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Fernando Pessoa – Plutôt le vol de l’oiseau…

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Fernando Pessoa – Plutôt le vol de l’oiseau…Plutôt le vol de l’oiseau qui passe sans laisser de trace,
Que le passage de l’animal dont le sol garde le rappel.
L’oiseau passe et s’oublie, et c’est très bien ainsi.
L’animal, là où il ne se trouve plus et où il ne sert donc plus à rien,

Montre qu’il s’y est trouvé, ce qui ne sert vraiment à rien.
Le souvenir est une trahison de la Nature,
Puisque que la Nature d’hier n’est pas la Nature.
Ce qui fut n’est rien, et se rappeler c’est ne pas voir.

Passe, oiseau, passe, et enseigne-moi à passer !

*

Antes o voo da ave, que passa e não deixa rasto,
Que a passagem do animal, que fica lembrada no chão.
A ave passa e esquece, e assim deve ser.
O animal, onde já não está e por isso de nada serve,
Mostra que já esteve, o que não serve para nada.

A recordação é uma traição à Natureza.
Porque a Natureza de ontem não é Natureza.
O que foi não é nada, e lembrar é não ver.

Passa, ave, passa, e ensina-me a passar!

*

Better the flight of the bird that passes and leaves no trace
Than the passage of the animal, recorded in the ground.
The bird passes and is forgotten, which is how it should be.
The animal, no longer there and so of no further use,
Uselessly shows it was there.

Remembrance is a betrayal of Nature,
Because yesterday’s Nature isn’t Nature.
What was is nothing, and to remember is not to see.

Pass by, bird, pass, and teach me to pass!

7 May 1914

***

Fernando Pessoa (1888-1935)Alberto Caeiro – Le gardeur de troupeaux (O Guardador de Rebanhos,1914

) – Anthologie essentielle
(Chandeigne, 2016)
– Traduit du portugais par Patrick Quillier – A Little Larger Than the Entire Universe (Penguin, 2006) – Translated by Richard Zenith.


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