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(Carte Blanche) à Vianney Lacombe, autour de "Caisses" (1998) de Christophe Tarkos

Par Florence Trocmé

Christophe Tarkos  caissesLes mots employés par Christophe Tarkos dans Caisses ne nous permettent pas d’entendre leur signification : ils montrent leur diversité, nous suivons leur déplacement à l’intérieur du cadre du poème, mais jamais ils n’atteignent leur achèvement, ils sont condamnés à ne rien dire. Mais ils s’efforcent de le faire tout au long du et des textes. Car un seul texte ne suffit pas pour montrer dans quelle impossibilité Tarkos jette ses poèmes pour les garder vivants : tous semblent pris dans l’étau d’un perpétuel commencement qui les empêchent de se développer et d’exister dans un futur : ils ne sont que l’impossibilité de donner une suite à eux-mêmes avant d’être supplantés par un autre commencement qui les rejette dans l’inaccompli. Ainsi les poèmes de Caisses ne savent-ils pas ce qu’ils disent, mais il y a en eux une détermination qui les oblige à repousser le plus loin possible leur impossibilité d’exister. C’est donc ainsi que chaque poème progresse, chaque texte épousant la forme du vide qui lui reste pour affirmer sa présence, le  remplissant avec l’inexploré que le langage se voit contraint de combler avec de l’exprimé qu’il n’a pas encore inventé, mais dont le lieu vient de lui être donné par le travail de Tarkos. Ainsi tous les textes de Caisses expriment ce qu’ils ne savent pas dire, ils agrandissent la possibilité de ne rien faire avec le reste du langage, ils deviennent l’orée de ce qu’un amnésique pourrait écrire après la fin de l’écriture, et en même temps, ils se saisissent de tout ce qu’il ne faut plus écrire, sans aucune honte, ils abusent de toutes les anciennes formes pour permettre à un nouveau langage de surgir.
Christophe Tarkos écrit des poèmes pour montrer qu’il est encore possible d’écrire lorsque la langue n’a plus rien à dire et que le sens se réfugie à l’extérieur du texte, dans les marges du poème, comme si le vide qui l’entoure avait la puissance de le modeler et de creuser l’inertie des formes convenues dans le langage. Tarkos nous apprend à ne plus voir le centre de l’écriture, mais ce qui la mine, ce qui lui fait dire ce qu’elle ne voulait pas et qu’elle se sent obligée d’avouer, son épuisement, son impuissance à s’opposer au vent de panique provoqué par le travail de Tarkos.
Vianney Lacombe
Christophe Tarkos, Caisses, P.O.L. éditeur, 1998
Un extrait du livre :
A la recherche d’une valeur veloutée la plus importante du monde qu’il serait possible de prendre pour du velours véritable pour vrai, une valeur veloutée variante, une valeur en velours, on la prendrait pour du velours tant elle varierait, tant elle est variée et veloutée, toute douce la valeur qui ait la valeur de l’évidence du velours, douce et pourpre vivante, une valeur vivante que l’on pourrait prendre pour du vrai velours tant elle serait veloutée et variante et vivante du vrai velours que cette valeur primordiale la plus importante du monde variant de valeur en permanence une fois pourpre une fois rouge une fois rose variant à l’infini son velouté une vraie valeur douce la plus importante du monde plus précieuse que la prunelle des yeux que l’on prendrait immédiatement pour vraie à cause de son velouté ce sera une vraie valeur veloutée au mieux la vraie valeur de velours la valeur aux yeux de velours la seule valeur en velours.
Christophe Tarkos, Caisses, P.O.L. éditeur, 1998, p.64.


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