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[Critique] RED SPARROW

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] RED SPARROW

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Titre original : Red Sparrow

Note:

★
★
★
☆
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Francis Lawrence
Distribution : Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts, Charlotte Rampling, Joely Richardson, Jeremy Irons, Mary-Louise Parker, Ciarán Hinds…
Genre : Thriller/Adaptation
Date de sortie : 4 avril 2018

Le Pitch :
Danseuse étoile au Bolchoï, Dominika est victime d’un accident qui met un terme à sa prometteuse carrière. Désemparée, elle est contrainte d’accepter la proposition de son oncle, un ponte des services secrets russes. Elle devient alors un moineau. Une super agente entraînée pour se servir de ses charmes pour arriver à ses fins et servir au mieux la patrie. Rapidement, elle se retrouve sur la traces d’un espion américain infiltré dont la mission pourrait bien mettre en péril le fragile équilibre entre deux des plus grandes puissances mondiales…

La Critique de Red Sparrow :

Le climat entre les États-Unis et la Russie s’étant considérablement refroidi ces dernières années, il n’est en rien étonnant de voir revenir dans les films ce bon vieux méchant bolchevique. Un cliché sur pattes né pendant la Guerre Froide, dans les années 80, « sublimé » dans des productions comme Rambo 3, Le Scorpion Rouge, Rocky IV, ou L’Aube Rouge, qui opère ainsi un spectaculaire come-back avec ce Red Sparrow. Red Sparrow dont le titre à lui seul renvoie à une certaine période où les Red Heat (Double Détente), Red Dawn (L’Aube Rouge) et autres Red Scorpion (Le Scorpion Rouge) faisaient écho à des problématiques géopolitiques souvent réduites à un affrontement entre deux super archétypes pas toujours finement dessinés. Et c’est aussi le cas ici, avec ce thriller adapté d’un roman signé Jason Matthews, qui fait mine de se la jouer John LeCarré sans parvenir à en égaler la finesse, la pertinence et l’élégance. Ce qui ne veut pas dire que le spectacle ne possède pas un certain attrait…

Red-Sparrow-Jennifer-Lawrence

« Je suis toujours un Spetsnaz » Dolph Lungren, Le Scorpion Rouge, 1989

Dans Red Sparrow, les Russes vivent dans des bâtiments hyper austères. Rien n’a bougé depuis des décennies. On sait que le récit se déroule en 2017 mais il pourrait aussi bien prendre place dans les années 80. Les bagnoles, les maisons, les appartements, tout est figé. Jennifer Lawrence campe une danseuse étoile forcée par son oncle (Matthias Schoenaerts), une sorte de gros pervers déguisé en gentleman, à devenir un agent secret spécialisé dans la séduction bourrine. C’est alors que Jennifer se retrouve à devoir intégrer une école au fin fond de la Sibérie (ou un truc approchant, en tout cas il neige), où on lui enseigne, à grand renfort d’humiliations diverses et variées et de visionnage intensifs de films porno, que son corps est une arme et que cette arme appartient à la Mère Patrie. Au bout de 15 jours (on exagère mais le cursus semble bien court pour passer de danseuse à ersatz de James Bond), Jennifer ressort et se jette dans l’action, voulant à elle seule ou presque réussir là où les autres ont échoué. Mais vu que Jennifer Lawrence est la star de l’histoire, il faut bien se douter qu’elle n’est pas comme les autres Russes pour lesquels elle est censée travailler. Elle, elle a des factures à payer et une mère dont elle doit s’occuper. Le film est très clair à ce sujet et nous montre donc que tous ceux qui sont à la tête de l’état sont par contre de gros salopards nostalgiques de l’époque de Staline, qui boivent vodka sur vodka en torturant à tout va dans un grand élan collectif censé consolider les valeurs d’un pays en plein revival… Inutile de dire que le scénario de Red Sparrow, que l’on parle de son absurde postulat, de certains dialogues bien ridicules, de situations qui le sont tout autant et de cette accumulation à la longue un poil gênante de lieux communs, possède la finesse de char d’assaut. Sans oublier bien sûr tous ces prestigieux acteurs américains ou anglais qui parlent avec un accent russe « super naturel » et le manichéisme parfois à proprement parler hallucinant dont fait preuve le récit sans sourciller…

« Où sont les missiles ? » Marc de Jonge, Rambo 3 (1988)

Le problème est donc le suivant : Red Sparrow se la joue grand film d’espionnage hyper complexe. Ce qu’il n’est pas. Il n’est ni grand ni complexe, mais plutôt bourrin, violent, parfois bien glauque et sordide. C’est dommage car il aurait fallu qu’il s’assume en tant que tel pour sonner avec une efficacité tout autre au lieu de ressembler à une tentative bourrine dont l’une des tares est de ne jamais vraiment atteindre sa cible. Un peu dans le même genre, le récent Atomic Blonde avait lui aussi des prétentions un peu inutiles, mais au moins, il s’affirmait rapidement tel un pur film d’action tendu et sauvage. Red Sparrow lui, noie un peu le poisson (rouge). Son intrigue est inutilement compliquée et les fulgurances dans la violence et la sexualité desservent finalement ses velléités plus qu’autre chose. Au final, c’est donc à un œuvre certes visuellement bien emballée par un Francis Lawrence plutôt en forme, mais très bancale narrativement, à laquelle nous avons droit. Un film qui jouit néanmoins de l’investissement sans borne d’une Jennifer Lawrence appliquée, qui se donne comme rarement, croyant visiblement dur comme fer dans cette histoire pourtant bancale au possible. Difficile de ne pas se dire que Red Sparrow ne mérite pas une telle dévotion de la part d’une actrice également très bien entourée, même si la plupart des seconds rôles répondent mollement à un cahier des charges encore une fois principalement caractérisé par les clichés qu’il enfile comme des perles en essayant de se persuader et de nous persuader du contraire. Des acteurs en tout cas utiles quand il s’agit de conférer un peu de prestige à cette entreprise hasardeuse et curieusement (déjà) datée. Et puis c’est beaucoup trop long. 2H20… Peut-être qu’avec une bonne demi-heure en moins, Red Sparrow aurait été plus convainquant. Plus efficace en tout c’est certain.

En Bref…
Avec son histoire bancale, ses personnages d’un autre âge en forme de clichés sur pattes, son ambiance glauque et sa volonté de venir chatouiller les références du film d’espionnage, Red Sparrow ne fait pas illusion bien longtemps. Malgré la performance hyper intense de Jennifer Lawrence et un jusqu’au-boutisme certain dans la violence et un érotisme brut de décoffrage, impossible de prendre ce thriller pour ce qu’il n’est pas, à savoir un nouveau classique du genre. Prenons-le donc plutôt pour ce qu’il est, à savoir une série B plutôt divertissante, gentiment à la ramasse, parcourue de fulgurances, tantôt ridicule, tantôt étonnamment rentre-dedans.

@ Gilles Rolland

Red-Sparrow-Jennifer-Lawrence-Charlotte-Rampling
   Crédits photos : 20th Century Fox France


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