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J’adore l’ère digitale

Publié le 19 juin 2018 par Chroom

Il y a quelques années en arrière, lorsque je voulais aller acheter une paire de chaussures, je me rendais dans un magasin spécialisé du centre ville. Comme une majorité d'hommes, je déteste ce moment. Je me vois encore essayer de chercher au hasard parmi toutes ces godasses quelque chose qui m'intéresse. Pas trop dandy, genre mocassins à glands, mais pas trop pommé non plus, du style baskets à scratches ou sandales. Après plusieurs tours dans les rayons, sous les yeux amusés des vendeuses, c'était toujours le même scénario: il restait à tout casser quelques modèles potables à essayer.

Je m'asseye alors pour tester les quelques dernières chaussures acceptables. Petit moment de solitude lorsqu'il faut enlever sa paire portée toute la journée, libérant des pieds odorants devant les vendeuses toujours plus amusées. Puis, vient le moment fatidique où j'essaie de mettre un pied dans le modèle à essayer. C'est fou comme on a les pieds qui gonflent quand on a chaud. "Vous désirez un chausse-pieds Monsieur ?". A ce moment-là j'ai déjà des gouttes qui commencent à ruisseler sur le front. Un mélange de honte et d'agacement.

Je me lève, je fais quelques pas. Ça a l'air pas mal. "Vous avez le talon qui est bien calé à l'arrière ? Pas trop de jeu devant ?". Mais qu'est-ce que ça peut lui foutre... Trop content d'avoir trouvé une paire qui me va plus ou moins je file à la caisse, je paie et je me tire.

Heureusement, tout ça c'est fini. Grâce à Internet, je choisis mes chaussures depuis mon canapé. J'applique quelques filtres, couleur, style, prix, etc. et je me retrouve avec une quantité importante de résultats qui correspondent à mes goûts. Encore un ou deux clics, et hop, les godasses me sont envoyées directement à la maison. Trop facile. Pas de coup de chaleur, pas de vendeuse qui me demande si mon talon est bien calé et surtout un gain de temps monstrueux.

Sauf que je travaille encore malheureusement tous les jours. Quand le facteur me livre le colis, je ne suis pas là. Je dois donc aller le chercher à la poste. Encore une fois, vu que je travaille, je dois y aller le soir, durant les heures de pointe. Grosse file d'attente assurée. A ce sujet, vous avez déjà remarqué le nombre de petits vieux qui viennent effectuer les paiements à la poste le soir, alors qu'ils ont toute la journée pour le faire ? Ça me rend dingue. Ils sont obligés de payer leurs facture au guichet postal parce qu'ils n'ont pas Internet. Tandis que moi je suis contraint d'y venir parce que j'ai fait mes courses online. Y a comme qui dirait un petit malaise.

Après 10 minutes d'attente j'ai enfin mon paquet. Trop content je file à la maison essayer ma nouvelle acquisition. Le problème d'acheter sur Internet c'est qu'évidemment on ne peut pas essayer. T'as beau commander ta pointure habituelle, il y a toujours un moment où ça merde. Retour à la poste pour renvoyer le paquet, nouvelle file de 10 min, nouvelle commande avec une plus grande pointure sur le site, puis retour à la poste avec sa file d'attente pour chercher la nouvelle paire commandée. Bilan de l'opération : plusieurs jours d'attente et quelques heures de perdues. J'en regretterais presque la vendeuse qui se soucie de mon talon bien calé. Sauf que le magasin où elle travaillait n'existe plus, victime de la concurrence du Net.

Là, je me dis que c'est bon. Que je suis tiré d'affaires. Mais non, c'est précisément à ce moment que commencent les emmerdes. Quand vous avez acheté vos chaussures dans une boutique, à moins que vous n'y retourniez, vous n'avez guère de chance de revoir les vendeuses qui vous ont regardé avec amusement. Sur Internet par contre, c'est une autre histoire. Une petite newsletter par ci, un gentil mail "Ces articles sont susceptibles de vous intéresser" par là...

Heureusement l'Union européenne dans sa bonté extraordinaire a pondu la RGPD qui est supposée nous protéger de ce genre d'abus. Dorénavant on nous avertit en bonne et due forme avant de nous traquer. Alors ça pour être avertis, on a bien été avertis ces dernières semaines... En plus d'être harcelés par de la pub, on croule sous des conditions générales. Génial. En tout cas ça fera du job pour les avocats, à défaut de défendre les citoyens lambda. Franchement, vous avez le temps et l'argent pour attaquer les GAFA vous ? Tout au mieux vous pourriez le faire contre des petits blogueurs comme moi. Encore une loi qui ne sert à rien et qui ne protège que les gros poissons...

Comme ma femme commande aussi sur Internet et que nous utilisons le même PC, j'ai maintenant la surprise d'avoir des modèles féminins en sous-vêtements qui trémoussent leurs nibards sur les banners de mon site. Non pas que ça me dérange, mais par contre c'est vraiment difficile d'écrire les articles avec la main gauche seulement.

Je vous l'avais dit : j'adore l'ère digitale.


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