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Et vous faites pleurer les bébés ! - 45

Publié le 02 avril 2018 par Detoursdesmondes
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Last but not least, le plus prestigieux musée d’Angleterre, The British Museum, est celui qui bouclera notre périple, consciente d’avoir omis de nombreux lieux en Europe, des musées plus modestes, qu’il faudrait visiter. Mais ceci n’est qu’un premier « Grand Tour » qui aura volontairement passé sous silence deux chemins encore à explorer : les musées des autres régions du monde (et notamment la Nouvelle-Zélande et Hawaii) et les objets du Pacifique qui ne sont pas polynésiens (La Mélanésie, la Côte Nord-Ouest de l’Amérique, l’Australie, la Terre de feu).

HAW46

Les pièces les plus spectaculaires appartenant au British Museum sont sans aucun doute le costume de deuilleur de Tahiti (TAH78), les capes et les casques de Hawaii (HAW133, VAN234, HAW106, VAN236, HAW108), les effigies hawaïennes (HAW78, LMS221, VAN231), le bol incroyable avec ses deux têtes aux bouches béantes sur une dentition en tronçons de défenses de sanglier et qui fut offert au Capitaine Clerke par le chef de Kaua'i en janvier 1778 (HAW46, photo ci-dessus), des trésors maoris (Reiputa NZ159, Heru NZ163), le Heitiki HM Queen Elisabeth II qui fut donné par Cook au roi George III) ou encore la main en bois de l’île de Pâques (EP321).
Paques-British Emouvante, cette dernière intriguait déjà Georg Forster, étonné de ses grands doigts aux ongles longs dont elle était pourvue. Est-ce la représentation d’une main de danseuse, réalisée dans un bois parfumé de Tahiti ?
Celle-ci fut acquise par son père qui la donna dès son retour au British Museum. C’est ce qu’il écrivait dans son compte rendu (1) de mars 1774. Très tôt les pièces rapportées des voyages de Cook furent exposées mais c’est sous l’insistance des Lords de l’Amirauté qui souhaitaient voir leurs dons présentés dans une salle dédiée : The South Seas Room (2). Celle-ci fut ouverte dans l’année 1778. Néanmoins tout restait disposé aléatoirement car la connaissance des objets était ténue. Il faudra attendre les donations plus conséquentes du troisième voyage pour que Solander exige en 1780 que les artefacts soient présentés avec une indication de leur nature et de leur provenance géographique. Les collections s’enrichiront plus tard des objets collectés par d’autres explorateurs (par exemple Vancouver en 1808).
Mais au fil des temps, que ce soit des administrateurs du musée, des conservateurs, des directeurs, tous n’étaient pas forcément enclins à trouver de l’intérêt dans les spécimens ethnographiques et c’est ainsi qu’en juin 1803 une vente aux enchères de doublons d’artefacts des mers du sud fut organisée.

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Peut-être pis encore, les objets furent déplacés au fil des temps de départements en départements ne trouvant pas leur place appropriée. Paradoxalement d’autres départements du musée acquéraient des objets en relation avec les voyages de Cook sans faire le lien avec ce qui existait déjà ; on comprend pourquoi les dessins attribués à « l’artiste du chef deuilleur » (3) ne furent identifiés comme étant de la main de Tupaia qu'à une date récente (1998).

Vitrine-cambridge De nos jours, le nom de Cook attire l’attention du grand public et il est évident que les musées de manière générale s’en servent afin de promouvoir les arts traditionnels polynésiens avec cependant une ambiguïté puisque le nom de Cook reste associé à la colonisation de l’Australie.
Il n’existe plus ou rarement de pièce intitulée spécifiquement « salle des mers du Sud » dont la conception et la présentation étaient souvent réalisées dans une perspective ethnocentrée, affichant également une perception passéiste et figée des cultures polynésiennes.
Mais plus que les arts traditionnels, les musées ethnographiques du XXIème siècle sont pour la plupart en train de re-penser leur rôle autour de leurs collections afin que ceux-ci servent les cultures contemporaines et leurs arts. Nicolas Thomas, directeur du musée d’anthropologie et d’archéologie de Cambridge depuis 2006, donne son point de vue (4) sur le sujet en affirmant que les fins du musée seraient de présenter et l’Incertain (essentiellement dates et provenances), et plus encore la Multiplicité, l’Histoire et la Présence.
Une belle feuille de route en perspective !
Notes :
1. Cf. Forster G., A voyage around the world, N. Thomas & O. Berghof (eds) p. 314.
2. Cf. Newell J., 2015, « Revisiting Cook at the British Museum » p.13
3. Cf. article 13
4. Cf. Thomas N., 2016, « Exhibiting encounter » p. 259 in Thomas N. & Adams J. & Lythberg B. & Nuku M. & Salmond A. (Eds.).
Photo 1 : Dessin « Hawaiian Gods too much for British Baby » par Samuel Begg publié dans The Illustrated London News du 9 avril 1887. © The National Library of Australia.
Photo 2 : Bol d’Hawaii © The British Museum HAW 46.
Photo 3 : Main en bois de l’île de Pâques © The British Museum EP321, photo de l’auteure 2012.
Photo 4 : Reiputa NZ159, Heru NZ163 et Heitiki HM Queen Elisabeth II qui fut donné par Cook au roi George III © The British Museum, photo de l’auteure 2008.
Photo 5 : Vitrine Artefacts of Encounter, MAA Cambridge, photo de l’auteure 2013.

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