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Kossi Efoui : Cantique de l acacia

Par Gangoueus @lareus

L'écrivain togolais Kossi Efoui à Livre Paris au Pavillon Lettres d'Afrique
Trois femmes :
IO-Anna
Grace
Joyce
Trois générations de femmes. Des pièces rapportées. Des prophétesses. Des militantes féministes. Au départ, une femme qui fuit sont pays. Le Togo pour le Ghana. Mais ce pourrait être une traversée du désert du Sahara puis de la Méditerranée. Une mère tente cette traversée du fleuve comme un mexicain se jette dans le rio Grande pour atteindre la rive américaine, mais elle ne survit pas. Noyade. Sa petite fille arrive par miracle à atteindre la rive. Elle est l’enfant sans nom. Sa situation est relayée par les médias. L’enfant sans nom ne parle pas, ne sourit pas. Elle est adoptée. Joyce sera son nom. Elle a une histoire non dite. Une autre histoire à écrire.
IO-Anna s’est construite dans l’adversité. Contre un pouvoir patriarcal et  pour une ouverture au monde. Elle et sa cousine résistent aux injonctions familiales, aux contraintes qui restreignent le liberté et leur rapport au monde qu’elles découvrent par le monde de la mode et des revues. Sa cousine s’imole pour refuser le diktat familial et la parole des hommes portée par les mères. Elle choisit de dire non et de partir. Seconde rupture.
Grace, mère de IO Anna a elle une trajectoire différente. Son père a été un assimilé ou un évolué. On est sous la colonisation. Son père aimant et avant-gardiste. Grace a une sensibilité. Elle a un don pour la divination et si elle intègre l’éducation catholique, elle va dès qu'elle en aura le pouvoir se débarrasser de cette éducation religieuse. Elle est le soutien inébranlable pour son mari qui va connaître de nombreux obstacles dans son itinéraire vers la Côte d'Ivoire. C’est le seul homme qui a une prise de parole plus globale dans ce roman. Une parole avant tout politique convainquant l’histoire des pays de la région ouest africaine des indépendances jusqu’à la montée des mouvements islamistes actuels et radicaux dans le Sahel.
Joyce ne parlait pas quand elle était enfant. Ou peu. Adulte elle est toujours aussi peu diserte. Son art est de capter des émotions, des drames, des silences avec l’objectif de son appareil de photographie. C’est son métier. Qui la confronte à la réalité de la région, des hommes de pouvoir de la région…
Kossi Efoui : Cantique de l acaciaCe roman est avant tout intéressant pour ce qu’il dit des femmes. Une saga familiale où les femmes sont la colonne vertébrale, l’exosquelette. On est pourtant pas aux Antilles avec ses organisations matrifocales ou chez les Makhuwa du Mozambique où le matriarcat - le vrai - est une institution dans les contrées rurales de ce peuple. Nous sommes dans le Golfe de Guinée, ici, les femmes se battent sans qu’on en est vraiment l’impression. Elles se dressent mais ne se battent pas pour des acquis spécifiques, « genrés ». Kossi Efoui les inscrit dans un combat plus global, plus universel. Résister au diktat des influences culturelles et spirituelles « exportées ». Résister au diktat traditionnel du patriarcat et de l’enfermement qui touche de nombreuses femmes. Résister aux représentations, aux images venues d’ailleurs construire une alternative, un autre projet, proposer son propre regard. Le propos de Kossi Efoui est dans le fond assez juste sur le positionnement au coeur des sociétés civiles africaines des femmes. Mais je m’arrêterai là car dans le fond, il faut lire le romancier togolais. Il y parle de femmes certes, de femmes fortes, beaucoup. D’hommes admiratifs, fascinés. D’hommes qui perdent le nord quand ces femmes disparaissent. Oui. 
Migrantes. Prêtresses. Mères. Epouses. Amantes. Journalistes… Et en finissant cet article insatisfaisant, je réalise que le plaisir dans la lecture de Kossi Efoui n’est pas dans la lecture immédiate, mais plutôt dans la réflexion particulièrement élaborée et offrant de nombreuses possibilités. Un livre hommage. Un livre profond d’un très grand auteur venu du Golfe de Guinée.
Voyez par cet extrait le traitement de l'adoption par Kossi Efoui.
Elle était cet enfant revenu. même si elle n'était pas sortie du ventre de Io-Anna, même si elle avait été adoptée cinq ans plus tôt à un âge imprécis entre sept et neuf ans. mais peu importait le chemin qu'elle avait emprunté pour arriver dans la famille, le voyage dont elle avait perdu la mémoire depuis qu'elle avait été découverte dans le fleuve, flottant qur le dos près de la base nautique, cela ne changeait rien à la vérité selon Grace :
La vérité c'est que parfois il faut plus d'une mère pour faire un enfant. Et il a fallu deux mères pour faire  Joyce : la mère de sang et la mère de parole.

Kossi Efoui, Cantique de l'acaciaEditions du Seuil, première parution en Octobre 2017

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