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(Note de lecture), Philippe Blanchon, "Variations de Jan", suivi de "Mots pour Variations de Jan", par René Noël

Par Florence Trocmé

Lignes des intervalles

Philippe-Blanchon-Variations-de-Jan-2
Jan et Jacques descendent le mont de concert, en amont du surgissement, allant peut-être et sans doute au-devant de leur créateur changé lui aussi en retour par eux afin de lui adresser le salut, viatique logique d'une réciprocité du hasard ainsi que de la brume l'incroyable équilibre l'injustice, le poète étant pleinement du jeu, obligé, partie prenante du poème qu'il écrit - et devant les yeux des lecteurs viennent ces images des Odyssées d'Ovide que le cinéma a déclinées, ces mirages, pollens de substances aux confins des lèvres du levant faisant entrer dans le miroir des jours les protagonistes inattendus et connus, Paris Texas (USA) de Wim Wenders... pays lui-même surgi de nulle part, sans nom, ainsi que le dit Jean-Luc Godard -. La nuit expira Jan et l'étoile et les ténèbres prises de court n'eurent semble-t-il pas l'espace nécessaire pour perturber les incarnats, les visages nés des couleurs, substrats et textures clairs et distincts, géologies et généalogies formant une table d'orientation, tabliers et pieds où fini et infini, visible et invisible naissent du Sud magnétique substitué au Nord père de toutes les brumes.
Viride synonyme de temps avant son écoulement, Jan seconde Mary antérieure, matièremat et mère voyagent sans altérations à condition de trouver le contre-chant, les mots et les rythmes qui n'obturent pas l'espace-temps. Là commence le poème, la poésie de Philippe Blanchon. Sept variations pour sept personnages plus l'auteur, les cycles des Motets (1) épellent l'épure de l'art où les créations naissent des personnalités, les heurts sensibles du hasard accouchant des singularités quand l'histoire qui les veut brouiller et égarer consciemment bien souvent voudrait les projeter à contretemps, sciemment, les unes contre les autres jusqu’à ce que guerres s'ensuivent. Variations de Jan n'étant un vade-mecum, mais livre libre.
Que faire de la durée ? Les variétés du vrai altèrent autant les répétitions que les altérités, si bien que la poésie ajuste les singularités disposées de part et d'autre du même et du différent imprévisibles et sues par la main et les échanges des yeux internes et externes, diurnes et nocturnes du poète, Malentendus : quand une intuition est prise pour un savoir, / quand une assurance est prise pour une autorité. Distances, intervalles, prismes des devenirs préservés dans une clarté de composition, le fruit vu de l'extérieur et ses chairs et son noyau transparents, aussi tangibles que la lumière et les trajets de la sève en l'arbre depuis le noir du sous-sol.
Candeur face aux blessures. L'abstrait en bouche, la saveur des commencements, points des tangences en lieu et place des points de fuite et la nature concrète, physique, joue - pour la première fois aux yeux du lecteur contre tous les précédents plus ou moins sus ou connus - : les passages du matériau brut, 67 noirs + 14  en seconde variations ; 2 marine : 1 teinté de vert / 2 célestes de vert et de rose, aux espèces, aux formes de vie, aux magnitudes d'étoiles, vont sans dire bien qu'imprévisibles ; l'écrit n'est-il pas cette branche d'églantier démultipliée du divers multiforme traversant les gestes, les bras nombreux du poète depuis ses débuts ?
Passé le vallon, il avait su.
Aimé Mary aimante, survécu.
L'Empire englouti.
Métamorphose en août sur le quai.
Hors gages - ni donnés ni perçus.
Centre de la rosétoile,
Jacques sur une anse,
ses quatre flèches vers la mer.
Jan avait refusé janvier
mais non de février les douces.
Fèves, ferveurs des févriers - ferments de tous les possibles, des postérités, incarnations successives en relief ne s'éclipsant pas mutuellement - second mois élu de Jan, lieu des lieux, sable des mers d'où émergea Jacques au septième jour, sceau des naissances de tout naître, mer des déluges et des transits, sommets où ces Variations de Jan initient leurs passages du blanc au banc des plages, Jacques, frère de Jan dans la profondeur de l'espace-temps, rejeton lointain d'une nouvelle géométrie concrète née de la pierre végétale friable et friande de soleil après toutes les fins dont les guerres récurrentes et les paix au cours desquelles Jan surgit et disparaît dans les cercles fermés et ouverts infinis de l'espace-temps.
La ligne noire de l'écrit, nuit dressée sur le jour de la page incarne le milieu où les signes et les sens déplacent l'énigme et le mystère, l'infigurable et les anciens parapets bouleversés et dérangés par le fil ténu et insistant du vers, cristal neuf où toutes conceptions prennent part au vu filant le visible. L'églantier rose de l'aube posant l'hypothèse du bleu et du vert croisant leurs infinis, lèvres des horizons, en proue des saisons, écho sonore des pigments épaule contre épaule, pers naturel dont l'âge est le désir créateur des formes. Domine ici le vers pair, la concision marque du poète accouche de l'imagerie où la modernité nettoie le spectre des poèmes d'amont, le lexique et les chants, les rythmes des antérieurs et postérieurs des cavales libres.  
René Noël

Philippe Blanchon, Variations de Jan, suivi de Mots pour Variations de Jan, Olivier Gallon, La Barque, 2018, 48 p., 12€
(1) Philippe Blanchon, Motets, La Nerthe, 2015


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