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(Anthologie permanente) Amy Clampitt

Par Florence Trocmé

Numero_41La revue Rehauts, pour son 20ème anniversaire, édite un numéro spécial, "41 / 12 + 1 femmes".
Au sommaire Sereine Berlottier, Amy Clampitt, Séverine Daucourt, Ariane Dreyfus, Sophie Loizeau, Cécile Mainardi, Vera Molnar, Sandra Moussempès, Nadia Porcar, Caroline Sagot Duvauroux, Hélène Sanguinetti, Esther Tellermann et Isabelle Zribi.
Poezibao a choisi de présenter des poèmes d’Amy Clampitt, poète américaine née en 1920 et décédée en 1994.
UN SILENCE S'OUVRE
En observant les oiseaux du littoral

Faire plus que donner des noms
à ces arrivées aléatoires —
bécasseau et tournepierre,
pluvier argenté ou fauve,
chancellent et baguenaudent
en partance vers
ce qui peut être interprété comme
une sorte d'Althing aviaire
là-bas à la Thingstead,
la synagogue à toit découvert
de la toundra — c'est déjà
avoir commencé à faire fausse route.
De quel calcul infinitésimal, quel
accordage, quelle télémétrie
insondée dans la
rétine, quelle faim
surmultipliée pour le jour
nocturne de l'arctique,
sommes-nous les voyeurs? Nos
repères disparus, nous laissons échapper
un pêle-mêle d'apparences,
de plumages saisonniers
qui s'estompent en hiver:
le safran de tweed
de ces dos éclatants, les ventres
sombres la relique
de quelles descendances
sibyllines, quels tourments ?
Savants imbéciles, nous
avons rendu nettes
de telles constellations,
de telles gammes
d'errance, que les termes mêmes
dans lesquels nous sommes condamnés
à essayer de penser
se changent en transgression.
Mais Adam, attiré vers
ce ventre sombre,
empreinte de pouce
hypnotique et accidentelle,
en aurait déjà
été conscient.
/
  
Vert

Ces tourbes maritimes, avant de se
   mettre à l'entreprise
annuelle d'être vertes, montrent une
   ambivalence, un harmonique
à moitié automnal, moitié lustre
   membraneux de la naissance: qu'est-ce
que ce cresset qui tremble tout seul
   au-dessus de la mousse, des résidus tombés —
un sorbier? Qu'est-ce que cette rougeur rassemblée
   de brun-roux que le sous-bois
avoue — un amélanchier, au feuillage
   devenu mûr sans être vert?
Les bois en sont pleins, du rouge
   d'une rémanence lumineuse
anticipée qui a (en quelque sorte) commencé
   dans le sang, du vert qui ne s'interpose
que brièvement. Plus brève
   encore est l'odeur,
le givre, le poudrage melliflu, à l'instant,
   de floraisons qui pour une semaine ou deux
rendront ces tourbières maussades aérées —
   un air illusoire
de vergers, mais un rappel aussi
   et tout autant de la neige qui tombe.
Les pétales tombent, les feuilles tiennent bon tout
   l'été; la chlorophylle,
la croissance, l'industrie, sont ce pourquoi
   elles tiennent. Le renoncement
à l'action, à l'occupation
   même, vient à regret:
la dérive, puis l'abandon immobile.
Amy ClampittAmy Clampitt, traduction de l’anglais par Gaëlle Cognon et Calista McRae, revue Rehauts, n°41, pp. 3/4 et 6/7.
Amy Clampitt lit des extraits de ce livre (vidéo en anglais)
bio-bibliographie d’Amy Clampitt (Wikipédia, en langue anglaise)


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