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sur les étendues désolées de la nuit

Par Jmlire
sur les étendues désolées de la nuitVirginia Woolf

" C'est à la nuit qu'elle pensait, se raccrochant en quelque sorte à elle-même, levant les yeux vers le ciel. Ses narines captèrent soudain la campagne, la sombre tranquillité des champs sous les étoiles - mais cette beauté qui l'enchantait, ici à Westminster, dans le jardin arrière de Mrs Dalloway, car elle avait grandi en milieu rural, devait naître du contraste : l'odeur du foin dans l'air et, derrière elle, un salon plein de monde. Elle marchait aux côtés de Bertram, son allure pareille à celle d'un cerf, cédant un peu au niveau des chevilles, majestueuse, silencieuse, tous les sens en éveil, les oreilles dressées, les narines humant l'air, telle une créature sauvage mais très contrôlée, qui prenait son plaisir la nuit.

Voici la plus grande des merveilles se dit-elle, l'exploit suprême de la race humaine. Là où il y avait eu des lits en osier, des coracles traversant péniblement les marais à la rame, il y avait ceci ; et elle songea à la maison bien construite, aux murs épais et étanches, remplie d'objets précieux, bourdonnante de gens qui, se rapprochant et s'écartant, échangeaient leurs points de vue, se stimulaient. Clarissa Dalloway avait ouvert sa maison sur les étendues désolées de la nuit...

Virginia Woolf : extrait de " La soirée de Mrs Dalloway" Les Allusifs, 2014

http://Photo credit: pvillarrubia on Visualhunt.com / CC BY-NC-SA

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