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[Critique] CARGO

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] CARGO

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Titre original : Cargo

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : Australie
Réalisateurs : Ben Howling, Yolanda Ramke
Distribution : Martin Freeman, Anthony Hayes, Caren Pistorius, Kris McQuade, Susie Porter, David Gulpilil…
Genre : Horreur/Drame
Date de sortie : 18 mai 2018 (DTV)

Le Pitch :
Dans une Australie ravagée par un terrible virus, un couple et son enfant tentent de survivre. Quand la femme est infectée, l’homme sait qu’il y a de grandes chances qu’elle se transforme. Quand elle le mord, il sait tout aussi bien qu’il n’a plus que 48 heures pour trouver un refuge pour son bébé…

La Critique de Cargo :

Ben Howling et Yolanda Ramke, les deux réalisateurs de Cargo, sont parvenus à adapter leur court-métrage éponyme de 2013, en long-métrage. Un tandem qui avait également dirigé la seconde équipe sur le Jungle, de Greg Mc Lean et qui ici, filme donc le bush australien aux côtés d’un père et de sa fille, tandis que le monde succombe à un virus cannibale. Cargo qui repose donc sur un pitch on ne peut plus classique, en cela qu’il évoque une multitude de films d’infectés ou de zombies. Un genre par ailleurs particulièrement populaire ces dernières années, souvent pour le pire et rarement pour le meilleur. La bonne nouvelle, c’est que Cargo appartient à la seconde catégorie et vient d’emblée se placer sur le haut du panier du genre. Un film baignant dans une mélancolie au final déterminante quant à son impact et à sa propension à distiller une émotion à fleur de peau…

Cargo-Martin-Freeman

48 heures

Cargo surprend par la direction qu’il prend assez rapidement alors que les deux personnages principaux, incarnés par Martin Freeman et Susie Porter, se retrouvent infectés par le virus au centre de l’intrigue. Un père et une mère complètement démunis quand vient le moment de trouver, dans l’immensité d’un pays ravagé, un refuge pour leur bébé. Avec son caractère impitoyable, qui voit le père devant faire face à la disparition de sa femme ainsi qu’au caractère inéluctable de sa propre mort, le film joue une carte que peu de productions du genre peuvent se targuer d’avoir osé mettre en avant. Ici, l’espoir n’a rien d’inhérent avec le salut du personnage principal. Il se sait condamné. Non, dans Cargo, l’espoir est incarné par la petite fille du couple. Son père parviendra-t-il à la mettre à l’abri avant que le virus n’ait ravagé son esprit pour le transformer en zombie, au terme de l’incubation de 48 heures ? Le terme « zombie » que le film n’utilise d’ailleurs jamais, comme pour coller à une sorte de réalisme responsable à l’arrivée de l’empathie qu’il est facile de ressentir. Sans avoir recours à trop d’effets de style, que ce soit au niveau de la mise en scène, proche des protagonistes, qu’au niveau de l’écriture, elle aussi concise, efficace et pertinente, les réalisateurs/scénaristes avancent sans faillir jusqu’au dénouement, cherchant manifestement à surtout exploiter correctement leur récit, à lui donner du corps, sans se réfugier derrière un discours nébuleux ou un quelconque sensationnalisme.

Into the bush

Sans se presser, mais en prenant garde à toujours rester en mouvement, le film se repose aussi beaucoup sur ses acteurs. Sur Martin Freeman en particulier dont le jeu, tout en subtilité, permet à l’émotion de s’épanouir et à l’horreur relative aux situations que son personnage doit gérer de toucher au vif. Souvent angoissant, et pas forcément parce qu’il s’approprie des codes propres aux films d’horreur, Cargo touche à quelque chose de vraiment sensible. La paternité est au centre d’une dynamique remarquablement exploitée. La résilience aussi et ce désir de repousser la fatalité pour parvenir à remplir son rôle le plus longtemps possible. Dans ces conditions, avec un acteur de cette trempe, parfaitement entouré, Cargo fait mouche. Reste que le désir des cinéastes de justement rester dans l’intime et dans la mesure, le cantonne aussi dans un certain registre et interdit paradoxalement des fulgurances qui auraient pu faire de lui un grand film. En l’état, il demeure touchant et glaçant ce qui est déjà énorme. Sans avoir la fougue d’un 28 Jours plus tard, peut-être un peu trop englué parfois dans des gimmicks propres à sa condition de production modeste, Cargo reste en tout cas parfaitement recommandable et se pose comme une alternative efficace aux trips bêtes et méchants ou même aux productions façonnées dans l’excès. En instaurant une véritable ambiance et en retranscrivant des sentiments auxquels il est simple d’adhérer, Cargo se montre plus qu’à son tour valeureux. Jusqu’au bout, où il n’est pas interdit de verser une petite larme… encore mieux, son discours aborde des questions d’actualité. Notamment dans le rôle qu’il donne au peuple aborigène, Cargo est beaucoup plus politique qu’il n’en a l’air. Il a des choses à dire. Sur le passé de l’Australie, sur la colonisation et l’époque moderne dans son ensemble. Avec un vrai fond, concerné, ce long-métrage horrifique raccroche ainsi les wagons avec les grandes œuvres du genre, dont les gerbes de sang et autres monstres n’étaient au fond que des métaphores politiques et sociales et dont l’objectif fut souvent d’aborder des thématiques on ne peut plus sérieuses.

En Bref…
Aussi modeste qu’appliqué, que ce soit au niveau de l’écriture, de la mise en scène ou de l’interprétation, Cargo se pose comme l’un des meilleurs films d’infectés vus depuis des lustres. Un voyage dans le bush australien aussi éprouvant qu’émouvant, porté par un Martin Freeman à fleur de peau…

@ Gilles Rolland

Cargo
  Crédits photos : Netflix


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