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La maîtresse des épices

Publié le 12 avril 2018 par Montagnessavoie
Chitra Banerjee Divakaruni, La maîtresse des épices, 1997.
Elle, c'est Tilo. La maîtresse des épices. Après plusieurs vies successives au cours desquelles elle a tour à tour été enfant rejetée, reine des pirates et élève de la Vieille Mère qui lui a tout enseigné sur son île paradisiaque, la voilà transformée en femme ridée et âgée, vendeuse dans une épicerie américaine. Vieille, dans son corps de jeune fille, après être passée à travers le bûcher et envoyée en Californie pour aider, par le pouvoir des épices, ceux qui en ont besoin. Les règles sont strictes : elle ne doit pas toucher ses clients pour ne pas faire converger leurs énergies, ne doit pas ressentir d'empathie mais se doit de rester neutre afin de leur apporter, de manière objective, ce dont ils ont besoin. Enfin, elle ne doit pas céder à l'amour. Tilo, sûre d'elle, a juré à la Vieille Mère qu'elle mènerait cette mission sans faire d'accroc au contrat. Seulement, sa passion pour la vie est trop forte et l'intérêt qu'elle porte aux gens qui franchissent la porte de son magasin trop prégnant.  La maîtresse des épices
Bien sûr, il y a ce bel américain mystérieux, mais l'amour ne se résume pas à cela. Il s'agit d'un amour global pour les êtres qui entourent Tilo et qu'elle se propose d'aider. La femme battue. L'adolescent au turban vert malmené par ses camarades. La jeune femme amoureuse d'un mexicain et en conflit avec sa famille. Tous sont d'origine indienne, immigrés en Amérique pour diverses raisons et tous sont ballotés entre deux cultures : celle de leur pays d'accueil et celle de l'Inde de leurs ancêtres qu'ils tentent de conserver coûte que coûte. C'est en fait ce décalage culturel qui crée les déséquilibres dont ils sont victimes. Tilo devrait rester neutre, mais face à leurs peines, leurs interrogations et leur mal être, elle ne peut s'empêcher d'outrepasser les fonctions qu'on lui a demandé d'assumer et d'intervenir. Après tout, les épices sont un puissant pouvoir et elle est convaincue d'être capable de remédier à des situations de conflits familiaux ou intérieurs. Une à une, elle va enfreindre les règles. Quel que soit le prix qu'elle devra payer, la maîtresse des épices ne va pas pouvoir s'empêcher de ressentir de l'amour pour les personnes qui l'entourent.  Le roman de Chitra Banerjee Divakaruni est un conte traditionnel indien, en même temps qu'il est une fable des temps modernes. Il aborde à la fois les traditions les plus ancestrales et les problèmes sociaux liés à l'immigration. Et puis, à un autre niveau, il est un formidable témoignage de ce que peut être la compassion : ce qu'elle nous amène à ressentir pour autrui, la manière dont nous aidons maladroitement parfois ceux qui ne nous ont rien demandé, dont nous les aidons malgré eux, le risque égoïste à se faire du bien en faisant du bien aux autres et l'amour universel, sans barrières, sans frontières de couleurs, de langues, d'âge, de culture. L'amour des êtres, non pas pour ce qu'ils montrent, mais pour ce qu'ils sont profondément, au-delà des apparences.  La maîtresse des épices

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