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SAMU : Je suis malade !

Publié le 10 mai 2018 par Le Journal De Personne
Des appels, le monde en reçoit à la pelle...

Mais c'est de plus en plus rare qu'il vous rappelle... ou qu'il s'en rappelle...

Il vous entend... mais il ne répond pas... il ne répond plus...

Il n'a pas le temps de vous répondre... vous n'avez plus qu'à aller vous faire pendre...

Camus appelait absurde, ce divorce entre l'homme et le monde.

Divorce entre la question et la réponse.

Allo... c'est le SAMU ? Je suis la fille sur le pont... il y a quelqu'un au bout du fil ?

Personne ne répond... ou alors c'est Dupont qui décroche pour vous dire qu'il n'y a personne pour vous empêcher de vous jeter... il y a juste quelqu'un pour ramasser les morceaux. Parce que le service public est en pleine mutation... ça mue et ça évolue...

Plus personne ne répond de personne... l'éthique de conviction s'est substituée à l'éthique de responsabilité...

Nous sommes de plus en plus libres et de moins en moins responsables.

Aussi libres de mourir que de se donner la mort... aussi libres de souffrir que de laisser souffrir... libres de donner mais aussi libres d'abandonner.

Nouvel emblème : à chacun selon ses problèmes... Démerdez-vous ! Merde !

Vous vous dîtes : sommes-nous devenus sourds les uns aux autres ?

Je dirais plutôt : sans recours... sans porte de secours... on s'entend mais on ne s'écoute pas...

On s'écoute mais on ne se comprend pas... on s'en branle... parce que ça nous ébranle pas ! C'est sans effet parce que ça ne nous affecte pas... les infections n'infectent que ceux qui en sont infectés... c'est direct.

Et on nous rassure par dessus le marché en nous attestant un peu plus chaque jour :

Qu'il n'y a pas de progrès sans indifférence... marchons... marchons vers l'indifférence.

C'est le sens de la marche... la marche qui a un sens... la marche qui ne fait pas de différence entre les gènes qui courent et ceux qui sont à cours d'oxygène !

C'est le temps qui court qui nous impose cette démarche... ce marathon.

C'est la loi de vivre... la joie de puer en courant derrière ceux qui ont un déodorant.

Un peu de baume du tigre et c'est reparti pour un tour... ça vaut ce que ça vaut mais le monde achève bien ses chevaux...

Allo! Oui... Qu'est-ce que tu veux que je te dise, petite sœur, rappelle-moi si tu meurs ! Ça pue... le SAMU... et tous les secours peu catholiques ne sont plus absurdes comme l'a cru Camus... mais tragiques... tragique du quotidien... tragique de ces liens qui raccordent le tout avec rien... le mal, c'est bien.

Ce matin, je me suis levée du mauvais pied, une angoisse inexprimable m'étreignait... Tous les vices et tous les services m'ont paru sans raison, sans but... Je ne reconnaissais plus rien, plus personne. C'est comme si la réalité s'était diluée, évadée de tous ces objets, de tous ces gens... j'avais une chanson plein la tête, celle de Serge Lama... et pour ne pas sombrer dans cette rupture de contact avec la réalité, j'ai appelé le SAMU et je les ai branché dessus... non pour décroître mais plutôt pour accroître mon sentiment d'irréalité...

Je suis malade... complètement malade !

Auteur interprète : Emeline Becuwe
Scénario : Emeline Becuwe
Actrice : Emeline Becuwe


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