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[Critique] ESCOBAR

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] ESCOBAR

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Titre original : Loving Pablo

Note:

★
★
★
☆
☆

Origine : Espagne
Réalisateur : Fernando León de Aranoa
Distribution : Javier Bardem, Penélope Cruz, Peter Sarsgaard, Julieth Restrepo, Santiago Soto, Quique Mendosa…
Genre : Drame/Biopic/Adaptation
Date de sortie : 18 avril 2018

Le Pitch :
À l’aube des années 80, en Colombie, Pablo Escobar accumule les dollars grâce à la production et à la vente de cocaïne. Tout d’abord considéré comme un héros du peuple, grâce notamment aux nombreuses aides qu’il apporte aux plus démunis, Escobar ne tarde pas à inquiéter le gouvernement de son propre pays, qu’il cherche d’ailleurs à infiltrer, tandis que le FBI, la CIA et la DEA mettent en place plusieurs opérations pour le faire tomber. C’est dans ce contexte que la journaliste Virginia Vallejo rencontre Escobar. Un homme puissant et charismatique qui la fascine. Le début pour elle d’une descente aux enfers à l’issue potentiellement dramatique. Histoire vraie…

La Critique d’Escobar :

Pablo Escobar n’en finit plus de revenir sur le devant de la scène. Quand ce n’est pas un livre centré sur sa vie et sur les horreurs qu’il a perpétré dans sa quête de pouvoir, c’est une série ou un film qui raconte sa montée en puissance dans les années 80. Déjà présent dans des œuvres comme Blow, au second plan, Escobar est devenu, ces dernières années, une véritable figure centrale. Dans Paradise Lost, c’est Benicio Del Toro qui lui donnait vie, avec une intensité incroyable, parvenant à retranscrire son ambiguïté glaçante, tandis que Wagner Moura, dans l’excellente série Narcos, profitait du temps confortable mis à sa disposition pour minutieusement explorer le personnage et livrer au final ce qui reste à ce jour comme l’interprétation la plus complète et la plus subtile du patron des trafiquants de drogue. Loving Pablo, rebaptisé chez nous Escobar, pour plus de clarté probablement, arrive juste après Narcos et permet à Javier Bardem de concrétiser un objectif qu’il s’était fixé il y a de cela deux décennies : parvenir à incarner Escobar dans un film à la mesure de l’intérêt qu’il porte à l’histoire de cet homme parti de rien, devenu ennemi public numéro 1 de l’Amérique de Reagan. Un long-métrage attendu de pied ferme, centré sur la romance entre Pablo et la journaliste Virginia Vallero, adapté du livre de cette dernière…

Escobar-Penélope-Cruz

Romance à Medellín

Voir un acteur de la trempe de Javier Bardem, aussi charismatique et aussi investi dans son rôle, devenir Escobar avait de quoi permettre à ce nouveau vrai/faux biopic sur le narco-trafiquant de s’imposer sans mal. Mais c’était sans compter sur les deux premières saisons de Narcos, qui ont raconté la même histoire, sur 20 épisodes donc, avec autrement plus de minutie. Bien sûr, le format série permet plus de liberté. On peut s’attarder sur les détails notamment et creuser davantage les personnages, quand même bien le show Netflix n’était pas spécialement centré sur la relation d’Escobar avec Valeria Vallejo. Là était d’ailleurs la bonne idée du film de Fernando León de Aranoa : resserrer la dynamique pour articuler le récit autour de quelque chose en particulier. Ici, c’est donc le personnage de Penélope Cruz qui raconte. Le soucis, c’est que si le film adopte son point de vue, il ne peut pas s’empêcher de raconter aussi le reste. Ce qui force le scénario (écrit par Fernando León de Aranoa) à multiplier les ellipses, dont certaines sont vraiment approximatives. Loving Pablo montre des choses que Narcos ne montrait pas, parfois des événements différents, mais au final, et peu importe qui a raison entre le film et la série, le long-métrage souffre de son ambition de jouer sur plusieurs tableaux, devenant assez rapidement confus, brouillon dans sa narration, plombé par son désir de tout le temps aller chercher le sensationnel, le choc et le spectaculaire.
Impossible alors pour le film, dès qu’il prétend raconter toute l’histoire, de rivaliser avec Narcos. Paradise Lost, avec Benicio Del Toro, adoptait d’ailleurs un peu le même point de vue. Il se focalisait sur la petite histoire dans la grande et si la petite avait moins d’intérêt que la grande, le film avait l’intelligence de ne pas prétendre à trop déborder du cadre qu’il s’était fixé au départ. Ce que ne fait pas Loving Pablo
Pour autant, le long-métrage de Fernando León de Aranoa ne manque pas d’atouts. Son ambiance en particulier, retranscrit bien la violence et la brutalité. Le film baigne dans une atmosphère poisseuse assez immersive, appuyée par une mise en scène efficace, malgré les baisses de régime et s’avère plus qu’à son tour assez inconfortable, tant il ne fait jamais d’Escobar un héros du peuple, n’oubliant pas à qui il a affaire, conscient de l’importance de mettre en avant la dangerosité du personnage.

Javier et Penélope

Un personnage campé par un Javier Bardem totalement investi face à une Penélope Cruz formidable du début à la fin. Le problème, car là aussi il y a malheureusement un problème, c’est que Loving Pablo a tenu à montrer la transformation physique de Pablo Escobar. À la fin, Javier Bardem doit alors composer avec de grosses prothèses disgracieuses qui le font ressembler à une sorte de mollusque. Avec son goitre énorme et son faux ventre, il perd de son charisme. Le jeu est noyé dans les effets, et tant pis si Bardem ne lâche rien. C’est dommage car le comédien est pour beaucoup dans l’impact du film. L’alchimie qu’il entretient avec sa partenaire fait aussi des merveilles et tire clairement le film vers le haut, même quand, à la fin tout particulièrement, tout s’accélère et que l’interprétation des événements semble un peu hasardeuse. Encore une fois, peu importe ce qui s’est véritablement passé. Là n’est pas le propos. C’est la façon dont nous est contée l’histoire qui compte et ici, tout va trop vite. Fatalement, l’excès l’emporte sur tout le reste. Comme intimidé par son sujet et par son personnage principal, Loving Pablo se laisse déborder, n’arrivant pas à totalement concrétiser ses objectifs et s’apparentant à l’arrivée à une tentative certes louable, pétrie de qualités indéniables mais aussi terriblement boiteuse par moment.

En Bref…
Un film qui souffre vraiment de la comparaison avec la monumentale série Narcos, malgré des qualités évidentes. Notamment au niveau de l’interprétation, dont le jusqu’au-boutisme et la précision, permettent de rattraper des défauts formels et narratifs parfois vraiment plombants.

Nota Bene : il est vraiment temps que les films arrêtent de faire parler anglais des personnages qui ne sont pas américaines ou britanniques. Ici, Escobar parle anglais tout le temps. Il parle anglais avec sa femme, ses enfants, ses associés… Parfois, en fond, un type parle espagnol et Escobar lui-même n’utilise sa langue natale que pour jurer, mais c’est tout. C’est ridicule et au bout d’un moment, c’est peut-être étonnant, mais le réalisme en prend un coup dans l’aile.

@ Gilles Rolland

Javier-Bardem-Penélope-Cruz-Javier-Bardem
  Crédits photos : SND


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