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Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 94-95-96

Par Blackout @blackoutedition
Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 94-95-96

Photo de Simon Woolf

Pour le livre de Richard Palachak, "Kalache", c'est par ici : KALACHE

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 94

- Et pourquoi tu t'es pas barré, Kalache ? - Sur le coup, je veux savoir ce qu'il en retourne en lorgnant le hall de l'immeuble. Une prostituée va-t-elle ouvrir ? Les condés vont-ils débarquer ? Des lascars vont-ils surgir de nulle part ? - Verdict ? - Une pauvre deux cent cinq rouge débagoule à fond les gamelles et s'engouffre dans le parking en faisant déraper ses pneus sur le gravier. Le tacot frôle carrément ma bagnole. A bord, cinq individus aussi serrés que des sardines. Ils se garent au fond de la place, en lisière de forêt. Scotché à mon poste d'observation, je n'en perds pas un morceau. Le commando sort du véhicule : y'a des petits et des grands, des blonds et des bruns, des gros et des fins, des torses nus et des marcels blanc, mais tous la même peau brune, les mêmes cheveux gominés plaqués en arrière, les mêmes yeux tirés en amande et les mêmes chaînes en or lestées de croix en pendentifs. - Des manouches ! Ha ! Des manouches de chez manouches ! Cette opération ne représente même pas une carotte à leurs yeux. C'est la justice divine qui s'abat sur les suppôts de Satan de ton espèce, les gadgés diaboliques et dévoyés du Seigneur ! - Une justice à coups de chaînes, de cutters et de matraques télescopiques ? - Crime et châtiment. - Ah oui, la justice... en effet.

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- Les manouches se tapent dans les mains et partent d'un pas rapide et assuré vers l'immeuble. Ils rasent à nouveau mon bahut sans remarquer ma présence. - Vingt euros chacun pour deux minutes de boulot, ça motive. - Sauf qu'arrivés devant la porte de l'immeuble, y'a pas un ramulot. Ces enfoirés se mettent alors à scruter les abords de la tour, agités et nerveux. Un ado passe, ils hésitent, puis un vieux, ils hésitent encore. Et comme aucun des deux paletots ne s'arrête devant l'interphone, ils savent pas sur quel pied danser. Jusqu'à ce que l'un de ces rats crevés me repère, s'excitant à montrer du doigt ma bagnole aux autres. Je démarre le moteur à tout berzingue et fait demi-tour d'un coup de volant, pendant que ces enculés piquent un sprint jusqu'à leur deux cent cinq. Heureusement, j'ai trop d'avance et les sème en deux deux. - T'étais pas trop dég ? - T'es maboule ou quoi ? Cette escapade de merde m'a complètement refroidi. J'étais drôlement content d'être en vie, avec mes cent balles en poches. - Une bonne paluche en streamporn à la maison ? - Juste de quoi me réconcilier avec mes hormones et ma banquière.

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Il est à peine vingt-trois heures trente et les tout premiers clients arrivent au compte goutte. Essentiellement des gamins de quinze-seize ans qui ont la permission de deux heures. En réalité, ils n'assistent jamais à la fête, à la vraie, celle qui commence une fois qu'ils sont au lit. Ces moutards ont néanmoins droit à l'avant-goût des paillettes et des spotlights, du pilonnage des basses qui remuent les tripes, et surtout du pré-apprentissage de la séduction décérébrée... dans un minuscule échantillon du monde de la nuit.

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