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J’aime l’impopularité

Publié le 13 juin 2018 par Chroom

Il y a une année, je devais interrompre les services payants de ce site, à cause d'un changement chez mon fournisseur de données, un géant américain pour ne pas citer son nom. La fin des services payants aurait dû booster l'audience du site, puisque je fournissais depuis lors des analyses gratuites de sociétés. Pourtant, c'est exactement le contraire qui s'est produit et paradoxalement j'en suis presque content. Cela vous étonne ? Alors lisez la suite...

Depuis l'année passée, j'ai en effet également changé ma ligne éditoriale et ma stratégie d'investissement. J'ai abandonné les grosses capitalisations américaines, hors de prix, pour me réorienter vers des petites sociétés très peu suivies par la masse des investisseurs. Quand on parle de Coca-Cola (KO:NYQ), on attire évidemment bien plus de lecteurs que lorsqu'on analyse BVZ (BVZN:SWX). La plupart des gens sont obnubilés par le succès des géants de la bourse et sont prêts à payer un prix scandaleux pour s'en payer une tranche. Au contraire, ils craignent de s'aventurer dans des petites sociétés, aussi profitables soient-elles.

En procédant de la sorte, ils passent à côté d'une quantité gigantesque d'opportunités. Si l'on s'amuse à faire une petite recherche des sociétés cotées à travers le monde, on constate que :

  • Les big caps ne représentent que 9% du nombre total d'entreprises
  • Les micro et nano caps représentent 47%
  • Si l'on ajoute les small caps aux deux citées ci-dessus, on arrive même à 70%.

En se focalisant seulement sur les grosses sociétés, on laisse donc totalement de côté neuf entreprises sur dix. Pire, on entre en plein dans le monde suivi et investi à outrance par les analystes, les institutionnels et les ETFs. Vous jouez dans la cour des grands et vous vous mesurez a des acteurs qui ont beaucoup plus de moyens que vous.

Les ETFs sont devenus très populaires et ils ont indéniablement permis à beaucoup de petits investisseurs de placer leur argent en bourse en ayant suffisamment de diversification, sans trop de frais. De plus, en étant pondérés par la valeur du marché, ils assurent que les titres qui les composent suivent un momentum positif, ce qui explique leur succès et le fait qu'ils fassent mieux qu'une très large majorité d'investisseurs.

Néanmoins, les ETFs ont également introduit un biais dangereux en faveur des grosses entreprises. Tandis que ces dernières sont littéralement sous perfusion, faisant grimper les prix à des sommets historiques, quels que soient les résultats, les plus petites entreprises sont totalement oubliées. Il existe des dizaines et dizaines de milliers de micro et nano caps très profitables et très bon marché à travers le monde. Ce serait vraiment dommage de passer à côté. Les institutionnels ne peuvent tout bonnement pas s'y aventurer car ils ont paradoxalement trop d'argent à investir! C'est comme si vous demandiez à un milliardaire de dépenser tout son argent en achetant des petits pains...

Si l'on regarde les valorisations qui sévissent parmi les entreprises cotées à travers le monde :

  • 22% des big caps se négocient à un ratio prix/ventes inférieur à 1
  • 38% des micro et nano caps s'échangent à un ratio prix/ventes inférieur à 1.

Il y a donc un pourcentage d'entreprises bon marché qui est presque le double parmi les toutes petites entreprises que parmi les toutes grandes. Vu que le nombre de micro et nano cap sont nettement plus nombreuses que les big caps, il y a même près de sept fois plus d'entreprises bon marché parmi les toutes petites que parmi les grandes.

Quand je vois que mon blog végète autour des 50'000 pages vues par mois, tandis que les deux gamins stars Swan et Neo arrivent à 311'000 abonnés rien que sur leur compte Instagram, je me dis que ce n'est pas la génération suivante qui va changer quoi que ce soit à cette constante de la bourse : malgré tout ce que nous raconte la théorie des marchés efficients, nous, femmes et hommes, restons fondamentalement humains. Nous sommes attirés par ce qui est populaire (et pas forcément très subtil). Cela n'a même sans doute jamais été aussi vrai.

Mais les modes changent. Elles changent même très vite. Celui qui arrive à rester en dehors de la meute possède donc un avantage conséquent : il ne risque pas de se retrouver embourbé dans des histoires dont plus personne ne veut entendre du jour au lendemain. Au contraire, il se pourrait même que ce qui était impopulaire soit soudainement porté aux nues par la foule. Pour l'investisseur contrarian, c'est le moment de réaliser de jolis profits et de prendre la poudre d'escampette.

Mon audience a été divisée par deux en l'espace de seulement un an. Pourtant dans la même durée, et comme je le montrerai prochainement au bilan du premier semestre 2018, ma performance par rapport au marché est excellente. Je n'ai pas l'impression non plus que les articles soient moins intéressants que par le passé. Au contraire, grâce à dividinde, le blog s'est enrichi d'une vue complémentaire, plus orientée sur le marché suisse. Rien ne justifie donc une telle désertion, si ce n'est que les sujets choisis et titres analysés intéressent nettement moins de monde.

Nombre de pages vues en baisse, revenus publicitaires en baisse, qu'importe. De toute façon ce n'est pas avec l'argent de poche misérable qu'on reçoit pour les annonces sur Internet qu'on risque un jour de faire fortune. L'important c'est bel et bien de miser sur les bons chevaux. Inutile de dire que ce n'est pas avec ceux qui ont la plus petite cote (donc les plus populaires) qu'on gagne le plus...

Voilà pourquoi je me réjouis d'avoir moins de lecteurs. Les plus fidèles d'entre vous apprécieront aussi.


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