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[Critique] L’AFFAIRE ROMAN J.

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] L’AFFAIRE ROMAN J.

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Titre original : Roman J. Israel, Esq.

Note: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Dan Gilroy
Distribution : Denzel Washington, Carmen Ejogo, Colin Farrell, Tony Plana, Amanda Warren, Hugo Armstrong, DeRon Horton, Amari Cheatom…
Genre : Drame
Date de sortie : 14 mars 2018

Le Pitch :
Roman J. Israel, un avocat idéaliste aux méthodes atypiques, intègre un grand cabinet à Los Angeles quand meurt son mentor, pour lequel il travaillait jusqu’alors. Perdu dans une structure qui selon lui, ne met pas l’humain au premier plan et ne se focalise que sur les profits, Roman tente de faire entendre sa voix luttant pour ne pas se faire ensevelir par le système…

La Critique de L’Affaire Roman J. :

Réalisateur du tétanisant Night Call, Dan Gilroy revient avec un second film un peu étrange, aussi différent que dans le fond assez cohérent vis à vis de cette volonté manifeste de dénoncer des injustices et autres travers d’une société qu’il prend à cœur de radiographier sans prendre de gants. En cela, L’Affaire Roman J. vaut avant tout pour son personnage principal, qui donne son nom au film. Un homme complexe, fascinant, incarné par un Denzel Washington une nouvelle fois monumental…

L'Affaire-Roman-J-Carmen-Ejogo

Don Denzel de la Mancha

Massif, le regard perdu dans des pensées qu’on devine torturées, en décalage permanent, déterminé mais aussi d’une certaine façon un peu gauche, Roman J. Israel, l’avocat au centre du film, se détache du paysage avec une prestance atypique. Il incarne une justice pugnace, avec ses méthodes étranges et sa morale brutale. Une figure que Denzel Washington s’approprie avec l’investissement qu’on lui connaît, livrant un numéro impressionnant de justesse. Puissant et vulnérable en même temps, dans un élan passionné, il porte un récit malheureusement un peu caractérisé par sa tendance à trop en faire, et suffit à excuser bien des travers d’un scénario ainsi trop gourmand. Irréprochable, Denzel Washington est le gros point positif de L’Affaire Roman J.. Autour de lui gravitent des personnages également parfaitement croqués par des comédiens comme la toujours solide Carmen Ejogo ou Colin Farrell et jamais les aléas d’une histoire un peu confuse n’entravent leur enthousiasme et leur capacité à quoi qu’il en soit faire passer des idées fortes, dont l’écho persiste longtemps après la projection…

Injustice for all

Sorte de Don Quichotte, Roman J. Israel est un défenseur de la justice. Une sorte de super-héros avec son uniforme et son super-pouvoir (il dit tout ce qu’il pense sans filtre) qui rêve d’un système judiciaire pas aussi enclin à broyer les plus faibles. Un homme mu par la volonté d’appliquer le code pénal de la même façon à tout le monde et dont le combat va certes consister à essayer de faire fléchir cette même justice à partir du grand cabinet d’avocats dans le lequel il travaille, mais surtout à résister à la tentation de jouer dans la cours des grands à en adoptant à son tour les méthodes. Un aspect véritablement passionnant qui permet au film, malgré ses défauts, de faire mouche et d’offrir un discours très intéressant. Le problème vient plutôt de cette propension à trop charger, comme souligné plus haut. On a alors un peu l’impression que parfois, L’Affaire Roman J. commence à suivre des pistes puis laisse tomber. Plusieurs postulats de potentiels films se retrouvent dans cette œuvre un peu fourre-tout, dont la tendance à prendre ici ou là tout ce qui pourrait être utile à la progression de son histoire, lui confère aussi un aspect un peu bordélique.
Foisonnant, le film accuse également, et ce de manière assez étrange, quelques petites baisses de régime. Là encore, rien qui ne puisse amoindrir la portée du discours, mais disons que cela est suffisant pour lui interdire l’accès au statut d’œuvre pleinement efficace. Surtout au vu de ses ambitions.

La face cachée de la Cité des Anges

Sur le coup beaucoup plus à son aise derrière la caméra qu’à l’écriture, Dan Gilroy dévoile avec son nouveau film une partie plutôt méconnue de Los Angeles, en prenant soin de ne pas ancrer son récit dans une ville clairement identifiable. Ce n’est en somme pas le Los Angeles des cartes postales qu’il exploite mais des quartiers beaucoup moins photogéniques, soulignant les thématiques mises en valeur par le scénario. Des endroits qu’il filme avec le talent qu’on lui connaît, confirmant (alors qu’il ne s’agit que de son deuxième long-métrage) une maestria peut-être exprimée de manière moins explosive qu’avec Night Call mais tout aussi pertinente. Bien aidé par une belle photographie, il se fait plus discret, n’a pas recours à des artifices et laisse les coudées libres à son acteur principal, s’arrangeant « simplement » pour mettre en valeur le parcours de ce dernier dans un environnement qui, et tant pis si cela sonne comme un cliché, finit par devenir un protagoniste à part entière. À l’arrivée, si cette fable n’a pas l’impact espéré, elle touche quand même au vif à plusieurs reprises. L’émotion a du mal à percer autant de fois qu’elle aurait pu le faire mais le message passe. Conte moderne et tragique sur ce rouleau compresseur qu’est le système judiciaire, L’Affaire Roman J., malgré ses imperfections, a non seulement le mérite d’exister mais aussi de se battre pour se faire entendre.

En Bref…
Un film un peu bancal, trop gourmand et pas assez fluide pour que ses idées puissent pleinement s’épanouir, mais résolument valeureux et donc méritant. Denzel Washington par contre est parfait.

@ Gilles Rolland

L'affaire-Roman-J-Denzel-Washington-Colin-Farrell   Crédits photos : Sony Pictures Releasing France


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