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Les sept jours

Par Luc24

La critique  

Les sept jours

Un film choc sur une famille prête à éclater

Un des fils de la famille Ohaison est mort. Il menait une vie un peu trop extravagante à leur goût (il dépensait beaucoup d’argent avec sa femme). La tradition veut que la famille se réunisse dans la maison du défunt pour s’y recueillir sept jours durant. Ils sont donc tous là , en plein huis clos. Si au départ la réunion est propice aux souvenirs, aux habituels « Mais pourquoi est-il partit si tôt ? », progressivement les préoccupations vont être toute autres. Une femme sur la quarantaine cherche à se caser et elle a eu un coup de cœur pour un ami de la famille : Ben Loulou. Mais celui-ci est amoureux de Viviane qui pour sa part rêverait que son mari lui accorde le divorce afin d’être enfin une femme libre. Pas gagné d’avance à en juger par leurs échanges virulents. Les frères restant de la famille sont eux en pleine galère financière , ils négocient ainsi dans le dos de la veuve, espérant soutirer une coquette somme.Pour cela ils ont pour projet de revendre la maison de leur défunt frère. De leur côté, les vieilles femmes de la famille s’échangent quelques ragots tandis qu’un jeune couple se chamaille car la fille est enceinte mais ne veut pas garder le bébé.

Dans la promiscuité de la maison, la tension monte et le poids de la tradition (dormir au sol, nourriture spécifique, pas le droit d’aller dehors) n’arrange rien. Dehors, c’est la guerre du Golfe de 1991. En cas d’alarme il faut mettre son masque à gaz. La guerre à l’extérieur mais surtout à l’intérieur de la maison : lorsque les sœurs Vivianne et Simona vont commencer à se quereller, elles vont ouvrir la voie à une série de règlements de comptes (majoritairement liés à l’argent) particulièrement hostiles. Ca va chauffer…

Les sept jours

Ronit et Shlomi Elkabetz frappent un grand coup avec ce nouveau long métrage très pesant et violent psychologiquement. Tourné au grand angle, sans élément décoratif, Les sept jours est un huis clos étouffant qui n’hésite pas à multiplier les personnages dans le même plan. L’occasion de suivre toute une galerie de personnages plus passionnants les uns que les autres. Les acteurs sont très bien dirigés et chaque personnage existe. De quoi permettre aux deux réalisateurs d’aller dans des registres très différents en gardant toujours la maitrise de leur projet. On passe ainsi de la comédie de bonnes femmes (ragots et drague ridicule de Evelyne), comédie sociale (avec Ita qui paie tout à tout le monde), drame sentimental (Lili qui était la maitresse amoureuse du défunt Maurice et qui culpabilise d’être en face de la veuve ; Vivianne malgré elle dans une sorte de triangle amoureux qui fait suite au précédent film des réalisateurs, Prendre femme), drame familial et le tout en jouant sur le principe du huis clos et en collant en fond un contexte politique et historique particulièrement tendu. Et quand au final tout fonctionne, ça force le respect. Tout se tient, tout est fort et disons-le franchement : on en prend plein la gueule.

Les sept jours

Le spectateur sera ainsi gratifié d’un enchainement de règlements de comptes en famille d’anthologie , montrant la déchéance profonde de l’être humain qui oublie tout respect, aveuglé par l’argent et le profit personnel. Tout cela sous les regards médusés des grands-mères de la famille. Les sept jours est un film puissant et impudique. Ca hurle, ça pleure et ça ne pouvait être autrement puisque la coutume veut que lors du deuil on exhibe sa souffrance. Si on ne pleure pas , on nous le reproche. Poids de la famille, du passé, passage à une société de consommation et à l’individualisme naissant mais aussi et surtout le poids de la tradition. Les sept jours dresse de fabuleux portraits de femmes. Des femmes qui aiment dans le silence, qui doivent constamment se soucier de leur réputation plus que de leur vie, être fertile et docile. Et gare à elles si elles veulent divorcer…Alors que l’hystérie gagne le monde extérieur, le noyau familial des Ohaison explose. C’est sans concession, viscéral et passionnant.

 

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