quatrième long qui envoie du lourd, qui nous balance de l’horreur pure en plein visage, sans complaisance. En tant que spectateur, le film nous donne du fil à retordre. A tel point que la violence se ressent comme un uppercut et que l’on nous rend totalement actif au récit. Bref, du cinéma intelligent, ludique et radical qui tâche bien comme il faut.

Pauline vient s’installer dans la maison de sa défunte tante avec ses deux filles. Diablement opposées dans leurs personnalités, les deux jeunes filles prennent leurs marques différemment dans cette demeure remplie de vieilles poupées. Au beau milieu de leur première nuit, des assaillants pénètrent dans la maison. Pauline va tout faire pour sauver ses filles. Dès lors, ce drame va changer à jamais la face de la famille, et chacune va devoir se reconstruire à sa manière.

On peut l’affirmer depuis Martyrs, Pascal Laugier est un cinéaste du chaos et de la terreur absolue. Ghostland est construit comme un train fantôme où tous les codes sont bousculés, charcutés pour mieux nous surprendre. A chaque jump scare, et au-delà du frisson que cela procure, la narration prend un nouveau tournant qui assure à l’histoire un sous-texte inattendu. Qu’on se le dise, Ghostland est une lettre d’amour aux fans de films d’horreur. Lorsque Vera fait la lecture à sa mère d’une histoire horrifique qu’elle a récemment écrite, sa sœur vient s’exclamer qu’elle est totalement folle d’écrire ce genre de choses. Le ressenti d’incompréhension qu’éprouve Vera pourrait s’apparenter à ce que ressent un fan de films d’horreur lorsqu’on lui demande pourquoi il s’inflige ce genre d’images et d’histoires. Pascal Laugier livre un scénario référentiel clairement inspiré des grandes œuvres de Lovecraft et Stephen King. Le film emprunte à l’esthétique des films d’horreur américain de réalisateurs tels que Rob Zombie ou encore John Carpenter. Qui dit référence ne veut pas forcément dire manque d’originalité. Loin de là, Pascal Laugier soigne toute son esthétique ainsi que son écriture (très personnelle au demeurant) pour faire de Ghostland un film unique en son genre. La maison, peuplée de vieilleries, de poupées et de miroirs, n’est qu’un prétexte pour refléter l’état mental des protagonistes et mieux servir celui des antagonistes. Monstres de foire, la sorcière et l’ogre qui attaquent la famille de Pauline sortent tout droit de l’imaginaire collectif. Pascal Laugier a d’ailleurs l’intelligence de les dévoiler au fur et à mesure, basant sa mise en scène sur une esthétique du sordide et du laid.

La réjouissance devant un tel objet cinématographique vient du fait qu’il soit traité au premier degré. Pas de sourire en coin, Ghostland est bel et bien du cinéma subversif. Le film bouscule l’ordre établi, nous attrape les tripes et nous fait nous sentir sale en sortant de la projection. Pourtant sa grande intelligence est de ne pas en rester à cet état premier. Pascal Laugier nous propose de prendre le récit à bras le corps et de voir l’horreur en face à face sans nous confondre avec des bêtes à manger du foin. L’ambition est bien plus grande que n’importe quelle production horrifique du moment. Laugier aborde la violence que représente le passage de l’enfance et l’adolescence en état de rêves à un état adulte rempli de doutes et de cauchemars. Il use des canons du torture porn et du home invasion pour exhiber la rébellion des femmes, leur révolte et leur métamorphose. En parallèle, la violence, sèche et brutale, se révèle comme un cri pour atteindre la liberté émotionnelle, sensitive et créatrice.

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